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4 Un mois avant Dimanche

Dimanche

 

Le lendemain je sommeillais paresseusement au lit. J'ai quelques qualités et de très nombreux défauts, et parmi ceux-ci je peux dire que je ne suis clairement pas du matin. Avant treize heures du matin c'est pas la peine, je suis juste une loque, ou alors il faut me droguer au café. Je peux rester des heures à flemmarder dans un bon lit, profitant de la grasse matinée sans aucune vergogne.

Mais ce matin là je n'ai pas eu cette chance. Je fus réveillé par ma douce moitiée qui m'appelait de la salle de bain. Je lui répondais en grommelant quelque chose de convenu du genre « Oui chérie, tu as raison » ou un autre truc du genre avant de ré-enfouir ma tête dans les oreillers.

Sa réponse à coup de grands cris du type « non mais t'es sérieux ! » me firent comprendre que c'étaient plus grave qu'il n'y paraissait. Le temps d'émerger du lit et des bras de Morphée, je la rejoignais à la salle d'eau. Elle était nue, de trois quart devant la psyché. Ses cheveux étaient encore mouillés et elle n'avait manifestement pas fini de se sécher. Rien que de la voir comme ça, mon corps me rappelait combien je l'aime.

Elle se palpait la peau au niveau de la cuisse droite, observant son reflet sans trop croire à ce qu'elle y voyait. Il y avait sur sa jambe, au milieu de la cuisse, presque sous la fesse, un genre de tatouage ou de dessin au henné. Il avait la forme d'une petite guitare avec une sorte de note de musique derrière. Le tout était en noir et blanc

Elle me demanda si c'était moi qui lui avait ça durant la nuit, en profitant de son sommeil.

Je lui répondis par la négative, ne comprenant pas encore très bien ce qu'il en retournait, n'ayant pas encore complètement fini d'émerger de mon sommeil.

Elle embraya pour me féliciter de la farce et que c'était une façon originale d’annoncer que j'étais d'accord.

J'étais de plus en plus perdu.

Elle m'expliqua de façon assez décousue qu'elle avait découvert ce dessin ce matin en se réveillant. Elle avait alors cru à une farce de ma part, je lui aurai dessiné ça durant la nuit. Elle avait essayé de l'effacer en prenant une douche mais il ne partait pas. Elle en avait déduit que j'avais dû le faire avec une de ces encres indélébiles de tatoueur. Ce qui l’amenait à sa conclusion : j'étais d'accord pour qu'elle se tatoue, mieux j'allais le lui offrir pour son anniversaire.

Quoi ! Tatouage, Tara, offert… Non ! Hors de question !

 

Je profite de ce moment là du récit pour vous faire deux, trois petits apartés. La première est que Tara et moi avons le sommeil très lourd. Le monde pourrait connaître une troisième guerre mondiale que l'on continuerait à ronquer l'un comme l'autre. La deuxième chose est que Tara et moi sommes ou avons été animateurs et moniteur de colo. C’est même là ou l’on s’est connu. Faire des farces et autres blagues est quelque chose qui se fait entre nous. C’est pas commun, en général il faut de grandes occassions : Noël, jour de l'an, premier avril ou encore anniversaire. Profiter du fait qu'elle dorme pour lui jouer une telle farce, c'était plausible. Le problème est que je suis nul en dessin, presque aussi nul qu'en chant. J'aurai été incapable de lui faire un tel truc sur la cuisse, même si le dessin restait assez simple et dans un style très naïf, c'était tout simplement hors de ma porté.

Il y a ensuite cette histoire de tatouage. J'ai rien contre le tatouage, je trouve même que certains peuvent être très beaux. C'est une pratique culturelle très noble qui permet de faire vivre des traditions riches mais ce n'est tout simplement pas ma culture. Je suis contre le fait de me faire tatouer, moi, personnellement. Je refuse de me faire marquer à vie comme du bétail. Que faire si on change d'avis ; si nos goûts évoluent ? On l'efface ? On garde une vilaine cicatrice ? Et puis les plis de la peau et les rides font mauvais ménage avec ces trucs là. Donc non les tatouages c’est pas mon truc. 

Attention, je n'empêche pas les autres de pratiquer, qui suis-je pour imposer mon opinion à d'autre ? A l'inverse de moi, Tara est fan et aimerait se faire recouvrir le corps de ces machins là. C'est un des rares points sur lequel ma tendre moitié et moi on est pas d'accord. Attention, je ne l'empêche de se faire tatouer, elle s'en est même fait faire un la première année où l'on est sorti ensemble, une petite boussole à la base la nuque. Moi ma petite Tara je la trouve magnifique comme elle est, pas besoin de me la changer. Il est clair que je ne lui donnerai pas un radis pour qu'elle se fasse tatouer. Comme c'est moi qui ai le plus gros salaire de nous deux ça a été plusieurs fois source de dispute.

 

Cette histoire de dessin indélébile ne me plaisait pas. Attention terrain miné. J'éludais donc le sujet et je lui proposais de sortir faire le marché et de vider le verre au recyclage pendant qu'elle finissait de ranger l'appartement. Proposition immédiatement adoptée. Se défausser d'un sujet qui fâche en prenant sur soi les corvée ménagères que l’autre n’aime pas faire, ça marche à tous les coups. Je suis sorti durant une bonne heure. Au retour je lui ramenais des fleurs et lui préparais un bon petit plats. La bonne cuisine et des fleurs, je n'ai encore rien trouvé de mieux pour séduire ma femme.

 

Le reste du dimanche fila à toute vitesse. Je passais mon après-midi à préparer les cours de mon début de semaine. Beaucoup de gens pense qu'être instituteur c'est une plaque. Le problème est que je suis en début de carrière. Bon d'accord ça fait six ans que je suis en début de carrière, mais bon j'ai toujours autant de mal à préparer mes cours. Une fois face à la classe ça roule tout seul mais avant il faut que tout soit prêt. Comme j'ai eu le concoure ric-rac, je me retrouvais donc en poste dans la banlieue de la capitale. Le métier n'est pas toujours facile mais là il y avait des fois ou c'était presque un sacerdoce.

Je râle, je râle, mais que j'aime travailler avec des enfants ! Il n'y a pas plus gratifiant. Toujours est-il que des cours pour des minots qui apprennent à lire et compter ça se prépare. Surtout que les marmots que j'ai en classe c'est pas des images, loin de là. Ils sont adorables mais vaut mieux les avoir en photo qu'en face.

Bref j'étais bien occupé tandis que ma tendre moitié s'activait sur son synthé. Dans le studio, avec son casque je ne l'entendais pas. Elle devait travailler sur sa dernière composition. Autant je ne donnerai jamais un rond pour ses délires de tatouage autant je la soutenais à 100% sur tout le reste. Musique, dessin ou sculpture, Tara touche à tout, bien que ce soit avec un instrument qu'elle se surpasse. Je la trouve très doué mais elle n’a jamais pu vivre de son art. On n'a jamais lésiné sur le matériel. Quand on a aménagé dans cet appartement, la première chose qu'on ait faite ce fut d'insonoriser une des pièces. Ce fut un sacré chantier, cela nous a pris tout le premier été de l'année où l'on s'est installé dans la banlieu de la capitale. Deux mois de travaux. Un de mes amis, ancien ingé-son, nous a aidé. Je l'avais connu sur le club de jeu de rôle de la fac, comme beaucoup de mes potes en fait. Aujourd'hui il est boulanger pour une coopérative néorural dans un coin paumé en campagne, mais à l'époque il était journaliste pour la radio du campus, une vraie caricarture de l'activiste syndicaliste plus ou moins d'extrême gauche qui pullullent dans nos facs de lettre. Tant qu'on discute pas de politique avec lui c'est une crème. Il avait accepté de monter à la capitale nous aider sur ce chantier. On a passé deux mois à tout faire nous même. J’avoue que je ne suis pas très artistique comme garçon mais pour tout ce qui est manuel je gère.

Tara et moi, nous avons fini la soirée du dimanche à se regarder ensemble sur l'ordinateur portable quelques épisodes de la dernière série du moment.

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