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6 Un mois avant Mardi

Mardi

 

Le lendemain je me levais encore vingt minutes plus tôt que d'habitude. Au lieu de préparer mon seul petit déjeuner je mettais les petits plats dans les grands et je concoctais un véritable petit brunch à l’anglo-saxonne avec œufs brouillés et bacon que je ramenais au lit. C'est avec un échange de baiser que je réveillais ma petite Tara avant de filer au travail. En partant je lui fit promettre de me tenir au courant par SMS dès qu’elle aurait du nouveau.

Cela contrevenait à nos habitudes. Par un commun accord nous avions décidé tous les deux de ne jamais s'appeler ou d'échanger de SMS durant nos temps de travail respectifs sinon nous étions capable d'y passer des heures. La première année nous étions pire qu'un couple de lycéen.

Pour une fois nous pourrions faire une exception à notre règle. Mine de rien le fait de la voir aussi inquiète finissait pas m’affecter aussi.

La journée de ce mardi fut semblable à celle de tout autre mardi. Leçon de géométrie suivie de la découverte du monde en plus de tout les autres rituels de classe.

La pause de la récréation me permit d'échanger quelques messages avec ma tendre moitiée. Elle avait réussi à obtenir un rendez-vous avec son tatoueur. Cependant il ne pouvait pas la prendre le jour même. Le lendemain était un mercredi, elle travaillait toute la journée en centre aéré, il ne restait plus que le jeudi matin.

Elle m'envoya alors une photo d'elle, enfin du dessin sur ses hanches. Je ne me lasse jamais de voir ses courbes mais c'est vrai qu'en plus ce truc était mignon. Cependant avoir une chose pareille qui apparaisse sur votre corps, sortit de nulle part a quelque chose d'inquiétant. Elle m'apprit par la même occasion que ce qui lui barrait le flanc n'était pas une guitare mais un ukulélé car l'instrument avait que quatre cordes et non six. De plus ce que je prenais pour une note de musique n'en était pas une mais une clef de sol. Sur ce point je reconnaissais enfin ma petite Tara, là dessus on se rejoignait tous les deux, tout aussi pédant l'un que l'autre, à toujours étaler notre science à la moindre occasion. Sans doute est ce pour ça que nous arrivions à nous supporter l'un l'autre.

Cependant Tara était encore plus anxieuse que la veille. Les deux dessins étaient à présent en couleurs, le ukulélé était devenu marron comme le bois et la clef avait pris une teinte jaune dorée avec derrière un petit nuage d'un blanc cotonneux qui ne se voyait pas avant. Surtout la peau autour n'avait pas repris sa couleur blanc rosé mais restait bleuâtre. Sans doute était ce à cause des produits démaquillants utilisés ?

Autant Tara est très douée pour jouer la comédie, autant là sa profonde inquiétude semblait sincère. Elle m'en a fait des canulars plus ou moins complexes, mais là, cela allait trop loin. Elle était anxieuse et inquiète.

Le reste de la journée se passa sans incident notable au travail excepté le trio des C.M.C. qui nous avaient encore inondé les toilettes. Le C.M.C. c’était pour Clara, Mohamed et Clément, un trio de gamins très sympathiques mais à l’imagination bien trop débordante qui ne pouvaient pas rester dix minutes ensemble sans faire une bêtise. Mohamed et Clément étaient aux dires des collègues des élèves tout ce qui a de plus banal et calme en maternelle puis en CP et CE1. Tout juste pouvait-on dire que Mohamed était un peu brutal avec les autres et Clément un peu dans la lune. C’est avec l’arrivé du dernier membre du trio que l’alchimie diabolique a prise. Clara est arrivée en CE2 l’année dernière d’une autre école. Elle s’est de suite bien retrouvée avec ses deux comparses, à trois ils ont de suite fait la paire. Notre collègue Diana a failli en devenir chèvre. Pour cette année on avait séparé ce trio infernal entre les deux classe de CM1. J'avais hérité du plus calme, Clément mais aussi du plus imaginatif de la bande. Il était le cerveau pour trouver comment appliquer concrètement toutes leurs “bonnes” idées. Mohamed était la paire de bras à tout faire et l'intendance du groupe. Perdu au milieu d’une immense fratrie il arrivait toujours à trouver l’objet ou l’outil le plus improbable dont le reste du trio en faisait l’usage le plus détourné possible. Une boite de capote trouvé sous le lit de son frère aînée ? Des munitions pour une bataille d’eau. Une bouteille de colorant pour cheveux ? de quoi redonner du pep's aux peluches de la salle de sieste des maternelles…  Clara était le moteur à motivation, celle qui arrivait à faire tenir ensemble les deux autres. De l’avis de beaucoup ça promettait un beau triangle amoureux dans quelques années. Cette fois-ci les petits diables avaient voulu voir comment fonctionne une chasse d’eau. Rien de très dramatique en soit sauf que pour se faire ils avaient démonté la susdite chasse. Le joint n’y avait pas survécu de même que les toilettes transformées en piscine. Ce n'était que la troisième fois depuis septembre que l’école était inondée ; l’année dernière ils ont fait bien pire. Rien de bien extraordinaire pour un mardi.

Pour la soirée Tara et moi avions prévu d’aller au ciné, avec un autre couple d'ami pour profiter des avant premières de la semaine. Logiquement nous avons décommandé, Tara ne se sentait pas de sortir dans son état. La soirée se passa à l’appartement en tête à tête. N'ayant rien prévu pour la cuisine, je fis une sorte de riz cantonais avec les restes. Ma douce moitiée retrouva un peu le sourire avec l'appétit. Elle passa même la fin de soirée à travailler une aquarelle. Nous passâmes le repas à discuter du tatoueur qu'elle verrait le surlendemain, de nos projets de week-end. Bref la vie reprenait un cours normal, enfin je le croyais.

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