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3 Un mois avant Samedi

Samedi

Tout a commencé par une fête d'anniversaire. Enfin la nuit qui a suivi cette fête.

La soirée touchait à sa fin. C'était une de ces soirées de février où l’hiver vous fait bien comprendre qu'il joue les prolongations et qu'il vaut mieux rester entre soi, en intérieur. Dehors il tombait une petite pluie fine et froide. Les derniers invités finissaient par repartir. Les cadavres s'étaient accumulées, roulant sous la table. Demain, il allait falloir faire un tour au recycleur à verre. Heureusement demain c'était dimanche. Le reste du rangement attendrait lui aussi que nous ayons dormi.

C'est pas tout les jours que l'on fête son quart de siècle. Enfin ce n'était pas le mien d'anniversaire mais celui de ma chérie que nous fêtions. Ses potes musiciens nous avaient mis l'ambiance durant toute la soirée. Ils avaient enchaînés les bœuf et autres improvisations. La guitare avait bien tourné ainsi que le djembé. On avait bien ri et bien mangé. On avait discuté de tout et de rien, refait le monde au moins dix fois et surtout parler ou pratiquer la musique, quoi de plus normal quand votre petite amie est musicienne. Enfin c'était surtout elle et ses potes qui ont pratiqué, moi je suis ignare en la matière. Je chante comme une casserole. C'est tout juste si j'arrive à lire une partition et j'ignore tout du solfège. La musique et moi c’est une grande histoire de désamour.

Ma douce moitié insista pour mettre à tremper le plat à tarte avant d'aller au lit, sinon le caramel n’allait va jamais se détacher. Ça m’apprendra tiens à vouloir lui faire une tarte tatin. Franchement il n'y a pas plus tue l'amour que les tâches ménagères.

Le reste du rangement fut vite expédié. Les ramequins de chips furent vidés, les emballages cadeaux furent pliés et rangés, ils serviront à l'occasion pour un origami, la nappe fut mise à la machine, les restes des fromage et charcuterie emballés et remis au frigo. La cuisine restait un champ de bataille mais le reste de l’appartement était à peu près présentable. Enfin presque présentable, dixit ma petite Tara.

On se retrouva enfin dans l'intimité de la chambre.

Que je peux l'aimer ce petit bout de femme. Tara,  oh Tara chérie que d'épreuves traversées. Si j'avais su tout ce que l'on allait devoir vivre pour rester ensemble.

Pour moi Tara c'était, et d’ailleurs c'est toujours, la plus belle des femmes au monde. J’insiste sur le mot femme. J'avoue au passage et sans vergogne que mon point de vue est biaisé. L'amour rend aveugle, n'est-il pas ?

Ma petite Tara c'est un jolie brin de fille. Un petit mètre soixante, avec juste ce qu'il faut de rondeur pour qu'elle soit à croquer. Elle, elle s'est toujours trouvée trop grosse, moi je l'aime ronde et généreuses. En parlant de rondeur généreuse, cela me fait penser à ses seins, ces seins quoi ! Que de fois me suis je perdu dans ces courbes. Heureusement pour mon idéal féminin, elle a toujours été incapable de suivre un régime, et c'est encore pire depuis les six ans où l'on vit sous le même toit. C'est moi qui fait la cuisine, je veux bien faire une salade ou des légumes mais attention ça doit être accompagné ! Salade au cœur de canards ou légumes en sauce, on n'est pas des sauvages. Je suis un gourmand et un gourmet.

Ses cheveux sont l'autre merveille que renferme son corps. Quand j’ai connu Tara, voilà presque huit ans, elle les avait si long qu'il lui arrivaient au bas du dos. Elle les a raccourcis aux épaules il y a de cela trois ans. J'ai failli avoir une attaque quand je l'ai vue revenir du coiffeur. C'est un crime de faire ça, moi qui ai déjà une calvitie plus que naissante à même pas 35 ans ! Sa chevelure c'est une vraie jungle d'un noir charbon, les cheveux fins et lisses. Je tuerai pour avoir une chevelure comme ça. En plus elle les parfume au karité.

C'est vrai par contre que son visage n'a rien exceptionnel, enfin c'est elle qui le dit le matin face à la glace. Moi je l'aime tel qu'il est son petit minois. Des joues rondes qui s'empourprent comme des tomates à la moindre contrariété, un petit nez pointu surmonté d'épais sourcilles qui cachent des yeux malicieux aussi noir que ses cheveux. Sa peau est blanche comme le lait. En été, elle désespère de ne pas pouvoir bronzer mais de rougir pire qu'un homard dans sa casserole au moindre rayon de soleil.

On en était là après cette soirée d’anniversaire. J'avais cru que les derniers invités n'allaient jamais partir. Ils sont bien sympas les potes musicos mais au bout d'un moment j'aimerais bien un peu d'intimité. Le temps d'expédier le brin de rangement, il était alors plus proche du matin que du soir. Enfin le tête à tête de la chambre à coucher. Ça faisait du bien de se retrouver tous les deux. Après tout l'attente ça fait aussi parti du plaisir, non ? Ce grand lit deux places ça avait été notre premier achat quand on avait emménagé à deux. Ma paye entière y était passée, c'est qu'un instit' en début de carrière ça touche pas bézef. On avait pris ce qui se faisait de mieux question literie. Et malgré la fatigue et l’alcool, cette nuit là le sommier avait souffert. Comme beaucoup d'autres nuits depuis six ans d'ailleurs. On dit qu'un coup de foudre ça dure trois ans, mais même après le double j’aimais toujours ma tendre moitié d'un amour fou. C'était même pire car en six ans j'avais appris à l'aimer aussi pour ses défauts ma petite Tara.

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