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1 Jour J

Puisqu’il faut bien commencer quelque part je commencerais par le premier vrai souvenir qu’il me reste. Un dont je sois sûr à 100% qu’il est de moi, qu’il n’est ni implanté ni modifié par qui que ce soit, même si pendant longtemps “on” m’a fait croire que c’était le fruit de mon imagination. Il est étonnamment clair et précis, comme si c’était un film que je me repassais chaque fois que je me le remémore. 

C’est pas le premier dans l'ordre chronologique ?

Il fallait pas jouer avec ma mémoire, tant pis pour vous.

 

Le réveil fut cotonneux. Le lit était dur, les oreillers étaient mal installés, les draps étaient trop légers, la couverture trop rèche. Ce n’était pas ma couette. Ma bouche était pâteuse et engourdie, pire qu’après une gueule de bois. Avant même que j’ouvre les yeux je sus que quelque chose n’allait pas. L’odeur n’était pas la bonne, je n'étais pas chez moi. Ce mélange de désinfectant puissant et de désodorisant bon marché me le crièrent j’étais dans un hôpital public ou quelque chose du genre.

Mon premier regard me le confirma. J'étais dans une chambre toute blanche, en tenue de malade sur un lit d'hôpital. Un cathéter partait de mon bras gauche à une poche de liquide rouge suspendu non loin, sans doute du sang, tandis qu’un goutte à goutte partait de mon flanc droit et me reliait à un flacon de liquide transparent. Mon bras de ce côté là, je pouvais le sentir mais pas le voir, il était engoncé dans un immense plâtre qui partait de l’épaule et qui m'enveloppait tout le membre. Je voulus me tourner pour mieux voir mais une minerve bloquait mon cou. Je souhaitais alors soulever mon bras gauche pour le toucher et confirmer ce qu'il en était, je n'en croyais litterallement pas mes yeux. Je découvris alors que mon autre membre était retenu au cadre du lit. Je hurlais et criais pour quelqu’un vienne. En me tortillant, je vis que c'était des menottes. Dans quelle galère m’étais-je encore fourré ?...

La porte de la chambre vide s’ouvrit sur une étrange créature. Un petit quadrupède à la peau blanche avec une sorte de crinière colorée en rose fushia avec une queue de poils fins de la même couleur. Elle avait de grands yeux ronds et bleus, de vrais soucoupes au dessus d’un petit nez à peine marqué qui lui donnait un visage très expressif. Le plus étrange était son petit calot aussi blanc que sa robe avec une grande croix rouge vif dessus. Le même motif se reproduisait sur ses flancs, au niveau des cuisses de ses pattes arrières. Une marque de beauté, pensais-je. Est ce à dire que c’est un poney ?

Sitôt qu’elle m’avait vu éveillé elle s’était retournée et s'était mise à piailler un étrange sabir très chantant qui n’avait rien de cris d'animaux mais tout d’une langue construite. Elle s'adressait à quelqu'un d'autre au delà de la porte.

J’essayais de me lever mais rien n’y fit. Outre mon bras gauche, mes deux pieds étaient eux aussi menottés. Je m'agitais en pures pertes.

Une deuxième créature se présenta rapidement. Elle était d’un vert menthe assez foncé avec la crinière et la queue d’un noir de jais. La chose était vêtue d’une sorte de blouse blanche. Sur son flanc il y avait une représentation très naïve d’un stéthoscope. Le plus étonnant était une corne unique, conique et spiralée qui lui sortait du front. C’était une licorne verte ! Ca me surprenait mais qu’à moitié. Ma douce moitié était bien un pégase.

Je cessais de me débattre, c’était inutile, j’étais trop bien attaché et je me concentrais plutôt sur ce qui ressemblait à une conversation entre les deux quadrupèdes. Un mal de crâne se fit immédiatement connaître mais je l’ignorais. A ma grande surprise avec un effort de volonté j’arrivais à comprendre ce que disaient ces créatures. Ce n’était toujours pas du français mais c’était intelligible pour moi.

« … est déjà réveillé ? questionna la licorne.

- Oui et c’est la troisième fois en même pas [environs 4 heures], confirma  la créature blanche.

- Mon sortilège d’endormissement aurait dû le laisser dormir jusqu’à demain, protesta le vert. J’y ai mis de quoi assommer une Ursa Major.

- Regardez docteur, il nous regarde, l’interrompit la ponette à la croix rouge, pleine d’inquiétude.

- Pas d’inquiétude à avoir, il est retenu cette fois.

- Vous croyez que c’est un de Ses agents ?

- Pour être aussi résistant à nos sorts je ne vois que ça, affirma la licorne avec plein d'assurance. Les enchantements de soin sont particulièrement peu efficaces sur lui, pas que je m’en plaigne. S’il est bien le genre de créature auquel nous pensons, il le mérite.

- Tout de même, RD ne l’a pas raté, commenta la jument non cornue.

- Comme toutes les porteuses, elle est particulièrement à cran sur ce sujet, fit remarquer la licorne. Enfin, on a au moins pu sauver sa mâchoire, au départ elle lui avait complètement fracassé les dents.

- Excusez-moi, vous deux, les interrompis-je d’une voix pâteuse. Si je peux vous comprendre, je pars du principe que ça marche aussi dans l’autre sens et que vous pouvez aussi me comprendre. 

- Par la lumineuse Célestia, hoqueta la banche.

- Serait-ce trop que de vous demander où je suis, continuais-je, et où se trouve ma femme ?

- Oh foin, soupira la licorne, les sorts d'altération mémorielle ne fonctionnent pas non plus. Il va vraiment falloir faire venir Glimmer sur ce coup-là.

- Altération mémorielle ? Pardon mais je n’aime vraiment pas le sens où va cette discussion » protestais-je de façon vive.

J’étais soudainnement entièrement entouré d’un halo de couleur verte qui me souleva à quelques millimètres du lit et qui m’isollait complètement, m’empêchant de faire le moindre geste. Le même halo provenait de la licorne, tendue sur ses quatres sabots.

« Hearth, vite, dans ma poche droite, la seringue, souffla le télékinésiste. C’est un produit anesthésique. Ma magie ne le retiendra pas longtemps.

- De suite docteur. »

Aussitôt, la créature avec la toque sortit une seringue et vint me piquer avec. Ce devait être une dose de cheval qu’ils n'infligèrent car aussitôt l’engourdissement me prit.

« La magie a de moins en moins d’effet sur lui. Il faut trouver ce qui est son axe de volonté et le scier, affirma le magicien.

- Mon amour, gémissais-je de plus en plus mal. Où es-tu ?

- Décidément, il ne veut pas l’oublier, ce pervers, commenta la blanche.

- Et bien, on peut dire qu'on a trouver son axe, plus besoin de chercher, ajouta l’autre quadrupède satisfait

- Ma douce moitié » murmurais-je avant de sombrer.

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