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Chapitre 6 : Un débat et une innovation en ville

Dans la capitale minotaurienne, le Sénat commençait à se réunir pour débuter l’examen des projets et propositions de loi. Ayant étudié l’ordre du jour préalablement à son arrivée dans l’édifice, le Chancelier Kalt savait d’ores et déjà que la réunion ne prendrait pas beaucoup de temps. En effet, suite à ce qu’il s’était passé la veille, une seule proposition de loi avait été déposée à temps, et devait maintenant être étudiée et sans doute votée dans la même journée.

 

Après être entré dans la salle des débats, et s’être assis à la table au centre, le Chancelier attendit que l’ensemble des sénateurs présents finissent de s’installer. Regardant spécialement l’un d’eux au pelage verdâtre, tandis qu’un petit public se plaçait sur le balcon au-dessus des rangs des élus.

 

Puis constatant que tout le monde était prêt, il se leva et fit sonner la clochette pour réclamer le silence avant de parler.

 

‘‘Bonjour chers sénateurs, l’unique ordre du jour est l’examen de la proposition de loi du sénateur Green, qui a la parole.’’ dit-il avant de se rassoir, laissant le sénateur en question se lever et venir au centre de la salle pour s’exprimer à son tour, un dossier sous le bras.

 

‘‘Merci Monsieur le Chancelier, mes chers collègues, bien que vous soyez encore troublés par l'événement d’hier, notre mission en tant qu’élus, elle, doit se poursuivre. Le hasard a d’ailleurs fait que je viens au lendemain de l’expression des ancêtres de nos équidés, pour vous proposer d’adopter une réglementation de leur temps de travail. Et ce dans l’ensemble des activités où ils sont exploités.’’

 

-Vous ne voulez pas non plus qu’on nous oblige à les payer ?!’’ lui lança d’un air moqueur un sénateur à l’autre bout de la salle en se levant, ce qui enclencha une petite rigolade dans l’assemblée.

 

‘‘Silence je vous vous prie.’’ les stoppa le Chancelier en secouant sa clochette et en invitant de la patte Green à reprendre la parole.

 

‘‘Oh non, rassurez-vous l’ami, je ne vais pas le demander… pour l’instant du moins.’’ répondit de bon cœur celui-ci en s’adressant à son collègue. ‘‘Mais sachez messieurs que même sans parler de leur passé, les poneys restent des êtres vivants comme nous. De ce fait, ils ont besoin de se nourrir, de se reposer, de se… vous voyez ce que je veux dire.’’ Poursuivit-il avec un sourire en coin, faisant bouger une patte fermée d’avant en arrière, ce qui ne manqua pas de faire rire de nouveau la salle, obligeant le Chancelier à utiliser de nouveau sa clochette.

 

‘‘Mais pour qu’ils puissent faire tout ce joli programme, encore faut-il qu’ils en aient le temps.’’ continua le minotaure en reprenant son sérieux. ‘‘Or aujourd’hui, ce sont leurs propriétaires qui définissent leur temps de travail, certains les faisant travailler près de dix-sept heures par jour. Je propose donc de limiter leur durée hebdomadaire de travail, en fonction de leur tâche respective. De même, je demande à ce qu’un organisme soit créé, pour établir ces durées de travail et veiller à leur respect, en cas d’adoption du texte.’’ termina-t-il en recevant l’approbation de quelques sénateurs.

 

‘‘Et qu’elle sera la prochaine étape ?’’ demanda un minotaure de couleur rouge foncé en se levant, l’air sévère. ‘‘Donnez leur du temps libre et ils l’utiliseront pour réapprendre à penser et à parler. Après, ils exigeront d’avoir un revenu, puis d’avoir un toit. Et un jour, comme l’a si bien dit le Chancelier Kalt, ils découvriront ce qu’il s’est passé sur ces terres et voudront se venger.’’ enchaîna-t-il, alors que l’assemblée avait porté son attention sur lui. ‘‘Je refuse d’être celui qui provoquera l’étincelle qui ravivera les feux de la guerre !’’ termina-t-il sous quelques applaudissements, provoquant le doute chez la plupart des autres sénateurs.

 

‘‘Merci Monsieur Revenge. Bien, si personne d’autre ne veut prendre la parole, nous allons donc procéder directement au vote. Je rappelle le code couleur messieurs, bleu pour l’adoption, blanc pour blanc et rouge pour le rejet.’’ déclara le Chancelier après avoir fait un tour de la salle du regard, laissant les sénateurs se déplacer vers le centre de la salle, pour déposer dans un vase des jetons de la couleur de leur choix.

 

Une fois que tous étaient passés et s’était remis à leur place, dont Green, le Chancelier prit le vase qu’il vida sur la table, et commença le décompte avec deux autres minotaures affectés à cette tâche.

 

Au bout de cinq minutes, durant lesquelles Green sentit une boule se former dans sa gorge, le Chancelier s’adressa à l’assemblée en regardant le jeune sénateur.

 

‘‘Voici les résultats : 24 voix « Pour », 46 voix « Contre » et 10 votes blancs. La proposition de loi est rejetée.’’

 

À ces mots, des applaudissements se firent entendre dans la salle, tandis que Green baissait la tête d’un air déçu.

 

‘‘Bien, n’ayant rien d’autre à l’ordre du jour, la séance est levée. Bonne après-midi messieurs.’’ conclut Kalt, qui en sortant de la pièce, écoutait un minotaure en armure lui dire quelque chose à l’oreille.

 

Pendant que les sièges se vidaient, un sénateur, au pelage violet et l’air assez âgé, se leva à son tour et se tourna vers Green, assis dans la rangée derrière lui.

 

‘‘C’était bien tenté Green. Mais je me doutais qu’après l’épisode d’hier, ils seraient encore plus récalcitrants, sans parler des difficultés techniques qu’auraient posé la mise en place de cette loi.’’

 

‘‘Merci Protective, mais ce n’était quand même pas la mort que d’accepter de réglementer le temps de travail des poneys, au moins symboliquement… ça n’aurait pas été la première fois qu’une loi ne serait pas appliquée dans les faits.’’ répondit Green d’une voix amère en se levant, prenant la sortie en compagnie de l’autre sénateur.

 

‘‘Peut-être qu’un jour ils changeront, mais pas tant qu’il restera des gens comme Kalt ou Revenge. D’ici là, je serais sans doute mort, et toi sénile !’’ reprit ce dernier en tentant de faire rire son jeune ami, lui tapotant l'épaule.

 

‘‘Kalt est un insensible, et Revenge quelqu’un qui estime tous les poneys responsables de la mort de son grand-père.’’ pesta Green, jetant son dossier de proposition de loi dans une corbeille.

 

‘‘Allons… Comment tu réagirais si tu voyais, alors que t’es encore un enfant, ton grand-père se faire battre à mort par un poney sauvage en furie ?’’ temporisa Protective. ‘‘On ne naît pas mauvais, on le devient suite à des événements divers au cours de notre vie.’’

 

‘‘Peut-être, mais je ne comprends pas comment les autres sénateurs et même le peuple peuvent les suivre.’’ Continua à penser tout haut Green, sous le regard amusé de son vieil ami, qui se rappelait sa propre jeunesse, pleine d’idéaux.

 

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Pendant ce temps, le Chancelier Kalt se dirigeait en voiture, tirée par des poneys, vers la grande caserne de la ville. En chemin, il passa sur la place du marché, où se trouvait un minotaure assez musclé sur une pile de caisses, parlant à une petite foule devant lui.

 

‘‘Et n’oubliez jamais mes amis, si quelqu’un s’obstine à vous empêcher de passer…’’ commença-t-il à dire, invitant des pattes la foule à poursuivre sa phrase en tendant l’oreille.

 

‘‘Montrez lui de quel bois vous vous chauffez !’’ cria celle-ci en levant le poing, sous le regard satisfait de Steel Will, pendant que ses deux chèvres passaient entre les spectateurs avec un panier en bouche, dans lequel les gens mettaient des sous.

 

En voyant ce spectacle, Kalt préféra détourner le regard, de mauvais souvenirs d’enfance lui revenant en tête.

 

Au bout de 10 minutes de trajet, la voiture du Chancelier arriva devant un imposant bâtiment, dont on devinait qu’il avait une fonction militaire, avec les deux gardes postés à l’entrée et les exercices au maniement des épées et lances dans la cour.

 

Une fois entré et descendu de sa voiture, Kalt se fit conduire à travers les couloirs du bâtiment. Il fut amené dans une salle, où l’attendait un autre minotaure, de couleur beige sous son armure et avec une moustache, mais trop âgé pour pouvoir se battre comme les autres soldats.

 

‘‘Bonjour général Tactic, on m’a dit que vous vouliez me voir ?’’ lui demanda le Chancelier, toujours sans afficher la moindre émotion.

 

‘‘En effet, Chancelier Kalt, je peux vous assurer que vous ne regretterez pas votre venue.’’ lui répondit l’officier en l’invitant à se pencher sur une table où se trouvait un instrument encore inconnu pour le Chancelier.

 

Il s’agissait d’une sorte d’arc, mais avec un manche au centre qui tenait la ficelle pour lancer la flèche.

 

‘‘Nos ingénieurs ont terminé sa mise au point et l’ont déjà testé sur les mannequins de paille. Grâce à ce nouveau mécanisme de lancement, la flèche -ou carreau comme on la nomme pour cet engin- atteint sa cible à une vitesse plus rapide. Et contrairement à l’arc, elle peut transpercer la cible si la distance est faible, même si elle a une armure. Son autre avantage est que le tireur n’a plus besoin de maintenir le carreau sur la corde tendue, et peut donc plus facilement viser la cible.’’ Lui expliqua le militaire en tenant l’instrument, sous le regard visiblement intrigué du Chancelier. ‘‘Nous l’avons nommé Arbalète. Elle sera présentée dans quelques jours aux journaux traitant de l’armée. Bien sûr, nous ne révélerons pas son mode de fabrication qui est un peu complexe.’’ Conclut-t-il en tendant l’arme à l’autre minotaure qui s’en saisit.

 

‘‘Impressionnant.’’ se contenta de dire celui-ci en examinant cette invention, se disant avec satisfaction que les crédits militaires approuvés dans le budget de l’Etat avaient été utilisés à bon escient. ‘‘Vous pouvez en construire combien ?’’ Demanda-t-il en reposant l’instrument sur la table, se tournant ensuite vers le général.

 

‘‘On devrait pouvoir en construire une quarantaine d’ici à un mois.’’ répondit fièrement le militaire.

 

‘‘J’en veux au moins cent à cette date.’’ enchaîna le Chancelier en se retirant, laissant l’officier Tactic abasourdi devant cette commande.

 

‘‘Ah au fait, une dernière chose.’’ reprit le Chancelier en s’arrêtant et en tournant la tête, ‘‘Vous avez des nouvelles du groupe d’exécution ?’’

 

‘‘Heu… Non, Chancelier, on n'a pas encore reçu de pigeons. Ils arriveront sans doute dans les plaines demain.’’ Répondit le militaire après un moment, avant de reprendre avec un peu d’hésitation. ‘‘Mais pardonnez-moi Chancelier, pourquoi ne pas les avoir laissés être exécutés ici même, et ensuite jeter leurs corps au feu, comme on l’a toujours fait, plutôt que de nous confier cette mission ?’’

 

‘‘Je vous rappelle général que, comme tout soldat, vous ne devez pas discuter les ordres, mais les exécuter.’’ se contenta de répondre froidement le Chancelier en reprenant sa route.

 

Même si je les considère comme une menace, ils méritent mieux que d’être tués ici. Au moins, ils reposeront près de leurs semblables encore en liberté. s’expliqua à lui-même le Chancelier tout en marchant.

Note de l'auteur

Encore à ceux qui découvrent cette fic : Quand vous avez lu "un instrument encore inconnu pour le Chancelier", est-ce que vous pensiez que j’allais sortir la bonne vielle (et démodée) arme à feu ? XP

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