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Aria n°4 : L'amie des enfants (Fluttershy)

« Est-ce que vous allez bien ? »

Une voix me paraissant très jeune me sortit de ma torpeur. Lorsque j'ouvris les yeux, je vis une petite licorne entièrement rose penchée sur moi. Elle recula de quelques pas en constatant que j'étais réveillée. Je reculai un peu la tête par timidité, avant de me lever et de lui demander tout doucement quel était son nom.

« Sarchothere, me répondit-elle spontanément.

– Quel nom étrange... Oh, désolée, ce n'est pas pour...

– Ce n'est rien, fit la nommée Sarchothere. Cela m'arrive souvent. Mais ce n'est pas le moment ! Regardez plutôt autour de vous ! »

J'obéis à son ordre. Apparemment, nous étions toujours dans l'auditorium, mais bizarrement il était intact. Plus aucune trace de destruction. Mais ce n'était pas là où voulait en venir la licorne : toute la nouvelle promotion de l'académie était rassemblée devant nous, figée et le regard vide. J'essayai de faire réagir une des licornes, sans succès.

« C'est inutile, annonça Sarchothere. C'est comme si elles étaient devenues des statues. Nous ferions mieux de quitter la salle, Fluttershy !

– On ne peut pas les laisser dans cet état ! répliquai-je avec une surprenante vivacité. Et comment connais-tu mon nom ?

– J'étais dans la salle au moment où Twilight Sparkle a évoqué votre nom, rappela la licorne. Croyez-moi, on ne peut rien faire pour elles. Il faut plutôt trouver un moyen de sortir d'ici.... Et vite !

– Pourquoi ? demandai-je, déconcertée.

– Pendant que vous étiez inconsciente, j'ai exploré l'école, m'expliqua Sarchothere. J'ai découvert que même si elle ressemble beaucoup à celle où l'on est rentrées ce soir, ce n'est pas la même école... Car si l'on tente de sortir dehors, on se rend vite compte que l'on n'est plus à Equestria.

– Où sommes-nous alors ? questionnai-je, effrayée par les propos de ma compagne.

– Sortons d'abord de l'auditorium, conseilla la jeune ponette. »

Nous partîmes doucement de la pièce. Je battais lentement des ailes pour ne pas faire de bruit. Une fois les portes de la salle fermées derrière nous, Sarchothere reprit le fil de son récit en m'avertissant cependant que je risquais d'être terrorisée par ses révélations :

« Nous sommes dans une autre dimension, représentant l'école dans une certaine période temporelle.

– Comment peux-tu savoir cela ? demandai-je, incrédule.

– J'ai rencontré une ponette tout à l'heure, raconta la licorne. Sauf qu'elle avait une particularité et non des moindres : elle n'était qu'un esprit.

– Tu veux dire que... les fantômes existent ? me risquai-je avec frayeur. »

J'eus alors tous les détails de son récit : cet esprit avait expliqué à la jeune licorne que nous nous trouvions dans une des quatre dimensions formées par une malédiction prenant ses racines dans un événement survenu trente ans auparavant. Elle avait également avoué que trois de ces dimensions s'étaient formées à la suite d'incidents similaires à celui qui nous avait amenées ici.

« Mais ce n'est pas tout, poursuivit Sarchothere. Pour sortir d'ici, ce fantôme m'a conseillé de chercher des petits sachets fermés par un ruban rouge contenant... »

La licorne s'interrompit brutalement. Je lui demandai de continuer ses révélations mais elle me déclara qu'il valait mieux que je n'en sache pas plus si je souhaitais rester suffisamment motivée pour sortir d'ici.

« A présent, je suggère que l'on aille à la bibliothèque, conseilla la jeune licorne. On pourra peut-être y trouver des indices.

– Ça me semble être une bonne idée, déclarai-je faiblement. »

Nous nous mîmes alors en route vers la bibliothèque de l'établissement. La jeune enfant semblait parfaitement connaître le chemin. Elle ne cessait de me surprendre : elle était sûre d'elle, prenait toutes les décisions, et conservait tout son courage dans un lieu aussi inquiétant. Tandis que moi... En dépit du fait que j'étais la plus âgée des deux, je peinais à garder mon calme alors que nous progressions dans les couloirs silencieux de la bâtisse. Je maudissais mon manque de courage dans une situation pareille...

Finalement, les portes massives de la bibliothèque se dessinèrent devant nous. Je partis devant afin de les ouvrir, mais je m'aperçus qu'elles étaient verrouillées. Sarchothere tenta de les ouvrir par magie, mais elle ne rencontra pas plus de succès que moi. En lieu et place d'un résultat, un message semblant écrit avec du sang s'afficha sur les portes :

« L'origine ne se dévoile pas aux ignorants. »

Que signifiait donc ce message ? Sarchothere contempla un instant la porte, l'air pensive, avant de me dire :

« Il y a quelque chose de très important dans cette pièce pour qu'elle soit verrouillée par un sort aussi puissant.

– Tu veux dire que c'est de la magie ? demandai-je timidement.

– Cette malédiction même est issue de la magie, fit la licorne d'un ton ferme. En tout cas, l'être ayant lancé ce sortilège est d'un niveau exceptionnel. »

Les paroles de ma compagne n'avaient décidément pas le don de me rassurer. Contre quoi essayions nous de lutter au juste ? Sarchothere fit demi-tour sans dire un mot et je la suivis, ne voulant pas me retrouver seule. Nous n'entendions que le souffle du vent, ce qui montrait à quel point nous ne faisions aucun bruit. Je rompis alors le calme ambiant :

« Où allons-nous, maintenant ?

– Au bureau du directeur, répondit sereinement Sarchothere. En espérant que celui-ci ne soit pas également fermé. »

Nous commençâmes au même moment à grimper un escalier. Nous montâmes les marches jusqu'au dernier étage avant de déboucher sur un autre couloir avec une petite porte à son extrémité. Cette fois, nous ne fûmes pas entravées dans notre démarche et pûmes entrer dans la pièce, correctement rangée, à un détail près : il y avait une masse non négligeable de documents étalés sur le bureau. Sarchothere commença à les fouiller, à la recherche d'indices. Pendant ce temps je regardai une armoire que j'entrepris d'ouvrir. Une fois ouverte, je poussai un cri d'horreur.

Il y avait le cadavre d'une pégase ! Celle-ci avait des débris de verre le long de son corps. L'un de ces bouts étaient même plantées dans l'œil ! De plus, elle n'avait plus de cutie mark...

Sarchothere me demanda alors si tout allait bien. Je lui mentis afin de ne pas l'inquiéter, constatant à cet instant que la pégase tenait un petit sachet dans sa bouche. On aurait dit l'un des sacs qu'avaient évoqués ma compagne d'infortune. Je l'arrachai avant d'avertir Sarchothere de ma découverte. La nouvelle la réjouit. Elle me demanda de conserver précieusement le sachet, avant de me faire part de sa propre découverte : le dossier d'une élève. On ne pouvait voir son nom, cette partie du document ayant été arrachée. Il s'agissait d'une licorne grise à la soyeuse crinière noire qui cachait partiellement ses yeux couleurs rubis. Petite particularité cependant : son flanc était vierge de toute cutie mark, alors qu'elle était déjà relativement âgée. Elle devait avoir beaucoup de mal à trouver son talent...

« J'imagine que vous êtes surprise qu'elle n'ait pas de cutie mark ? présuma Sarchothere. Mais le plus étrange, c'est qu'elle était la meilleure élève de sa promotion. De plus, ses professeurs ont noté qu'elle avait un potentiel en matière de magie cinq fois supérieur à la normale. »

Elle disait vrai : le dossier était rempli de commentaires élogieux de ses instructeurs. Le dossier se terminait toutefois sur une note négative : cette licorne avait visiblement beaucoup de difficultés à tisser des liens avec ses camarades.

« D'accord, dis-je. Mais à quoi cela va nous servir ?

– Comparez cette photo avec cet article », conseilla simplement la jeune licorne.

Elle me tendit alors un article d'un journal daté d'il y a trente ans dont l'entête était :

« Les quatre élèves toujours introuvables »

Le restant de l'article était illisible, ayant subi les ravages du temps. Cependant, les photos de trois élèves sur quatre accompagnaient l’article (celle à l’extrême gauche était déchirée, mais on pouvait y lire un nom : Rosehatcher) et parmi ces quatre élèves, il y avait...

« Oui, fit Sarchothere. Il s'agit bien de la même licorne que dans ce dossier. Ce n'est qu'une théorie, bien sûr, mais il est possible que ce soit cette licorne qui soit à l'origine de cette malédiction. Considérant son potentiel, c'est tout à fait probable. »

J'en restais abasourdie. Était-il vraiment possible qu'une licorne paraissant si douce sur les photos puisse être à l'origine d'une malédiction si terrifiante ?

Nous fûmes interrompues dans notre réflexion par de multiples voix chantant en chœur, les nouvelles élèves de l'académie ! Elles entonnaient toutes ensembles ces paroles macabres :

 

« A l'aube du bonheur naîtra la folie,

Quant à quatre reprises, l'amitié aura été vaincue.

Le règne du soleil et de la lune prendra fin,

Lorsque le livre des ombres aura consigné pour la quatrième fois

Le tragique destin des amies les plus sincères. »

 

Elles répétèrent ces mots en boucle, plus fortement à chaque fois. Nous comprîmes alors qu'elles se rapprochaient du bureau !

« C'est pas vrai ! s'exclama Sarchothere. Il faut compter sur ça maintenant ?! »

Sur ces mots, elle propulsa le bureau contre la porte à l'aide de sa magie. Au même moment, nous entendîmes cogner à l’entrée.

« Qu'est-ce qu'on peut faire ? demandai-je désespérément. »

Sarchothere regarda autour d'elle, comme si elle était à la recherche de quelque chose. Son regard se posa sur une glace située près de la fenêtre.

« Le miroir, vite ! hurla-t-elle. Selon le fantôme que j'ai rencontré, on peut basculer vers un autre espace grâce aux miroirs ! »

Elle courut vers le miroir et je fis de même.

« Pitié, faites que cela fonctionne ! »

Il fit noir l'instant d'après. La peur m'avait fermé les yeux. Quand j'eus le courage de les rouvrir, je constatai que nous n'étions plus dans le bureau du directeur. En fait, nous n'étions plus dans l'école pour ainsi dire.

Les murs de la pièce où nous nous trouvions étaient sales en raison de l'humidité ambiante. Je ne comptai même plus le nombre de flaques d'eau au sol. En examinant un peu plus la pièce, je compris que je me trouvais dans une infirmerie. J'aperçus Sarchothere accoudée à la fenêtre. La lueur blafarde de la lune éclaira son corps. Et je fus pétrifiée.

Je ne l'avais pas remarqué auparavant, mais elle n'avait pas de cutie mark ! Là où elles auraient dû se trouver, il n'y avait que des plaies béantes. La licorne se retourna et je vis qu'il manquait un œil à son visage !

« Dommage, annonça-t-elle d'un ton déçu. J'espérais m'amuser encore un peu avec toi. Décidément, c'est toujours elle qui fait les meilleurs choses... »

Je croisai alors le regard de son unique œil et fut instantanément paralysée. Elle s'avança alors lentement vers moi tout en me parlant :

« Quelle naïveté ! Ta gentillesse te perdra. On ne t'a jamais appris à ne pas faire confiance aux étrangers ? Sans rire, n'importe qui aurait vu à des kilomètres que mon nom n'était qu'une anagramme... Maintenant, ressors le petit sachet... »

Son injonction eut droit à une réponse positive de mon corps sur lequel je n'avais plus aucun contrôle.

« Bien, poursuivit-elle. Ouvre-le... »

Je déchirai le petit sachet sans pouvoir m'arrêter. Quand je vis le contenu, je poussai un petit cri d'effroi. Le sac était le réceptacle de cutie marks représentant une rose en bouton.

« Parfait, dit-elle. Mange-les.

– Non...

– Mange ! » ordonna-t-elle.

Cela ne servait à rien de lutter. Son emprise était totale. Je mangeai finalement les cutie marks, en mâchant bien lentement. C'était horrible...

La licorne colla sa tête contre la mienne et déclara :

« Voyons à présent comment améliorer ce joli petit minois qui est le tien. Hurle autant que tu le veux et peux, ça ne changera pas grand-chose. Au fait, tu veux savoir mon véritable nom ? Je m'appelle Rosehatcher... oui, Rosehatcher. »

Je commençai alors à m'époumoner, tandis qu'elle brisa la fenêtre et prit un éclat de verre. Je savais que mes hurlements étaient vains pourtant....

 

Jamais les ténèbres ne porteront mes faibles supplications...

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