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Appendice E - De la chute des Lux et des Skiá à l'essor de Celestia et Luna

Trois milles ans après l'extinction de l'humanité et la naissance des monstres, mille ans avant l'exode des trois races, La sixième et dernière grande guerre alicorne débuta. Comme il avait été prévu et destiné par Discord, les Lux et les Skiá se devaient de se déchirer dans un cycle de haine et de vengeance, et ce depuis la naissance des premiers-nés de ces deux familles. Et bien que ceux-là l'avaient su que leurs deux clans ne possédaient aucun autre réel objectif sinon celui de satisfaire la soif de distraction du maître du chaos, aucun de leurs descendants ne l'aura découvert puisque ce dernier se fut assuré à ce que ce secret reste un secret. Un seul poney fut autorisé à connaître cette vérité, et c'était Selifós Skiá ; alias le Famicide.

Ayant été emprisonné au Tartare par les humains durant la dernière guerre de ces derniers avec les monstres dans le courant du XVIIème millénaire des Temps Immortels, ce criminel de renom légendaire n'aura jamais pu assister à l'effondrement de ces deux familles d'alicorne.

Et comme il n'avait pas révélé ce secret non plus, conformément au plan du draconequus, aucune de ces alicornes pourtant toutes-puissantes n'avaient pris assez de recul pour éveiller la conscience de tous leurs congénères, et peut-être mettre un terme à cette rivalité ancestrale. Si les guerres entre leurs deux empires étaient très inhabituelles durant l'époque de Fengár et Sancta, ce ne fut plus du tout le cas à l'avenir à cause de l'ignorance de leurs descendants, et les conflits s'intensifièrent, devinrent plus fréquents.

Et à force de se détruire mutuellement, fatalement, ils finirent par emporter le monde entier dans leur rage à un niveau encore jamais atteint par le passé.

Mais la vérité fut que Discord s'ennuyait. À voir le scénario, le même, se répéter encore et encore pendant plus de dix-neuf milles ans, ce stratagème qu'il avait lui-même mis en place pour s'amuser, avait commencé à le faire bailler. Depuis qu'il eut créé les Lux et les Skiá, le maître du chaos n'intervenait de lui-même dans l'histoire des civilisations et la vie de ces créatures que très rarement, ne se contentant pour la plupart du temps que d'assister à tout ce beau spectacle de zizanie d'un œil distant, ou à jouer au chat et à la souris avec le Famicide. Mais lassé de sa relative passivité, il décida de jouer un rôle un peu plus grand dans l'histoire de sa création.

Le premier acte qu'il eut entrepris fut de profiter de la sixième grande guerre alicorne pour plonger les alicornes de lumière et de ténèbress dans une folie meurtrière. Et dans cette folie, les Lux et les Skiá employèrent pour la première fois des sorts interdits ; interdits pour leur force de destruction massive.

Avec ces sorts, les alicornes s'auto-détruisirent, annihilèrent leurs empires, et la plus grande partie de leur territoire s'affaissa sous le niveau de la mer, formant ainsi ce qui sera plus tard appelé par les équestriens : l'océan lunaire et la baie de la lune. Seule une chaîne de montagne qui se trouvait sur ces terres aura subsisté suite à l'inondation pour devenir un archipel. Et le reste du monde, lui, fut également entièrement dévasté par cette guerre et la major partie des civilisations auront dû repartir de zéro, tandis que d'autres auront tout simplement disparu au même titre que les Lux et les Skiá.

Suite à ce cataclysme, les poneys virent leur population réduite au plus petit nombre, exactement comme les autres créatures qui se trouvaient également sur ces terres avant leur submersion : les kirins et les cerfs, plusieurs races différentes de chevaux ainsi que les chiens ou même les zèbres... tous auront vu leur effondrement en même temps que les empires lunaire et solaire. Les créations des Skiá ; les batponies et les lycamponies ; auront disparu.

Des Lux et des Skiá, seuls auront survécu le Famicide ; toujours emprisonné au Tartare à ce moment ; ainsi qu'un couple d'alicorne ayant déserté leurs familles bien avant le début de la guerre. Ils eurent fui les deux empires pour échapper aux lois de leurs clans et fonder leur propre demeure quelque part dans l'est de ce qui sera plus tard la baie de la lune. Et là-bas, étant les derniers membres de leur famille encore en vie et en liberté, ils reprirent ensemble la charge du soleil et de la lune.

Pour les siècles à venir, les terrestres, les pégases et les licornes plongèrent dans un âge sombre, contraints d'émigrer en des terres ayant été moins victimes des dommages collatéraux de cette guerre que les autres. Et dans le souvenir de leur unité ancestrale du temps de ces alicornes qui furent leurs chefs depuis si longtemps, ils restèrent liés par le même destin et accomplirent leur exode ensemble. Seules les licornes retrouvées isolées dans l'archipel nouvellement formée dans l'océan lunaire n'auront pas pu les suivre à cause de leur situation géographique. Ces licornes auront survécu par eux-mêmes en fondant une nouvelle nation : l'archipel de Japony.

Les terrestres, pégases et licornes ayant pu suivre les deux premières races auront principalement immigré en direction de l'ouest ; exactement comme les cerfs et les zèbres, et à l'opposé des kirins et des chiens à diamant, qui eux, eurent émigré en direction de l'est.

Ayant dû tout rebâtir, leur premier focus fut la survie, exactement comme lors des premiers jours de leur espèce, bien avant l'Ère des Sept Glorieuses ; à la différence près qu'ils avaient hérité des connaissances et des technologies des deux empires perdus ainsi que de ceux de leurs voisins qui contrairement aux poneys avaient su réchapper à un effondrement total. Ils seront ainsi parvenus durant les premiers siècles à retrouver une société similaire à celle que leurs ancêtres possédaient du temps des Lux et des Skiá ; notamment en reprenant en charge le changement des saisons. Mais le prix de cette restauration fut assez lourd car en délaissant les connaissances que des survivants pourraient qualifier de non-nécessaires, ils oublièrent au fil des générations, puis des siècles, l'existence des Lux et des Skiá. Et les alicornes, comme tout ce qu'ils auraient pu bâtir furent devenues des légendes, des vieux mythes que l'on raconterait à des poulains pour les aider à s'endormir.

Ainsi, durant ce millénaire qui séparait la fondation d'Equestria et la chute des empires Lux et Skiá, aussi appelé par les historiens la période Paléonponique, ce qui existait jadis fut progressivement, puis totalement perdu. Même le souvenir que les trois races étaient unifiées sous la bannière des alicornes s'était progressivement effacé de leur mémoire. Ils perdirent même de vue la valeur de cette unité, valeur que les Lux et les Skiá leur eurent enseignée du temps de Caelum Lux, et choisirent de reprendre leur indépendance vis-à-vis des autres races. Les terrestres, les pégases et les licornes prirent à partir de là des voies différentes et devinrent des états rivaux.

 

À cette période, Discord songea comme nouveau jeu de nuire une fois de plus aux poneys, en souvenir de sa vieille rivalité avec Harmonie ; cette dernière ne s'étant plus réellement manifestée depuis la chute des Sept Glorieuses. Et comme ses instruments pour leur nuire ; les alicornes de ténèbres et de lumière ; eurent cessé d'exister, il choisit de s'attaquer à eux par lui-même.

Le draconequus avait parfaitement remarqué ce petit détail chez les poneys, et dont il ne se rappelait pas l'avoir créé lui-même : la marque de beauté. À l'origine un cadeau qu'Harmonie avait fait aux poneys de Crystal, d'Or et d'Argent, elle l'aura fait de même aux poneys de Discord qui l'eurent inspirée et à qui elle eut offert son affection.

Bien qu'Harmonie avait beaucoup de pouvoir, Discord en avait encore plus. Et ce dernier s'amusa à pervertir les marques de beauté pour créer une nouvelle forme de maladie : la marquéole. Les marques de beauté se multipliaient jusqu'à recouvrir la totalité du corps, et forçant le malade à exécuter tous les talents marqués sur lui jusqu'à ce qu'il en meure d'épuisement.

Cette épidémie aura frappé leur civilisation naissante le Vième siècle avant l'Ere Celestiale, et avec tellement de violence qu'ils seraient plongés dans un nouvel effondrement si Harmonie n'avait pas décidé de sortir de sa léthargie. Parfaitement consciente de sa double défaite ; d'abord son duel contre Discord durant les Temps Chaotiques, et ensuite la perte de six des sept empires qu'elle eut créés ; elle craignait d'affronter de nouveau Discord. Mais après avoir laissé le monde aussi longtemps à sa merci, et surtout en l'apercevant corrompre la bénédiction des marques de beauté en une malédiction, elle fut provoquée jusqu'au plus profond de son âme et de sa fierté.

Elle qui les avait créées elle-même, Harmonie n'aura eu aucune réelle difficulté à trouver et donner aux poneys un remède à la marquéole. Discord n'aura pas insisté sur cette peste qu'il aura propagée quand il vit l'intervention de sa rivale, puisqu'elle l'aurait encore une fois arrêté. Harmonie et Discord ne s'étaient pas manifestés de manière directe envers les poneys, cependant. Ces derniers auront en conclusion vu la marquéole disparaître aussi mystérieusement qu'elle était apparue.

Discord entreprit du coup un autre plan pour nuire aux poneys, et d'une façon que Harmonie, de par sa condition, pourrait durement le contrecarrer. Il savait que les nations voisine à celle des poneys ne les portait pas forcément dans leur cœur. Ils n'étaient à leurs yeux que des étrangers qui avaient migré sur leurs terres pour s'y installer. Et bien que les poneys ne recherchaient pas l'inimitié avec les autres créatures et n'essayaient pas d'empiéter sur leur espace vitale, ils furent jugés, de par leur petitesse, comme faibles.

Une espèce par exemple, celle des boucs, possédait une nation située dans le nord, et partageait des frontières avec les poneys. Et tout comme les bouquetins ou les chamois, ils méprisaient les poneys, non seulement pour leur faiblesse, mais aussi à cause des divers atouts liés à leur espèce : les pégases capables de voler et qui pouvaient contrôler la météo et surtout la maîtrise de la magie des licornes, alors que les boucs pourtant équipés de cornes tout comme eux en étaient incapables. Et de cela, ils en étaient jaloux.

En l'année -145 avant l'Ère Celestiale, parmi les boucs se trouvait un chef qui s'était révélé particulièrement ambitieux, et dont le mépris pour les poneys se sera changé en haine suite à son premier échec : l'asservissement de tous les poneys au profit de son pays. Il l'eut fait pour prouver sa valeur auprès des siens et remettre les poneys à ce qu'il jugeait être leur juste place. Mais il fut vaincu, lui et son armée, par la magie des licornes et la supériorité aérienne des pégases, ce qui lui fit perdre toute sa réputation auprès des autres boucs et son prestige en tant que seigneur de guerre s'effondra. Ce bouc s'appelait Grogar.

Pourtant, son ambition et son désir renouveau de vengeance perduraient. Et à travers cela, Discord y vit un gros potentiel pour porter un coup fatal aux poneys, et peut-être même sans intervenir personnellement.

Lors d'une fois où Grogar fut seul, Discord lui rendit visite et se passa auprès de lui comme une espèce de dragon porte-bonheur ou de génie capable d'exaucer les vœux. Il lui eut dit qu'il eut entendu ses désirs les plus sombres, qu'il les partageait, et lui proposa alors un pacte.

"Je t'offre une opportunité de te venger des poneys et de faire d'eux les jouets de tous tes désirs. Je t'indiquerai une terre vers laquelle tu devras voyager, où tu trouveras un lieu renfermant un grand pouvoir qui te permettra de devenir un si puissant sorcier que toutes les licornes te craindront. Tu trouveras également là-bas des créatures sans chef au cœur noir et qui vivent actuellement dans le chaos et l'anarchie. Si tu utilises ce pouvoir vers lequel je t'envoie pour les soumettre, ils deviendront alors tes nouveaux alliés et sujets. Tu pourras te servir de leur force pour conquérir les terrestres, les pégases et les licornes. Cependant, si tu échoues malgré tous les avantages que t'apportera ce pacte, alors tu mourras."

Même s'il avait reçu l'avertissement de Discord, comme quoi l'échec reviendrait à mourir, il trouvait que cela restait un bon compromis puisque cela lui offrirait un avantage crucial pour rebondir sur sa chute et enfin peut-être porter un coup de grâce à ces stupides poneys. Même s'il n'était pas encore sûr que faire confiance à ce draconequus s'avérait être une bonne idée ; surtout qu'en acceptant ce pacte, il ne pourra plus retourner en arrière ; il se disait au fond de lui qu'il n'avait plus grand chose à perdre au point où il en était avec son honneur ; d'autant plus que son ambition était son point fort, mais aussi son plus gros point faible.

Il signa le pacte avec Discord et ce dernier lui servit de guide. Il lui quérit de se rendre dans des terres bien loin au sud, de l'autre côté de l'océan lunaire, sur des terres qui appartenaient jadis à l'humanité et maintenant occupées par les monstres.

Après avoir découvert les monstres, Grogar fut fasciné. Et en analysant la taille de certains monstres ainsi que leur force ou leurs pouvoirs divers et variés, il comprit immédiatement l'énorme potentiel à les enrôler pour une guerre. Mais ils avaient en revanche la faiblesse d'être divisés, de se méfier des uns des autres, et les conflits entre les monstres étaient monnaie courante ; à un tel point qu'ils n'auraient jamais représenté une menace pour les créatures plus civilisées de ce monde.

Il trouva, là où l'eut indiqué Discord, des ruines antiques. Et en gardant en mémoire ce que le draconequus lui eut raconté sur ce lieu abandonné et rongé par le temps, il s'attendit à trouver le pouvoir qu'il convoitait.

Ce qu'il eut découvert en fouillant les restes de la structure le subjugua : des traces d'une civilisation ancienne... très, très ancienne. Il y débusqua des technologies, des artefacts et des connaissances perdues qui appartenaient à ce qui ressemblait jadis à une espèce de bipède. Et grâce à ce savoir, Grogar, fut l'une des très rares personnes à avoir découvert la vérité sur le passé le plus lointain du monde.

Sa plus grande trouvaille aura été une cloche : un artefact fabriqué il y eut fort longtemps par les humains pour absorber la magie des créatures enchantées pour ainsi mieux les exploiter, comme ils en avaient fabriqué d'ailleurs beaucoup d'autres. Grogar fut exalté en s'apercevant du pouvoir de la cloche et vit que sa soif de vengeance contre les licornes sera très bientôt satisfaite.

La cloche contenait déjà une énorme quantité de magie, à la surprise des plus agréables de Grogar. Il s'auto-proclama ensuite comme nouveau grand chef des monstres et utilisa la cloche qu'il avait désormais en sa possession pour faire reconnaître sa nouvelle autorité parmi les monstres, de gré ou de force.

Il s'en fallut d'une longue de quête de trois ans, jusqu'en -141, pour placer la totalité des monstres sous son commandement. Mais il ne pouvait pas se contenter de les soumettre au sens littéral du terme avec une tyrannie se reposant uniquement sur la brutalité. Grogar leur enseigna quelque chose que les monstres n'avaient plus pratiqué depuis l'extinction des humains : le travail d'équipe. Il eut fondé une constitution, une série de loi et une société pour les monstres. Autrefois des loups les uns pour les autres, les nouveaux sujets du grand bouc furent à présent unis, et dans cette unité ils trouvèrent leur véritable force.

Et après avoir beaucoup appris de la science des humains en feuilletant leurs vieilles connaissances sur la manipulation génétique, Grogar se servit de leur technologie pour améliorer les monstres : les rendre plus grands, plus forts, plus intelligents, plus aptes à maîtriser certains pouvoirs comme l'absorption de la magie, etc... Bien qu'il n'avait jamais été considéré comme le meilleur parmi ses semblables, Grogar restait doté d'une brillante subtilité ; suffisante en tout cas pour poursuivre les travaux maudits de l'humanité.

Même si ses premières années en tant que chef suprême des monstres et ses actions en tant que tel auront consolidé son pouvoir, il avait encore à parfaire sa légitimité au trône car les monstres se rappelaient encore de lui comme un conquérant, vu la guerre qu'il eut faite aux plus insoumis d'entre eux. Grogar promit donc qu'ils deviendraient, avec lui à leur tête, les maîtres du monde. Toutes les autres créatures se plieront face à leur puissance, perdront leur magie à leur profit. Et la première cible sera les poneys.

Galvanisés par ces promesses de combat, de guerre, de bellicisme et de bain de sang, les monstres crurent en lui et le suivirent massivement à la soif de gloire, de pouvoir, de richesse et de sang, voyant en lui l'espoir de sortir définitivement de l'état dans lequel se trouvait leur genre avant son arrivée.

Ce fut ainsi que Grogar repartit faire la guerre aux poneys, et à la tête de millier de légions de monstre. Plus de soixante-milles d'entre eux avaient répondu favorablement à son appel. Et quand ils traversèrent de nouveau les frontières du territoire où demeuraient les poneys, ces derniers furent terrifiés par toutes ces créatures, plus hideuses les unes que les autres, et qu'ils n'avaient jamais vues par le passé.

Les poneys avaient reconnu Grogar, comprirent qu'il était revenu pour se venger. Mais s'ils connaissaient bien les boucs en général, ils n'avaient aucune idée de comment affronter les monstres qui rien que par leur diversité très hétérogène, autant dans leur apparence que dans leur mental, les rendait très difficile à affronter quand ils étaient en groupe. Les terrestres furent donc les premiers à tomber, et ils auront été écrasés et réduits en esclavage en l'espace d'un mois.

Les licornes furent les suivantes à être éliminées. Croyant avoir l'avantage et la victoire en premier lieu grâce à leur magie, elles étaient bien trop sûres d'elles et n'auraient pas pu anticiper la cloche de Grogar ou le savoir des anciens bipèdes qu'il avait transmis aux monstres pour qu'ils recopient le même pouvoir que son artefact. Elles se firent voler leur magie et sans cet atout, elles connurent rapidement le même sort que les terrestres. Les pégases seuls auront su s'en sortir mais cela fut uniquement grâce à leur capacité de voler. Et leurs cités bâties dans les nuages rendaient à la limite de l'impossible les sièges ; et un trop peu nombre de monstres disposaient d'ailes pour représenter une menace suffisante pour les prendre d'assaut.

Cependant, les pégases ne pouvaient pas vaincre Grogar et ses légions de monstres à eux seuls, et ils avaient déjà perdu un trop grand nombre de guerriers. Et plutôt que de venir en aide aux terrestres ou même aux licornes ; qu'ils considéraient comme leurs plus grands rivaux parmi les deux autres races ; ils choisirent la défensive, profitant de leur domination du ciel et du manque de préparation des monstres pour préserver leurs villes de toute invasion ennemie. Quand les licornes et les terrestres furent soumis, et que les pégases les abandonnèrent, nous fûmes en -134. Et à cette date débuta un des règnes les plus terribles, tels que le monde n'en aura plus vu depuis la tyrannie de l'humanité, du XVIème au XVIIème millénaire des Temps Immortels.

Maintenant qu'il avait défait ces « faibles et pathétiques créatures », Grogar entreprit d'achever pleinement sa vengeance. Les terrestres et les licornes étaient réduits en esclavage, marqués au fer rouge comme s'ils étaient du bétail, au même emplacement que leurs marques de beauté. Ils servirent d'outils aux monstres, quel qu'en soit la reconversion : les tâches récurrentes, dégradantes, de souffre-douleurs ; de nourritures alors qu'ils étaient envoyés dans des abattoirs ; ou pire encore. Dans sa jalousie et sa haine les plus féroces de la magie, il ordonna à ce que toutes licornes capturées, en plus d'être marquées comme des bêtes puis esclavagisées, voient leur corne sciée afin qu'elles n'aient plus jamais l'espoir d'utiliser leur magie à nouveau. Et ensuite, les cornes étaient vendues et commercialisées sur tous les marchés du nouveau royaume des monstres pour les pouvoirs qu'elles recelaient ; exactement comme les ailes amputées aux pégases qui avaient le malheur de se retrouver capturés, pour ensuite finir dévorés par les monstres.

Grogar ne se contenta pas que de remplir sa vengeance contre les poneys. Il profita de sa puissance et de la maîtrise de la magie qu'il eut gagnée grâce à sa cloche pour détruire à son tour le royaume des boucs, pour se venger de l'humiliation que ses pairs lui avaient faite subir pour avoir échoué la première fois. Et tout comme les poneys, ils n'avaient jamais vu les monstres et n'auraient jamais anticipé que ce bouc raillé reviendrait avec une puissance encore jamais vue durant la période Paléonponique.

Le règne cruel de Grogar aura duré plus de trente ans. Et pendant cette période, il continua de conquérir de nouveau territoire et de soumettre d'autres civilisations, car plus il gagnait en puissance, plus son ambition grandissait. Certaines civilisations tombèrent, d'autres résistèrent, et d'autres encore s'étaient coalisés pour l'arrêter.

Mais toujours fut-il que les monstres vécurent un âge d'or. Le triomphe de Grogar sur les poneys et d'autres peuples l'avaient glorifié à un tel point que les monstres l'avaient déifié, le prenaient pour une espèce de messie. Ses exploits à la tête de ses créatures encore jamais vues furent tels que partout on le surnommait « Le Père des Monstres ». Bien que le bouc maléfique n'avait jamais créé les monstres de lui-même ; il n'eut fait que les découvrir et conquérir le monde à leur tête ; il devait assumer que ce titre lui plaisait bien, et profita de l'ignorance de ces adversaires pour leur faire croire qu'il les avait créés lui-même afin de rendre sa réputation plus terrifiante encore pour intimider ses ennemis. Quoi de mieux que le mensonge, la duperie et l'inspiration de la peur pour gouverner ?

Mais toute tyrannie a une fin. En effet, en -105, les différentes nations fatiguées de la menace que représentait Grogar avaient finalement mis leurs différends de côté pour établir une ultime alliance. L'organisateur de l'alliance fut une licorne du nom de Gusty.

Gusty, ou aussi surnommée à cette époque-là Sans-corne, fut une licorne ayant échappé avec certains de ses camarades à l'esclavage, bien qu'elle s'était déjà fait amputée de sa corne par les monstres, comme il fut d'usage pour toutes les licornes et les condamner ainsi à ne plus user de leur magie de leur vie, tel fut l'ordre cruel de Grogar.

Elle avait la bravoure et l'espoir de liberté pour tous les poneys. Tout cela avait commencé par la fondation d'une organisation résistante dont les actes correspondaient avant tout à faire du sabotage ou libérer des prisonniers pour recruter de potentiels nouveaux résistants, autant chez les terrestres ou des rares pégases que chez ceux de sa race.

Les actions de cette résistance demeuraient trop faibles en revanche pour vaincre Grogar, qui devenait toujours de plus en plus puissant au fur et à mesure qu'il trouvait des créatures magiques pour nourrir le pouvoir de sa cloche. Ce fut pourquoi il dut trouver des alliés avec bien plus de moyens que lui.

Il quitta son pays d'origine avec plusieurs de ses compagnons pour rendre visite aux peuples voisins qui n'avaient pas encore été soumis par Grogar et qui continuaient de lui résister afin de leur demander de l'aide. Il eut rencontré leurs voisins pégases, les cerfs des vastes forêts de l'est, les chameaux et les chevaux des steppes du sud, les bouquetins, les chamois et les rennes vivant dans les contreforts des monts de l'Arctique... pour les encourager à former une grande coalition dans le but de se débarrasser définitivement de Grogar.

Bien que tout le monde voulait se débarrasser du bouc et des monstres qui lui servaient de sujet, ils se battaient néanmoins pour leurs propres intérêts, chacun dans son coin, et ne se faisaient pas mutuellement confiance. Assez peu répondirent à cette alliance. Les pégases, les cerfs et les chevaux des steppes auront répondu favorablement à Gusty. Tous les autres eurent refusé, et continuèrent de retenir les invasions ambitieuses de Grogar sur leurs propres fronts.

Le plan de Gusty fut de diviser les forces des monstres pour affaiblir la position de Grogar et ensuite user de ruse pour lui voler sa cloche. Car elle avait compris que comme tous les boucs, chamois et bouquetins, ce sorcier était incapable d'utiliser la magie de manière naturelle, et qu'il tirait tout son pouvoir d'un artefact. La licorne avait également compris en observant les monstres depuis les champs et les mines où on la faisait travailler de force comme tous les autres poneys, que les sujets de Grogar ne s'entendaient pas forcément entre eux, et que les bagarres et les règlements de compte étaient même monnaie courante chez ces créatures. Tout ce qui les gardait unis, c'était Grogar, sa parole, son prestige et sa puissance. Si Grogar était vaincu et privé de cette cloche, les monstres seraient alors privés de chef et désorganisés : ils deviendraient ainsi des ennemis beaucoup plus faciles à abattre et à disperser.

Elle proposa aux membres de l'alliance de lancer un assaut massif avec toutes les armées sur les terres des terrestres et des licornes pour pousser Grogar à concentrer toutes ses armées sur eux, tandis que sa résistance et les pégases attaqueraient directement le grand bouc. Ce plan avait peu de chance de fonctionner de la perspective des cerfs, des chevaux et des chameaux mais ils y voyaient un semblant d'espoir, se disant que cette diversion était sûrement le moyen le plus efficace de l'isoler.

Et ce plan fonctionna au-delà de toutes les espérances.

Tandis que les cerfs, les chevaux et les chameaux combattaient côte-à-côte contre les monstres, les pégases et les résistants attaquèrent directement la capitale des monstres, une cité fortifiée que Grogar avait bâtie en plein cœur de l'ancien territoire des licornes pour marquer sa suprématie sur les poneys : Tambelon.

Déjà partis en guerre contre l'alliance, les légions de Grogar n'était pas présentes pour défendre la ville, comme Gusty l'eut prévu, et le siège débuta. Mais même affronter Grogar isolé était une tâche ardue. Ayant eu la corne amputée ; à la naissance pour les plus jeunes ; les licornes ne pouvaient pas espérer contrer la magie du grand bouc. Il fallait donc ruser pour lui prendre cette cloche qu'il gardait toujours autour de son cou.

Gusty prépara le plan suivant. Elle simula la faiblesse et la résignation à la défaite. Elle proposa aux pégases de faire un retrait stratégique pour pousser Grogar à les affronter à terrain découvert plutôt que depuis l'arrière des murs de sa forteresse. Et le bouc, orgueilleux et en excès de confiance, sous-estimait ces licornes sans cornes. Après leur avoir imposé de lourdes pertes suite aux premiers assauts, il les poursuivit avec une partie de ses troupes quelques kilomètres à distance de Tambelon ; les autres laissés en garnison dans celle-ci pour la protéger au cas où les poneys mèneraient une attaque à revers.

Il installa son campement en face de celui de Gusty et des généraux pégases et s'organisa en vue du prochain assaut. Et encore une fois, Gusty rusa. Elle profita que Grogar avait quitté ses murailles pour s'infiltrer dans le campement des monstres sous le couvert de la nuit. Elle atteignit la tente de Grogar et lui vola sa cloche pendant son sommeil.

Et avec la cloche, elle décocha un rayon de magie dans le ciel pour y exploser. Cela fut le signal. Et les pégases et les résistants assaillirent le campement des monstres à la lueur des torches. Grogar aurait pu arrêter une autre de ces tentatives qui seraient vaines si quelqu'un ne lui avait pas dérobé sa cloche à sa barbe même. Quand il réalisa que Gusty s'était infiltrée dans sa tente pour lui prendre sa précieuse relique, il était déjà trop tard. Les monstres furent décimés et Grogar, bien qu'ayant absorbé une bonne partie de la magie de la cloche et donc en mesure de lancer des sorts, sa puissance était divisée par dix s'il se retrouvait privé de sa vieille relique.

Privé de ses troupes, isolé de ses armées occupées ailleurs contre les cerfs, les chevaux et les chameaux, privé de sa cloche au profit de l'ennemi, il fut, lors d'un dernier affrontement contre les osts pégases et résistantes à lui tout seul, finalement vaincu. La victoire aura avant tout été obtenue grâce à la cloche car sans cet atout volé, Grogar serait parvenu à écraser la deuxième moitié de l'armée et remporter tout de même la victoire.

Avec sa défaite, comme Gusty l'aura présagé, les monstres paniquèrent en réalisant que leur chef eut été vaincu, et se débandèrent. Les armées de l'alliance progressèrent sur les terres des poneys qui arrivèrent jusqu'à Tambelon pour finalement porter le coup de grâce à la cité, en la pilonnant à coup de trébuchets.

Bizarrement, Grogar ne réapparut pas suite à sa défaite contre Gusty. La dispersion des légions aura déclenché une prise de conscience chez tous les monstres : il était temps pour eux de déguerpir s'ils ne voulaient pas finir massacrés jusqu'au dernier. Ils se retirèrent des terres qu'ils eurent annexées dans la débâcle pour finalement retourner dans leur pays d'origine, et ceux qui ne se seront pas échappés à temps furent tués. Triomphants en -102, les poneys furent de nouveau libres. Et suite à l'exploit de bravoure et d'héroïsme dans son combat contre Grogar, Gusty fut renommée du Sans-corne, à la Grande.

En parlant du sorcier-bouc, il s'était enfui après avoir compris qu'il avait définitivement perdu cette guerre. Et il fut enragé de cette défaite. Mais il ne comptait pas abandonner aussi facilement. Il songeait à restaurer sa puissance d'antan par un autre moyen ou récupérer sa précieuse cloche lorsqu'une opportunité se présentera. Ce fut alors que Discord lui apparut de nouveau. Ce dernier lui rappela l'accord du contrat passé avec lui quarante ans auparavant ; que s'il venait à échouer dans sa quête de vengeance et sa soif d'ambition, il viendrait à mourir. Le vieux bouc utilisa ses dernières forces pour affronter le draconequus mais ce fut sans espoir : il ignorait que le maître du chaos était totalement au-dessus de lui, qu'il n'était que son jouet pour embêter les créatures préférées d'Harmonie, et surtout que sa puissance dépassait d'extrêmement loin la sienne. Et comme Discord l'eut prévu, Grogar mourut sous son pouvoir. Et maintenant qu'il avait perdu son pion, il réfléchit sur quoi faire ensuite.

Pourtant, bien que Grogar aura connu une fin des plus misérables, il avait laissé derrière lui un immense héritage et aura gagné une réputation terrifiante qui suivra son nom pour les siècles à venir auprès des peuples qu'il eut traumatisés par son règne. Et les monstres se seront toujours rappelés de la gloire qu'ils eurent quand leur « Père » régnait sur eux. Il leur avait appris à travailler ensemble pour multiplier leur force. Il leur eut fait découvrir que s'ils savaient mettre leur bestialité de côté, ils pouvaient s'avérer très puissants. Bien qu'ils furent désorganisés, le souvenir de Grogar aura empêché l'effondrement des sociétés de monstre établies sous son règne. De nouveaux pays sur les terres des monstres émergèrent, et comme toutes les civilisations avaient des héros ou autres personnages illustres, les monstres eurent les leur suite à ces jours : des êtres tels que le roi Vorak, Arumaspi ; ou même le sorcier Sacanas, qui aura mille ans plus tard inspiré le roi Storm. Donc même si le Père des Monstres avait disparu, son ombre continua d'inspirer les monstres à conquérir le monde, tel fut le rêve de celui qui les a élevés.

Et même si Grogar avait été vaincu, le prix pour avait été très lourd pour les poneys. Un grand nombre d'entre eux d'ailleurs n'avaient pas récupéré leur liberté. Car si l'esclavage fut mis en place sur les terres des poneys durant la tyrannie des monstres, une bonne partie des poneys fut déportée sur les terres des monstres. Ces poneys-là furent oubliés par les vainqueurs. Et eux, comme tous leurs descendants après eux, continueront à servir d'esclaves ou de bétails pour les monstres, et à se voir amputer de leurs ailes ou de leurs cornes s'ils en eurent. Et encore aujourd'hui, au temps de la princesse Twilight, cette traite de poneys esclaves aura continué, tristement, de perdurer.

Et Gusty elle-même n'aura pas su profiter de cette victoire bien longtemps. Elle était soucieuse de se débarrasser de la cloche car son pouvoir et la magie qu'elle renfermait la rendait trop puissante pour prendre le risque de la laisser tomber entre de mauvaises mains. Elle chercha tout d'abord à la détruire mais sans y parvenir. Elle l'avait fait battre, marteler, chauffer jusqu'à la faire fondre, tenter tous les moyens de la briser mais sans succès. L'artefact était indestructible. Elle fut du coup résignée à la cacher.

Contre l'avis de ses compagnons les plus proches qui trouvait cette mission suicidaire, Elle se rendit sur le mont Everhoof, la montagne la plus haute du monde connu par les poneys, afin de cacher la cloche.

Puis avec son pouvoir, parce qu'elle était privée de sa corne, elle creusa une caverne, y entra, et scella la cloche avec la magie qu'elle-même contenait. Elle créa une barrière magique extrêmement puissante pour bloquer l'entrée de la caverne, et elle usa de ses dernières forces pour puiser encore une fois la magie de l'artefact pour enchanter la montagne. Les vents passant sur le mont Everhoof devinrent les plus violents et les plus incontrôlables du monde, si puissants et si agressifs qu'ils rendraient quasiment impossibles l'escalade de la montagne, et ainsi récupérer la cloche de Grogar.

Gusty savait qu'après avoir fait cela, elle lui serait devenue totalement impossible de redescendre car les vents, tout comme la barrière, l'empêcheraient de quitter le mont Everhoof. Ce qui signifiait qu'elle resterait bloquée là-haut jusqu'à la fin de ses jours. Et elle avait accepté ce sort. C'était un sacrifice nécessaire pour s'assurer que personne ne reprenne cette cloche et sème de nouveau la terreur et le chaos dans le monde. Et finalement, dans les jours qui suivirent, Gusty la Grande se laissa mourir, satisfaite d'avoir donné sa vie pour protéger les poneys, peu importait la race de ces derniers.

Tous satisfaits du retour de la paix, et ne possédant plus d'ennemi en commun, l'alliance se défit et chaque nation reprit leurs propres chemins pour panser leurs plaies suite à la guerre. Certains affirmeraient avec assurance que ceux ayant le plus perdu pendant ce conflit furent les monstres puisqu'ils eurent perdu leur chef, Grogar. Mais ce ne fut pas réellement le cas puisqu'ils auront préservé son héritage pour mieux rebondir à l'avenir.

Les véritables et plus grands perdants du conflit auront été les poneys terrestres. Étant les premiers à tomber lors de l'invasion des monstres, et n'ayant rien pu faire sinon à devoir attendre de se faire sauver par l'alliance et la résistance, il était évident qu'ils devaient une reconnaissance éternelle à leurs sauveurs. Mais cela ne signifiait pas pour autant que les trois races s'uniraient à nouveau pour devenir plus fort, comme ce fut autrefois le cas du temps des Lux et des Skiá.

En effet, leurs « sauveurs » n'étaient pas forcément bienveillants et généreux. Les pégases, licornes et terrestres restaient des nations rivales qui ne chercheraient qu'à préserver leurs propres intérêts. Et alors que Gusty la Grande, l'héroïne qui eut vaincu Grogar était partie cacher la cloche, les pégases et les licornes profitèrent de la détresse des terrestres, du fait qu'ils furent la race à en avoir le plus pâti de la tyrannie des monstres, pour leur imposer une reconnaissance de dette.

Il s'agissait d'un traité qu'ils auront forcé à faire signer aux terrestres. Ces derniers devaient à un rythme mensuel offrir aux pégases et aux licornes une partie de leur travail agricole. S'ils le refusaient, ils se verraient alors envahis et soumis de nouveau ; et non pas par des monstres cette fois, mais par d'autres poneys.

Les pégases et les licornes avaient fait passer ce pacte comme une « reconnaissance de dette » aux yeux des terrestres pour que ce soit plus facile à avaler. Mais ça n'avait pas du tout été le cas. Les terrestres avaient assez d'intelligence pour sentir l'escroquerie derrière cette sois-disant gratitude, d'autant plus que c'était hypocrite puisque les véritables sauveurs furent Gusty et sa troupe de résistants ; qui comptait des terrestres parmi elle. Les pégases y avaient certes participé à cette guerre contre Grogar, mais les licornes qui s'étaient vues humiliées par le Père des Monstres qui avait privé deux générations entières de leur race de leurs cornes, étaient à la limite de l'impuissance quand le Père des Monstres les tyrannisait.

Les terrestres avaient également depuis plusieurs siècles l'usage de se tenir à un traité passé par leurs ancêtres avec les pégases : ces derniers offraient une météo favorable à la croissance des cultures et en échange, les terrestres donnaient une partie des récoltes aux pégases, incapables de cultiver à haute-altitude dans les nuages. Donc devoir leur donner encore plus de nourriture ? et en plus de ça, donner une partie supplémentaire aux licornes ? qui eux, même s'ils n'étaient pas aussi compétents qu'eux dans le domaine agricole, demeuraient toujours capables de travailler la terre avec leur magie ?

Ce forçage de main les avait nourris d'une certaine rancœur. Ils auraient pu refuser mais dans ce cas, les deux autres races auraient mis leur menace à exécution. Ils furent désireux de garder leur indépendance et acceptèrent avec amertume, humiliés, cette « reconnaissance de dette ».

Si, pour les pégases, cela semblait parfaitement évident, ça l'était beaucoup moins pour les licornes. Gusty ayant été une licorne ; bien qu'elle s'était vue amputée de sa corne comme toutes les autres licornes de sa génération sous le règne de Grogar ; les autres licornes s'en servirent d'excuse pour hériter de la gratitude qu'on lui devait, au nom de toute sa race ; alors que pourtant, de tous les ennemis de Grogar, les licornes furent les plus défaites et les plus humiliées à cause de la loi des cornes sciées dès la naissance.

Il fut d'un certain accord que l'un des plus grands défauts des licornes était l'orgueil. Grâce à leur exquise maîtrise de la magie, elles se sentaient supérieures aux pégases, car il était possible de voler en usant d'un simple sort de lévitation sur son propre corps pour s'envoler. Et ce sentiment de supériorité était plus grand encore par rapport aux terrestres qui eux n'avaient ni ailes, ni cornes.

De même, pour guérir leur vanité, les licornes auront effacé des livres d'histoire le fait que Gusty était à l'origine une esclave des monstres qui eut été amputée de sa corne ; pour y conter à la place qu'elle était une capitaine, une commandante d'armée et une experte en maniement de la magie. Ils avaient même effacé des archives le soutien des peuples étrangers et anecdotisé l'aide des pégases dans la guerre contre Grogar, ainsi que la politique des cornes sciées, pour que les générations futures croient que les licornes avaient toujours été supérieures aux autres, et qu'elles n'avaient jamais eu besoin de l'aide réelle de qui que ce soit pour triompher d'un ennemi supérieur.

 

Cette condescendance des licornes vis-à-vis des pégases, et surtout des terrestres, à cette période de l'Histoire avait fait monter encore d'un cran la colère entre les trois races, et donc la haine. Au fil des générations, bien que ce traité arbitraire aura perduré très longtemps, c'est-à-dire jusqu'à l'exode des trois races, un froid étrange s'était installé.

Discord s'était bien amusé avec Grogar ; exactement comme ce fut aussi le cas autrefois avec les Lux et les Skiá. Et cette fois ces poneys avaient vraiment morflé. Mais maintenant qu'il avait perdu son nouveau jouet, il était maintenant temps de passer à une autre stratégie. Il créa pour cela les wendigoes : des chevaux esprit de l'hiver qui, en se nourrissant de la haine, absorbaient la chaleur pour n'en laisser que du froid, et un semblant d'hiver rude et éternel.

Mais au fil des décennies, rien ne paraissait aller selon le plan du draconequus. Car bien que les trois races se méfiaient des unes des autres ; avec les licornes qui snobaient les pégases et les terrestres, les pégases pareils, et les terrestres qui méprisaient les deux autres races pour leur arrogance et ce traité arbitraire et humiliant qu'ils leur eurent imposé ; elles ne se haïssaient pas assez. Et en conséquence, les wendigoes ne pouvaient pas geler les poneys.

Discord eut une idée, souhaitant bien se servir de l'arrogance des licornes comme point de chute d'absolument tous les poneys. Il se disait que s'il leur donnait un très grand pouvoir digne de celui d'un dieu, elles deviendraient encore plus orgueilleuses, plus condescendantes, et ne feraient qu'augmenter le mépris, voire la haine, que les races se vouaient les unes les autres.

Il se rappela alors des Lux et des Skiá, et du pouvoir de bouger le soleil et la lune, ce même pouvoir qu'ils avaient volé aux empires d'Or et d'Argent il y eut extrêmement longtemps. Donner le contrôle du soleil et de la lune aux licornes pour renforcer la zizanie entre les races ? en plus de nuire aux licornes sur le long terme car il savait pertinemment que l'usage d'une magie alicorne par des licornes ne serait pas sans effet secondaire indésirable ? En voilà une d'idée géniale !

Mais pour l'instant, le soleil et la lune étaient toujours contrôlés par les Lux et les Skiá ; ou du moins ce qu'il en restait. Discord se rappela de ce couple, de cette Skiá et de ce Lux, qui avait déserté leurs deux clans et leurs lois pour vivre entre amants, loin des conflits. Et n'ayant pas été présents durant la dernière grande guerre, ils avaient su réchapper à la destruction des alicornes de ténèbres et de lumière.

Il fallut un certain temps à Discord pour les retrouver, eux qui s'étaient bien cachés pour se couvrir de toute menace. Mais rien ne pouvait résister au maître du chaos, le maître de ce monde. Il aura fini par les retrouver en l'année -9 avant l'Ère Celestiale. Et quand il les eut rencontrés, il vit que le couple avait déjà mis au monde deux filles, et que la Skiá avait un ventre bien rond, signe qu'elle était en fin de gestation d'un troisième poulain.

Pour protéger sa jument et ses enfants, le père affronta Discord. Mais il fut rapidement défait, et transporté en dehors de la réalité. Et alors que le draconequus s'apprêta à en faire de même avec la mère, cette dernière lui supplia qu'en échange de prendre sa vie, il épargnerait au moins celle de Luna et Celestia.

Discord n'avait pas prévu de faire également disparaître les deux pouliches. Il se disait depuis le début en les voyant qu'elles pourraient devenir ses nouveaux jouets à l'avenir, qui sait ? Il accorda donc à leur mère la grâce de les épargner. Mais il aura précisé en revanche qu'il comptait aussi sauvegarder la vie du poulain qu'elle portait encore. Avec sa magie, et sous les cris de la jument pleine, il pratiqua sur elle une césarienne sanglante, et arracha le fœtus du ventre de sa mère ; qui bien déjà arrivé à un stade avancé de la gestation n'était pas encore prêt pour une mise à bas.

Le maître du chaos fit pousser un germe géant dans le sol et quand la plante eut éclos, il plaça le bébé pas encore arrivé à maturité dans la fleur qui devait servir d'utérus artificiel. Quant à Celestia et Luna, il profita qu'elles étaient encore des enfants endormis et sans défense pour leur voler les pouvoirs octroyés par leur magie. Et avec ces pouvoirs et leur petite sœur, il repartit avant qu'elles ne se réveillent.

 

Et dès ce moment, toute la machinerie de l'un des plans les plus sournois qu'il n'eut jamais conçus, se mit en place.

 

La première fut la transmission des magies lunaire et solaire aux licornes. Et pour cela, il avait le parfait pion : Starswirl. Ce magicien était ce qu'on pourrait considérer comme un génie dans son domaine. Il passait le plus clair de son temps à inventer toute sorte de sort, qui pour la plupart se démontrait bien plus jolis que pratiques. Et ayant toujours eu une longueur d'avance sur les élèves en magie tout comme sur les programmes, il s'ennuyait ferme à l'académie ; à un tel point qu'il en était devenu un cancre.

Et malgré son ingéniosité, Starswirl restait incompris de ses professeurs et ne parvenait pas à obtenir ses diplômes pour entrer en école de magie de haut niveau. Ce qui était contraignant pour lui car il songeait à se servir de ce savoir supplémentaire pour inventer d'autres sorts encore.

Starswirl était un licorne très ambitieux pendant sa jeunesse, et aussi très orgueilleux. La réelle raison pour laquelle il fut tout le temps recalé était par ce qu'il ne suivait jamais les règles. Dans son esprit, c'était lui qui écrivait les règles. Personne n'avait sa volonté d'inventer autant de nouveaux sorts, et donc de changer entièrement la vision des licornes sur la magie. Il désirait graver son nom dans l'histoire.

Voilà ce qui plaisait à Discord : l'ambition. Car seuls les êtres ambitieux possèdaient la volonté de réellement changer les choses. Et si les choses changeaient, il y avait du mouvement. Et c'était tout le principe du chaos aux yeux de Discord : le mouvement. Après tout, s'il n'y avait aucun mouvement, si rien ne se passait, ce monde deviendrait rapidement ennuyeux. Et rien n'était plus ennuyeux pour lui que la paix et l'ordre. Car en temps d'ordre et de paix, rien ne bougeait.

Il profita d'un moment où il fut absent de ses quartiers pour s'introduire chez lui. Et il y déposa à un endroit évident un parchemin de sort contenant le pouvoir de bouger le soleil et la lune, Avant de finalement disparaître.

Quand, à son retour, Starswirl trouva ce parchemin par hasard et le lut, il se demanda, confus, comment un tel sort puit exister, et surtout comment il fut arrivé chez lui. Mais après avoir réfléchi un instant, il se disait que son origine n'avait aucune importance et qu'il valait mieux en profiter. Car le pouvoir de contrôler le soleil et la lune... ça revenait à être un dieu. Avec de tels pouvoirs, aucun de ces professeurs pompeux ne pourront se justifier de lui refuser l'accès aux plus hauts cercles de la magie, et ainsi gagner les privilèges et les connaissances qu'il recherchait. Et alors il pourra réellement réaliser le but qu'il s'était fixé dans sa vie : être reconnu comme un très grand magicien.

Bien sûr, sur le manuscrit, on y trouvait des règles d'utilisation que Discord avait pris soin d'ajouter en petit caractère. Première règle : le soleil et la lune nécessitent une immense quantité de magie pour être déplacés. L'assistance de plusieurs autres licornes est recommandée pour la bonne exécution du rituel. Ne pas respecter cette règle expose le lanceur à une perte définitive de sa magie.

Seconde règle : l'usage de ce sort possède un impact direct sur le cycle jour/nuit. Le lancer une fois revient à confier à son utilisateur la responsabilité de toute l'harmonie du monde. Cesser de le pratiquer exposera ce dernier au jour ou à la nuit éternelle, et l'amènera inéluctablement à sa perte.

Bien qu'avertis par les risques, Starswirl choisit quand même de prendre ce pouvoir. Ce sort était une magnifique chance, une belle opportunité, une bénédiction. Il ne pouvait pas laisser passer ça. Aussitôt qu'il eut maîtrisé ce pouvoir, il en fit la démonstration devant l'élite des magiciens pour le faire connaître à toutes les licornes, et bien sûr en prenant la précaution de demander l'assistance à d'autres magiciens, comme il le lui fut recommandé sur le parchemin.

Et quand ils virent absolument tous le soleil et la lune obéir à Starswirl, ils n'en crurent tous pas leurs yeux, même si cela avait sacrifié inévitablement la magie de ses assistants. Starswirl prétendit ensuite qu'il était lui-même l'inventeur de ce fabuleux sort ; tout en ayant pris soin auparavant de brûler ce parchemin, et ainsi éviter qu'un voleur ne puisse s'emparer de sa place vedette à l'aide de ce manuscrit.

Les quatre assistants de Starswirl, comme dit plus tôt, avaient payé très cher l'aide apportée pour la réalisation de cette prouesse. Les deux premiers furent si brutalement sapés de toute magie qu'ils durent se reposer pendant plusieurs jours avant de pouvoir de nouveau utiliser leur corne normalement. Tandis que les deux autres avaient tout simplement perdu l'usage de leur magie, épuisée jusqu'à la source par l'exécution du sort.

Avec les terribles conséquences que ce pouvoir eut engendrées, Starswirl espérait à ce moment que son utilisation quasi-quotidienne ne serait pas nécessaire pour conserver le cycle régulier du jour et de la nuit. Mais malheureusement pour lui, Discord n'avait volontairement mentionné que très peu sur le papier au sujet des magies solaire et lunaire, tout comme leurs origines, afin de mieux le manipuler.

Quand Starswirl comprit enfin la réelle portée de sa décision en apprenant ce sort, quand il vit que désormais tout l'équilibre du monde reposait maintenant sur ses frêles épaules, il regretta d'avoir voulu maîtriser ce pouvoir. Il en avait demandé pour atteindre son rêve, certes, mais pas une responsabilité si lourde que seul un dieu serait capable de porter. Starswirl avait de la prétention, mais pas à ce point-là.

Bullion, le roi des licornes de cette époque, se souciait principalement de l'intérêt des licornes. Il voyait au travers du sort de déplacement des astres un atout stratégique pour obtenir ce qu'il voulait des terrestres et des pégases au profit de son propre peuple. Et effectivement, quand les deux autres races réalisèrent que les licornes s'étaient emparées du contrôle du jour et de la nuit, ils furent emplis de crainte, en imaginant ce que Starswirl serait capable de faire s'il utilisait ce pouvoir à des fins égoïstes, voire destructrices. Et quand le roi Bullion, au travers de la princesse Platinum, sa fille et porte-parole auprès des autres races, se servit de Starswirl comme d'une arme de dissuasion pour forcer le sabot aux pégases et aux terrestre, ces derniers se remplirent encore plus de colère, de mépris et de haine pour ces licornes toujours plus arrogantes maintenant qu'elles se vantaient capables de contrôler les astres.

Discord, qui regardait tout de loin, riait intérieurement. Il s'amusait de la tension qui montait. Bientôt, il y aura assez de colère et de haine entre les trois races pour que les wendigoes se réveillent et leur apportent le froid éternel. Et ce n'était à présent plus qu'une question de temps avant que les licornes ne tombent à cours de magie pour élever le soleil et la lune et finissent par s'éteindre dans leur propre vanité. Tout se déroulait selon son plan. Ces poneys sont si faciles à manipuler, pensait Discord. C'était unis que les poneys trouvaient autrefois leur vraie force. Mais sans les Lux et les Skiá, leurs guides spirituels pour le leur rappeler, ils étaient voués à s'auto-détruire. Sans les alicornes pour les guider, les poneys étaient faibles.

Maintenant qu'il en eut terminé avec les magies solaire et lunaire et les licornes, il s'en alla à présent s'occuper une bonne fois pour toute de l'empire de Crystal ; le seul empire à avoir su réchapper à sa colère durant l'Ère des Sept Glorieuses. Cet empire fut parvenu grâce au pouvoir de sa pierre à se dissimuler de tous yeux hostiles, y compris de ceux de Discord. Mais inévitablement, tout finit par être retrouvé.

L'empire fut débusqué alors que les yacks et les bouquetins leur faisaient la guerre. Et à ce moment, les Amor auront été détrônés (trahis) par leur propre état-major. Le général Sombra eut fait un putsch dans l'espoir de mettre définitivement un terme à la crise causée par le bellicisme des yacks et des bouquetins, ainsi que par l'inaction d'Amore VI, qui duraient depuis déjà bien trop longtemps.

Et tout comme Grogar ou Starswirl, Sombra s'était révélé comme un génie ambitieux dans son domaine. Sa plus grande faiblesse, sûrement, était la peur de perdre son pouvoir. Et contrairement aux Amor dont il eut usurpé tous les titres, il n'était pas immortel. Et comme mourir signifiait qu'il perdrait son pouvoir, tout comme sa soif de gloire et toutes ses ambitions, il craignait également de mourir.

Discord l'aura pris à son avantage. Pour s'approcher de lui, il prit une apparence différente pour masquer sa vraie forme. Il proposa à Sombra un pacte. Tout simplement en échange de son silence sur l'affaire de ce marché conclu, il lui promit le don d'une puissante magie noire qui décuplerait son pouvoir en plus de le rendre immortel.

Dans son avidité, le roi Sombra succomba aveuglément à la tentation et accepta, sans poser de questions. Il obtint par ce pacte tout la puissance et la longévité dont il pourrait rêver ; mais ce fut un cadeau empoisonné. Car cette magie noire qu'il eut gagnée l'avait corrompu pour faire disparaître toute forme de lumière en son cœur, tout comme la lueur de son pelage cristallin pour être remplacé par un poil noir et malveillant, ainsi que par une corne rouge surnaturelle ayant surgi de son crâne. Et elle le plongea dans une folie qui le poussait à réaliser toutes ses ambitions, quel qu'en soit le prix ; et ce sans même qu'il ne s'en soit rendu compte qu'il perdait la raison. Et la tyrannie de Sombra qui eut déjà commencée avec le régicide de l'impératrice Amore quelques années auparavant, devint plus brutale envers ses sujets.

Détruire petit à petit l'empire de Crystal en le corrompant de l'intérieur... rien de mieux pour châtier le seul des sept empires qui aura su échapper à la malveillance de Discord pendant près de vingt-mille ans.

Après que Discord eut scellé le destin de l'empire de Crystal, il s'en retourna du côté du troisième enfant, la petite sœur de Luna et Celestia, celle qui n'était pas encore née et qui aura été arrachée aux entrailles même de sa mère.

Au moment de placer le fœtus dans la plante, il ne savait pas trop dans l'immédiat en quoi il aurait pu lui servir sur le long terme pour répandre le chaos. Ce fut en voyant le résultat du développement du poulain qu'il eut l'idée.

La plante n'avait pas seulement fait office d'utérus : elle avait également accéléré la croissance de l'enfant jusqu'à ce qu'il en arrive à son stade adulte. Cette créature n'était qu'une version grotesque de ce qu'elle était supposée être : les pattes couvertes de trous, le crin et les ailes vert malade semblables à de la soie déchirée et la corne tordue dans tous les sens. Un être hideux, et qui, contrairement à sa mère ou à ses ancêtres, se nourrissait de la magie des autres créatures non pas par le biais du sang, mais de l'amour. Sûrement cette malédiction devait provenir du fait qu'elle n'avait jamais reçu l'amour de sa mère et n'en serait donc jamais rassasiée. Et en effet, aussi longtemps que elle et tous les descendants après elle ne sauront ni trouver, ni accepter l'amour ou l'amitié d'un tiers, cette nouvelle espèce restera liée à ce destin maudit, et ne pourra jamais connaître la paix.

Discord eut complété cette nouvelle espèce en lui donnant la capacité de prendre la forme de qui ou quoi elle voulait. Ainsi, en prenant l'apparence d'une personne aimée, elle pourrait absorber l'amour de ceux aimant cette personne. Il donna à cette créature, mère de cette espèce, le nom de Chrysalis, en mémoire à la plante qui l'eut mise au monde. Et après, sans s'être jamais révélé de lui-même à elle, il la relâcha dans la nature. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'elle ne cause assez de chaos pour se faire entendre parler d'elle dans le monde entier. Quand il en eut terminé, Discord retourna du côté des licorne pour observer comment la situation évoluait.

 

Et pendant ce temps-là, les petites pouliches Luna et Celestia s'était retrouvées orphelines, alors qu'elles n'avaient même pas dix ans. Étant encore trop jeunes pour connaître même la notion de mort, elles croyaient seulement avoir perdu leurs parents ; un peu comme un enfant qui perdrait ses géniteurs dans un centre commercial.

Elles s'étaient mises du coup en tête de les retrouver ; d'abord dans l'enceinte de la maison, ensuite dans le jardin, puis dans les lieux extérieurs dont ils avaient coutume de fréquenter et elles allèrent toujours de plus en plus loin, jusqu'à en perdre leur chemin et donc leur demeure d'enfance.

Au hasard, elles errèrent. Privées de leurs parents, elles luttaient pour survivre, se débrouillant seules, découvrant de nombreuses créatures, des peuples, des civilisations, de nombreux lieux, horreurs et merveilles au fil de leur voyage. Et aux hasards, inconsciemment, elles se dirigeaient dans le nord, toujours dans l'espoir de retrouver leurs parents.

Cette détermination préservée par leur innocence les aura amenées à traverser les monts de l'Arctique et même à tomber par hasard sur l'empire de Crystal. Et à ce moment, comme dit précédemment, la famille Amor eut été massacrée, Amore VI assassinée, et le peuple opprimé.

Luna et Celestia, de par leurs ailes et leurs cornes, ressemblaient aux Amor qui étaient également des alicornes, et ce détail n'avait pas échappé aux poneys de Crystal. Le roi Sombra, qui aura appris leur présence dans son empire par le bouche à oreille, les fit convoquer dans son château et en fit ses invités où elles eurent à manger, un lit, et plein d'autres conforts qu'on donnerait à deux pauvres pouliches qui auraient perdu leurs parents.

Le roi usurpateur de Crystal eut fait cela pour gagner leur confiance et mieux apprendre d'elle, au cas où elles auraient une quelconque affiliation à l'impératrice Amore. Même si elles n'étaient que des pouliches, elles pouvaient représenter une menace à sa position de par leur simple condition d'alicorne.

Luna et Celestia n'avaient aucune confiance en cet étalon, avec sa corne et ses yeux bizarres, bien qu'elles auront accepté son invitation à séjourner au sein du château, poussées par la faim et le besoin de chaleur après passées si longtemps dans le désert glacial de l'arctique. Et il leur sera avéré qu'elles eurent raison de ne pas lui faire confiance quand un couple de poneys de Crystal leur aura attiré l'intention, alors qu'elle se promenait une fois dans la rue. Ces derniers eurent raconté toute la vérité sur le roi Sombra aux deux jeunes pouliches : qu'il n'était qu'un usurpateur, un tyran, qu'il avait massacré la vraie famille impériale.

Ils leur expliquèrent aussi qu'il existait toujours un espoir pour leur peuple, que si jamais la famille Amor venait à s'éteindre, elle renaîtrait au travers d'un des enfants du peuple de Crystal. Et justement, il fallut que cette règle fondamentale au sein de leur empire tombe sur eux. La pouliche qui venait de naître d'eux était une alicorne qui possédait un pelage de la même couleur que celui de l'ancienne impératrice Amore.

Ils leur supplièrent d'amener l'enfant avec elles en dehors de l'empire de Crystal car le roi Sombra était parfaitement conscient comme tous les habitants de son empire que les Amor pouvaient renaître au travers de son peuple si jamais ils venaient à s'éteindre. Et pour éviter ça, il eut mis en place un contrôle des naissances qui stipulait que si un bébé venait à naître alicorne, il devait alors être aussitôt exécuté et ainsi, étouffer le retour des Amor dans l'œuf.

La mère venait tout juste d'accoucher et en demandant cela aux deux sœurs, elle et le père savaient qu'ils risquaient leurs vies. Luna et Celestia n'avaient aucun intérêt à sauver cette pouliche ou à sauver ce peuple dont le souci actuel ne pouvait pas atteindre la simplicité d'esprit de deux enfants. Mais elles avaient pitié des poneys de Crystal, et leur pureté de cœur les firent sentir obligées de venir en aide à cette pouliche qui risquait la mort. Quand elles eurent finalement accepté de l'amener et prendre soin d'elle, les parents les informèrent que son prénom était Cadence ; mais que d'après la tradition de l'empire, les noms complets de la famille Amor étaient « Mi amore di » suivis par le prénom en lui-même.

Les deux petites orphelines volèrent de la nourriture au château du roi Sombra et traversèrent les frontières de l'empire au plus vite avant que ce dernier ne réalise leur départ. Elles auront échappé longuement à sa colère mais elles durent se mettre à l'évidence : s'occuper d'un bébé en étant elles-mêmes de jeunes pouliches privées de leurs parents n'étaient pas chose aisée. Pour que des parents en viennent à donner une telle charge à des orphelines, ils devaient vraiment être désespérés.

Luna et Celestia trouvèrent refuge pendant un temps chez les yacks, puis chez les bouquetins, alors qu'ils se faisaient traquer par les armées du roi Sombra. Même si les yacks, et en particulier les bouquetins, ne portaient pas les poneys dans leur cœur, ils les aidèrent à fuir l'influence de l'empire de Crystal, en souvenir de l'annexion humiliante à lesquelles Sombra les eurent soumis.

Elles seront parvenues à franchir le pôle nord, traverser les montagnes de l'Arctique, et à atteindre le continent à l'ouest de l'océan lunaire ; là où le roi Sombra ne pourrait pas les rattraper aussi aisément. Mais avec les provisions qui diminuaient, elles n'auront pas pu veiller sur Cadance plus longtemps, d'autant plus qu'elles étaient fatiguées de lui donner la mamelle dans l'espoir de la calmer. Et alors qu'elles redescendaient vers le sud, elles tombèrent finalement sur le premier village habité par des poneys, et y laissèrent là Cadance à un couple sans enfant, en se promettant qu'une fois plus grandes, elles tenteraient de la retrouver pour lui apprendre ses réelles origines et ainsi les buts qu'elle pourrait poursuivre dans sa vie.

Entre la disparition de leurs parents et leur arrivée hasardeuse au sein de la nation des licornes, il se fut écoulé près de six mois. Il s'écoula encore un certain temps avant que toutes les licornes, puis tous les terrestres et pégases, ne réalisent l'existence des alicornes ; eux qui croyaient que ce n'était qu'un vieux conte pour poulain, une légende que leur contaient jadis leurs ancêtres. Quand les licornes découvrirent Luna et Celestia, elles faisaient du vol à l'étalage dans un marché local, pour trouver à manger avant d'être placées de force dans un orphelinat.

Elles auront plus tard été adoptées par les Blueblood : une famille de noble parmi les licornes qui partageait un lien de sang avec la lignée du roi Bullion. Et ce fut à ce moment que Luna et Celestia gagnèrent réellement en célébrité. Au moment de leur adoption, elles avaient six et neuf ans.

Et aussi à ce moment, Starswirl fut devenu un magicien de grand prestige, inventeur de très nombreux et puissants sorts dont il en fut capable grâce au rang qu'il eut gagné. Il avait accompli son rêve, même s'il refoulait en lui du regret pour ses choix passés. Plus les jours avançaient, plus les licornes en incapacité de manipuler leur magie à cause du déplacement des astres croissaient ; lentement mais sûrement.

Quand il apprit l'existence de ces deux alicornes, il s'était proposé auprès de la famille Blueblood et du roi Bullion à devenir leur professeur en magie. Il voyait en elles un espoir de se délivrer de cette malédiction qu'il s'était lui-même affublé dans son manque de conscience et de sagesse. Car selon les anciens mythes, les alicornes disposaient d'une magie bien plus puissante que les licornes. Il espérait que ce n'était pas du mythe pour rien.

Quand il eut suggéré au roi Bullion et à ses conseillers qu'il valait mieux céder le contrôle du soleil et de la lune à ces deux enfants pour espérer ne plus avoir à sacrifier la magie de nombreuses licornes, ce dernier refusa net. Le roi ne désirait pas qu'un tel pouvoir finisse entre les sabots de deux pouliches qui ne comprenaient rien à la politique. Car effectivement, la manipulation des astres octroyait une force de dissuasion implacable sur les pégases et les terrestres pour les soumettre à des traités arbitraires, tout comme aux autres espèces.

 

Et en parlant de négociation, la relation entre les trois races n'allait que de mal en pis. Plus les poneys étaient en colère, plus le climat semblait se refroidir, et les hivers devenir de plus en plus rudes. La température avait baissé à un tel point que deux ans plus tard, en -6 avant l'Ère Celestiale, même en été, le thermomètre remontait à peine au-dessus de 0°C. La situation fut si critique que même en plein solstice d'été, la neige, les rivières et les lacs peinaient à fondre. Même les pégases et les licornes n'arrivaient plus à contrôler ces vagues de neige et de froid. La nourriture devenait de plus en plus rare et les terrestres furent contraints de froisser définitivement les deux autres races en stockant leurs récoltes au lieu de les partager pour éviter la famine. Et quand les licornes et les pégases le réalisèrent, le gel comme la colère s'intensifia de plus bel.

Sans comprendre la réelle cause de cette vague de froid incessante, les terrestres, pégases et licornes se mirent en tête d'émigrer pour trouver des terres plus accueillantes où s'installer. Et ainsi débuta l'exode des trois races qui précéda la fondation d'Equestria, telle que nous la connaissons.

Ils voyagèrent plusieurs mois en direction du nord. Ils n'auraient pas pu se rendre dans l'ouest ou le sud car ces terres étaient occupées par d'autres nations qui n'accepteraient pas forcément d'ouvrir leurs frontières à des migrants ; et l'océan lunaire leur faisait obstacle à l'est. Les poneys traversèrent ainsi le pôle nord, puis les monts de l'arctique, mais en passant par un autre chemin que celui autrefois emprunté par Luna et Celestia. Donc quand ils rejoignirent le continent situé à l'est de l'océan lunaire, le roi Sombra ne les aura pas remarqués.

En l'année -5, les trois races atteignirent les territoires verdoyants qui composeront à l'avenir Equestria. Ne les ayant pas découverts à partir du même point d'arrivée, ce ne fut que quelques semaines après la décision d'y demeurer qu'ils réalisèrent qu'ils revendiquaient tous le même pays. Plus qu'agacées alors que de voir leurs chemins se croiser à nouveau, ayant espéré ne plus avoir à se supporter, les trois races se déclarèrent la guerre pour avoir ces terres pour elles seules.

Sauf que les wendigoes, tel fut la volonté de Discord, les eurent suivies et l'ombre de la guerre fit revenir au galop le froid éternel. Les pégases, terrestres et licornes n'auront même pas commencé à croiser le fer que les deux tiers d'entre eux étaient déjà morts de froid. Le gel fut si féroce que les trois peuples durent fuir dans des cavernes pour survivre. Mais cela ne les protégea pas longtemps car partout où ils emmenaient leur haine, les wendigoes les suivaient.

Ce fut alors que Clover la maline, ancienne élève de Starswirl et héraut de la princesse Platinum, remarqua que le froid était issu des wendigoes. Son mentor avait déjà remarqué l'existence de ces créatures quelques temps avant l'exode une fois. Il les eut étudiés et avait même averti le roi Bullion de ce sujet dans l'espoir de ramener la paix entre les trois races. Mais il eut échoué car Discord avait volontairement durci le cœur du roi ainsi que celui de sa fille ; et même de tous les autres dirigeants ; pour rendre cette apocalypse hivernale inévitable.

Les chefs des trois races devenus impossibles à raisonner, Clover alla en parler aux bras droits des deux autres : Smart Cookie des terrestres et Private Pansy des pégases. Quand elle leur en eut parlé, ils prirent alors conscience combien eux tout comme leurs ancêtres s'étaient leurrés. Et ce choc obtint une ampleur plus grande quand ce fut au tour des trois peuples dans leur ensemble que d'apprendre qu'ils s'étaient déclenchés leur propre ruine.

De même, ils prirent conscience en se regardant finalement les uns les autres dans les yeux que tout ce qu'ils croyaient au sujet des uns des autres n'étaient qu'illusion et préjugé ; et qu'ils ne se haïssaient pas tant que ça. Et en effet, cette haine fut avant tout nourrie par l'orgueil et l'égoïsme du roi Bullion et de sa fille Platinum, des licornes, du commandant Hurricane des pégases et du chancelier Puddinghead des poneys terrestres ; et qui eurent retombé sur leurs sujets.

Après tout, ce sont les politiciens qui aiment faire la guerre. Pas les peuples.

Alors, pour vaincre les wendigoes, ils firent l'effort de changer leur inimitié en amitié. Ils choisirent la paix à la guerre, de ne plus se soucier de leurs différences, d'enterrer le passé, et de tout repartir à zéro.

Cette force de volonté fut telle qu'elle alla jusqu'à atteindre les dirigeants des trois races qui furent forcés d'admettre qu'ils étaient dans l'erreur depuis le début. Ne trouvant plus la haine qui les nourrissait, les wendigoes s'en allèrent. Et Discord, en voyant ceci, grommela : il allait devoir trouver une autre idée pour s'amuser.

Les trois races unirent donc leurs intérêts communs tout comme leurs frontières pour fonder en -5 le pays d'Equestria où terrestres, pégases et licornes vivraient en harmonie. Cet état n'était pas un idéal inventé, mais un idéal retrouvé : un idéal qui fut perdu lors de la chute des Lux et des Skiá il y eut presque mille ans.

Les licornes fondèrent Canterlot, les pégases Cloudsdale, et les terrestres Manehattan. Puis le roi Bullion, le commandant Hurricane et le chancelier Puddinghead débattirent pour savoir qui devra alors régner sur ce petit beau monde. Leurs bras droits ; Clover, Private Pansy et Smart Cooky ; craignaient que ce débat dégénère et engendre une guerre pour le pouvoir entre les différents chefs. Bien entendu, la probabilité qu'une telle calamité se produise restait très faible après cette réconciliation miracle, mais prudence était mère de sûreté.

Ils se rappelèrent alors de ces deux fameuses alicornes : Celestia et sa petite sœur, Luna. Ils trouvaient tous trois qu'elles étaient le meilleur choix pour représenter et gouverner les trois races auprès des autres pays car les alicornes, de par leurs attributs physiques, symbolisaient les caractéristiques des terrestres, licornes et pégases, en plus de posséder cette réputation de dieux de l'ancien temps.

Celestia et Luna, étant encore très jeunes et qui vivaient toujours sous la tutelle des Blueblood et l'apprentissage de Starswirl, et qui avaient progressivement abandonné l'objectif de retrouver leurs vrais parents, ne désiraient pas de ce pouvoir. Elles se sentaient dépassées par la situation, exactement comme quand ce couple leur avait confié leur fille, Cadance, dans l'espoir de sauver l'empire de Crystal. Elles trouvaient étrange que le destin les choisisse elles plutôt que d'autres juste à cause de leurs ailes combinées à leurs cornes. Qu'y avait-il de si spécial à être une alicorne ? s'étaient-elles demandées à l'époque.

Et pourtant, malgré qu'elles ne l'eussent jamais voulu, n'ayant été que des pouliches qui eurent perdu leurs parents, elles furent propulsées sur le devant de l'Histoire d'Equestria quand, en apprenant la nouvelle, les trois chefs agréèrent la proposition sage de leurs bras droit à choisir elles deux comme chefs ; bien que la princesse Platinum jugeait dérisoire de confier le pouvoir à deux poneys qui n'avaient pas encore leurs marques de beauté.

Equestria fut déclarée comme une principauté, et Luna et Celestia devinrent en conclusion des princesses. Elles auront passé le reste de leur enfance, puis de leur adolescence, à se former non seulement en magie auprès de Starswirl, mais aussi à apprendre la politique. Et en attendant qu'elles soient enfin prêtes à remplir leur rôle de princesse, Hurricane, Bullion et Puddinghead formèrent un triumvirat.

Durant leur adolescence, Luna et Celestia firent bâtir le célèbre Château des Deux Sœurs en tant que second lieu de résidence après Canterlot. Elles eurent choisi de le construire au sein de la forêt Everfree car cette forêt se situait aux pieds des monts dans lesquels la cité des licornes fut bâtie, en plus d'être le point convergent des trois villes afin de symboliser l'unité des trois races.

Et enfin, alors que Celestia approchait de l'âge adulte et que Luna était à la veille de ses quinze ans, Starswirl sentit qu'il était temps, à présent que ces deux élèves eurent achevé leur formation en magie, de leur céder le pouvoir de contrôler les astres. Maintenant que les licornes n'avaient plus d'intérêt égoïste et que les trois races étaient en paix, le roi Bullion le lui permettait enfin. Celestia, en compagnie de sa sœur, élevèrent et abaissèrent le soleil et la lune pour la première fois, obtenant ainsi enfin leurs marques de beauté ensemble. Cet évènement eut débuté l'an 1 de l'Ère Celestiale.

Et exactement comme Starswirl l'avait remarqué pendant qu'il leur enseignait, Luna et Celestia étaient par leur condition d'alicorne d'une puissance incomparable. Elles ne furent pas tellement épuisées par cette tâche, n'avaient pas eu besoin d'assistance pour soulever les astres. En conclusion, aucun poney n'aura perdu sa magie. Leur mentor se montra rassuré, et surtout soulagé de ne plus avoir à assurer lui-même cette responsabilité. Il n'aura jamais su comment cet étrange parchemin fut arrivé dans le tiroir de son bureau, mais une chose était sûre : l'avenir des licornes tout comme celui du monde furent sauvés de son fol orgueil. Plus aucune licorne ne verra sa magie sacrifiée sur l'autel de ses anciennes ambitions, et il put retrouver l'esprit tranquille.

 

Et la suite de l'histoire vous paraîtra tout d'un coup plus familière.

 

Toute nation qui vendrait à naître connaîtra fatalement de nouveaux dangers. Tirek par exemple qui, en compagnie de Scorpan, son petit frère, aura désobéi à la volonté de son père, Vorak, le roi d'un des royaumes monstres héritiers de Grogar, pour s'attaquer aux poneys et voler leur magie à leur profit. Mais il aura échoué après s'être fait trahir par son frère qui se sera rallié à Starswirl, et qui aura prévenu Celestia et Luna de ses intentions. Il fut emprisonné au Tartare ; ce centre de détention bâti il y eut fort longtemps par les humains, puis abandonné, avant que les princesses ne le redécouvrent quatre milles ans plus tard et le réinvestissent ; et Scorpan sera retourné chez lui.

Plus tard, ce fut au tour de Discord de tenter quelque chose contre l'harmonie d'Equestria. Mais au lieu de se présenter de lui-même, il aura créé d'autres créatures pour faire le sale boulot à sa place : les sirènes. Elles répandaient le chaos et la disharmonie par leur chant et nourrissaient leur pouvoir grâce à la mésentente qu'elles déclenchaient.

Elles seront vaincues par ceux qui auront été suite à ce combat surnommés les six Piliers. Un rassemblement de six héros dont les noms furent les suivants : Starswirl le barbu, bien connu pour avoir inventé plus d'un millier de sort, maîtrisé le soleil et la lune et pour avoir été le plus puissant magicien de son temps ; Rockhoof, un terrestre d'une force titanesque qui eut réussi à lui seul à sauver son village en détournant l'écoulement de lave d'un volcan ; Mistmane, une licorne originaire de l'archipel de Japony, qui eut sauvé son pays du dessèchement en sacrifiant sa beauté ; Somnanbula, la pégase qui sauva son village du Sphynx, un monstre venu du sud pour tyranniser les poneys du désert ; Flash, un guerrier pégase qui gagna le titre de Magnus après avoir sauvé ses camarades en affrontant des dragons millénaires avec bravoure ; et enfin la mage Meadowbrook, une terrestre qui sauva son village en trouvant le remède contre la fièvre des marais.

Tous ces héros qui furent entrés dans la légende de par leurs exploits avaient été réunis pour affronter les sirènes par Stygian, un simple petit étalon licorne qui les admirait pour leur talent ; alors que lui, il n'en possédait pas vraiment. D'ailleurs, il les enviait beaucoup et souhaitait protéger Equestria en participant à leurs aventures. C'était bien ennuyeux pour Discord qu'Equestria possède des champions pour la défendre : il devait s'en débarrasser... et d'une manière subtile ! Sinon ce ne serait pas drôle.

L'envie de Stygian lui donna une idée. Ce poney modeste et faible sera son outil pour se débarrasser des six Piliers. Tout ce qu'il eut fait à cet instant aura été de glisser une pensée dans l'esprit de Stygian : celle de dérober les six artefacts des Piliers et s'en servir pour devenir aussi puissant qu'eux. Ce petit étalon crut que cette pensée était la sienne alors qu'en réalité il s'agissait de celle d'un démon qui le fera plonger dans les ténèbres d'une très puissante magie noire.

Cela eut marché au-delà de toutes les espérances de Discord. Stygian aura effectivement succombé à la tentation et volé les artefacts de ceux qu'il admirait. Et au moment où il l'espérait, quand les six Piliers prirent conscience de son acte et le lynchèrent, cette seconde pensée qu'il avait insérée en lui prit le dessus sur l'esprit de Stygian, et le transforma en le Poney des Ombres.

La puissance de cette créature à l'apparence d'alicorne fut telle que les six Piliers ne voyaient aucune autre solution pour le vaincre que de le bannir dans les limbes. Et ce sort nécessitait qu'ils se bannissent avec lui... exactement comme Discord l'avait planifié.

Attristé de réaliser qu'il allait devoir laisser Luna et Celestia, encore très jeunes, se débrouiller seules pour protéger Equestria, Starswirl demanda à ses camarades, avant de faire l'ultime sacrifice, de l'accompagner là où les deux sœurs iraient sûrement chercher secours : la caverne au fond du ravin juste en face de leur château. Un choix de lieu bien saugrenu, mais nécessaire pour se cacher des puissances hostiles.

Là, et avec toutes leurs forces, tous leurs espoirs, toutes leurs prières, ils souhaitèrent que les prochaines générations parviendraient à se défendre des forces du mal, et que l'harmonie, la paix, serait préservée. Ils y eurent mis toute leur magie et toute leur volonté à un tel point que cette prière éveilla à nouveau Harmonie.

Était-ce vraiment la première fois que quelqu'un la priait ? et mettait foi en elle ? Elle ? une entité aussi ancienne que Discord et que personne mise à part le Famicide ne pourrait la connaître ? Et à travers cette foi, elle y trouva une nouvelle force, une nouvelle détermination à vaincre Discord une bonne fois pour toute. Elle se rappela de la détermination du Famicide à vaincre Discord pour apporter un monde de paix, des sept empires qu'elle eut créés maintenant en ruine ou corrompus, des efforts qu'elle eut employés quelques siècles auparavant pour sauver les poneys de la marquéole...

Harmonie, avec un sourire, recouvrit cette vieille puissance d'antan qu'elle eut perdue jadis lors de son premier affrontement contre Discord. Dans cette source de magie invoquée par les six Piliers, naquit une graine d'espoir. Et la déesse oubliée choisit cette graine comme réceptacle pour son âme. Et une fois qu'elle fut plantée et que les six héros repartirent dans l'urgence, sans même prévenir les princesses, bannir le Poney des ombres avant qu'il n'enveloppe Equestria dans les ténèbres, Harmonie prépara son plan pour défendre la paix d'Equestria.

 

Quand les six Piliers disparurent dans le néant avec le Poney des Ombres, Discord exulta. Mais il ne cria pas victoire trop vite. Avec son omniscience, il eut remarqué qu'Harmonie, sa plus vieille ennemie, était de retour. Il la rechercha pour la terrasser à nouveau mais en vain. Cette dernière avait récupéré son pouvoir et s'en eut servi pour se dissimuler à ses yeux. En attendant, elle patienta le passage des années pour grandir et produire des fruits.

Durant les jours où Harmonie grandissait et Discord la cherchait, deux autres pions du draconequus entrèrent sur la scène historique d'Equestria : le roi Sombra et Chrysalis. Le temps aura passé et Chrysalis aura fondé un essaim habité par elle et sa progéniture : les enfants qu'elle eut eus avec tous les mâles auxquels elle s'était accouplée en prenant l'apparence des êtres qui leur étaient chers.

Elle s'était proclamée reine des changelins, changelin étant le nom qu'elle s'était donné à elle-même et à tous ses sujets. Même si elle concentrait à cette époque des invasions sur d'autres pays, elle avait remarqué la quantité d'amour croissante qui se trouvait à Equestria et avait déjà tenté d'attaquer le pays à plusieurs reprises. Mais cela fut sans succès car Luna et Celestia la repoussèrent et la reine fut contrainte de battre en retraite.

Quant au roi Sombra, il eut déclaré la guerre à Equestria quand il découvrit l'existence de Cadence. Quand Cadence eut grandi, elle eut obtenu sa marque de beauté à ses seize ans : un cœur d'azur très similaire au Cœur de Crystal. Cela fut arrivé quand elle dévoila son vrai pouvoir d'amour pour défaire une sorcière qui harcelait son village à l'aide d'un artefact. Suite à cette victoire, Celestia, qui veillait sur elle à distance grâce à son don d'omniscience, l'héritage de la famille Lux, la téléporta dans sa dimension et là, ce fut la révélation.

Celestia lui avait tout raconté sur ses origines : qu'elle était orpheline, exactement comme elle ou sa sœur, et qu'elle était originaire d'une cité nommée l'empire de Crystal, qu'elle avait un rôle à jouer dans l'avenir de cette cité et de ses habitants, que le roi Sombra voulait sa mort, et que se fut elle et Luna qui la sauvèrent d'une fin certaine alors qu'elle n'était encore qu'un bébé.

Après toutes ces révélations assez choquantes sur sa nature, Cadance accepta la proposition de Celestia de venir demeurer à Equestria et d'en devenir la nouvelle princesse. Et lors de son sacrement, Luna l'eut accueillie comme si elle était une petite sœur perdue. Et en effet, les deux alicornes traitèrent la troisième comme si elle faisait partie de leur propre famille.

Et bien évidemment, ce couronnement n'aura pas échappé à l'attention du roi Sombra qui avait l'intention d'éliminer Mi Amore Di Cadenza. Le début de la guerre... ce fut le moment que Celestia et Luna attendaient pour attaquer l'empire de Crystal et le libérer de l'emprise de ce tyran, et donner à Cadance sa place légitime. Jamais elles n'auraient pu croire étant enfants qu'elles voleraient finalement au secours des poneys de Crystal une fois atteint l'âge adulte. Mais leur condition d'alicorne les avait étrangement poussées sur ce chemin empli de destinées et de fatalités.

La guerre dura plusieurs années avant que le roi Sombra se fut repliée dans ses derniers retranchements. Et là fut venu le moment où les deux princesses affrontèrent Sombra au cours d'un combat qui pouvait s'avérer mortel. Mais Sombra était, grâce à son pacte passé avec cette étrange créature, d'une puissance redoutable pour un simple poney de Crystal changé en licorne. Il se fut révélé comme un puissant sorcier qui aurait sûrement mis en difficulté Starswirl, leur ancien maître.

Celestia fut défaite, plongée dans un sort d'illusion qui l'enfermait dans ses pires terreurs, et Luna aurait subi le même sort si Nightmare Moon n'était pas intervenue. Cette dernière avait pris le dessus sur sa jumelle pour la préserver de ce sort s'attaquant à son esprit, et elle déferla toute sa rage sur ce sorcier qu'elle jugeait prétentieux. Et Sombra, qui n'avait alors jamais fait face jusque-là au vrai pouvoir des anciens Skiá, aura été terrassé, puis décapité par Nightmare Moon.

Et, dans un excès d'agressivité et de folie, de pure méchanceté, le Nightmare aura également banni dans les profondeurs de l'arctique son empire avec lui. Luna, qui ne contrôlait absolument rien, eut été témoint de toute la scène. Elle aura (se sera) vu Nightmare Moon bannir l'empire de Crystal tout entier à elle seule en plus du tyran. Et c'était une vérité que Luna n'aura jamais révélé à sa grande sœur pour ne pas l'inquiéter au sujet de sa face sombre, qui elle, comme beaucoup d'autres, aura toujours cru que le roi Sombra en fut le réel responsable.

 

Les années passèrent et Harmonie eut grandi. En entrant dans sa maturité, elle songea à mettre en place son plan pour neutraliser Discord ; ne serait-ce que pour un temps, certes, mais vu la puissance réelle du draconequus, cela restait un très bon point. Elle produisit ses fruits : six artefacts dans lesquels elle aura insufflé toute sa force et toute sa magie ; une puissance originaire des prières et des espoirs des six Piliers, telle qu'elle pourrait renvoyer le maître du chaos dans ses derniers retranchements.

Mais harmonie était également consciente que celui qui détiendrait ces artefacts aurait un semblant de toute-puissance, et qu'ils seraient extrêmement dangereux si jamais ils venaient à tomber entre de mauvaises mains. Elle choisit du coup des élus qui eux seuls seraient en mesure d'utiliser ce qui fut appelé les Éléments d'Harmonie. Et ces élus, Harmonie les désigna par les marques de beauté qu'elle se sera gravée sur son tronc : la lune et le soleil de Luna et Celestia, ainsi qu'une étoile à six branches d'une forme bien particulière. Aucun poney ne possédait cette marque à Equestria pour le moment. Mais Harmonie prévoyait justement d'offrir cette marque à un poney à l'avenir. Un poney qui serait en mesure de changer tout le court de l'avenir pour Equestria et pour le monde. Mais l'heure de ce poney n'était pas encore venue.

Discord, lui qui n'arrivait pas à retrouver Harmonie, se disait que cette dernière allait bien finir par se montrer, surtout s'il attaquait Equestria en personne. Ce fut ce qu'il entreprit : il se présenta sous sa vraie forme aux poneys pour la première fois depuis les Temps Immortels afin de forcer la main de sa vieille ennemie, et l'obliger à se révéler. Et avec ses immenses pouvoirs, il répandit le chaos dans tout le pays ; à une telle vitesse que même Grogar ou les sirènes en seraient amenés à pâlir d'effroi. Les deux sœurs se confrontèrent au draconequus mais elles furent rapidement mises au tapis. Cet adversaire qu'elle n'avait encore jamais affronté et dont elles ne savaient absolument rien de sa véritable identité était d'une toute autre paire de manche comparé à Chrysalis ou à Sombra.

Pourtant, malgré toutes les tentatives de le vaincre, elles ne désespérèrent point. Et même avec toutes les paroles envoyées par Discord pour les démoraliser, comme quoi elles n'arriveraient jamais à le vaincre quels qu'en soient les moyens, elles proclamèrent qu'elles ne laisseraient jamais leur patrie sombrer dans la disharmonie et dans la ruine, qu'elles feraient absolument tout pour préserver la paix et le bonheur de leurs sujets, même si elles devaient le payer de leur vie.

Discord analysait la détermination dans le ton de leur voix, et la fureur qui habitait leurs yeux. Luna et Celestia lui rappelaient tellement leurs ancêtres : les premiers-nés des Lux et des Skiá, ceux qu'il eut créés et qui s'étaient retournés contre lui en apprenant leur réelle raison d'être. Elles n'étaient peut-être que des alicornes de sang-mêlé, beaucoup plus faibles que leurs aïeux, mais cette trempe qu'il voyait en elles lui rappelait la volonté d'acier sans faille de Caelum Lux et Fengár Skiá, ou même celle du Famicide.

Et pourtant il leur était totalement impossible de le vaincre. Le seul ; ou plutôt LA seule ; à être parvenu à le mettre vraiment en difficulté, n'était autre qu'Harmonie elle-même. Et sans son aide, Celestia et Luna n'avaient aucune chance de victoire. Elles durent battre en retraite et repensèrent alors à cet étrange arbre qu'elles avaient découvert dans la grotte au fond de cette crevasse, à deux sabots de leur château. Elles ignoraient à ce moment que ce fut Starswirl qui l'eut planté, en compagnie de ses cinq camarades. Mais elles avaient remarqué que cet arbre n'était pas ordinaire, qu'il dégageait une formidable et puissante magie blanche, et que la présence de leurs marques sur son tronc n'était sûrement pas anodine. Elles cueillirent les fruits de l'arbre en y percevant là peut-être la seule solution pour mettre un terme aux agissements de Discord.

Mais ce dernier était malin. Il les eut suivis juste après leur retraite. Comme Harmonie était la seule en mesure de pouvoir les aider, il savait qu'elles le mèneraient inévitablement à sa rivale de toujours. Et une fois qu'il eut découvert la position d'Harmonie, il retourna à son trône et sortit un sachet de graines noires.

Il savait qu'Harmonie perdra la major partie de sa force sans ces éléments et que ce sera le meilleur moment pour détruire son enveloppe charnelle. Et sans cette enveloppe, son pouvoir se dissipera de nouveau, comme quand il l'eut vaincue durant les Temps Chaotiques.

Il fit « accidentellement » tomber ces graines noires en les mangeant quand Luna et Celestia revinrent le défier avec les éléments. Ces graines étaient censées pousser et tuer l'arbre une fois arrivées à maturité. Cela risquait de prendre du temps mais Discord accepta ce petit sacrifice pour la détruire. Car il savait bien qu'il ne resterait pas pétrifié éternellement. Et quand le moment sera venu pour lui d'être à nouveau libre, l'arbre mourra certainement, et le monde restera ainsi à sa botte.

De même, alors qu'il riait devant l'assurance des deux sœurs quand elles s'apprêtaient à le vaincre, Discord savait également au fond de lui que même si elles étaient unies par leur sororité, elles étaient aussi des Lux et des Skiá. Et tout comme leurs ancêtres, elles souffriront du destin de s'affronter un jour et de causer leur propre chute. Le maître du chaos n'avait pas besoin d'être libre pour que le chaos perdure. Après tout, le Chaos existait bien avant lui.

Après la défaite de Discord, Equestria retrouva son calme, son ordre et sa paix. Les princesses soufflèrent, soulagées de voir que malgré l'étrange disparition de leur mentor, tout comme les cinq autres Piliers, Equestria restait sauve. Et jusqu'en l'année 105 de l'Ère Celestiale, plus aucun incident majeur ne fut à déplorer. Car en cette bien triste année pour les deux sœurs, la fatalité qui avait frappé leurs ancêtres des milliers d'années avant elles, les aura rattrapées.

 

Mais cela est une autre histoire...

 

Note de l'auteur

Et voilà, le dernier appendice, le dernier chapitre, cette histoire est enfin terminée !

Je ne vous cache pas que 285 000 mots d'écrits, de relus, de réécrits et de publications, ça me fait quelque chose à mon mental.

Pourtant, malgré tout ce travail, je sais bien que cet univers background est incomplet, que j'ai laissé trop de part d'ombre. Le coup des arbres géants dans lesquels vivaient les cerfs et les kirins par exemple, ou même la dernière pierre de pouvoir perdue de l'empire de diamant, ou encore l'histoire générique d'un tas d'espèce que j'ai oublié de raconter. Quoique la fic' soit techniquement terminée, il se peut que je revienne sur ce fan-lore plus tard, peut-être en écrivant une autre fanfic' qui se déroule dans le même délire et qui suit les mêmes règles.

Seulement, je ne l'ai pas fait uniquement pour moi. Cette fanfic' a eu pour but de poser les formes et les bases du passé du monde et d'Equestria. Elle servira autant de source d'inspiration et de base non seulement pour mes histoires, mais aussi pour les autres si cela vous inspire et vous donne envie de créer vos propres fic' à partir de ce lore.

Sur ce, je vous laisse, et j'espère que cette longue aventure vous aura bien amusé ! :)

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