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Chapitre 9

Goliath, Eliza et Lexington regardèrent au loin. Ils essayaient d’apercevoir Sullivan. Aucun d’eux allaient le poursuivre, pas tout de suite. De toute façon, ils n’avaient pas de peur pour le petit garçon, chacun savait qu’il était en sécurité avec Bronx. Et le chien gargouille était assez intelligent pour éviter au maximum les ennuis. Après tout, cela se voyait dans ses yeux que Bronx adorait son petit maitre.

Tout en restant silencieuse, Eliza invita les deux gargouilles à rejoindre la fête en prenant la main de son futur époux, le tirant doucement vers l’intérieur. Alors qu’il allait rentrer dans l’appartement, suivant sa future épouse et l’un des membres de son clan, Goliath tomba à genoux. Une souffrance se répandit dans tout son corps. Elle était telle que cela poussa l’ange nocturne à lever la tête vers le ciel, hurlant alors un rugissement où se mêlait tristesse, colère et vide.

‘’Goliath !’’ s’écria Eliza.

‘’Merde Goliath !’’ hurla Lexington.

La jeune femme et la petite gargouille s’approchèrent du géant. Mais alors qu’Eliza allait toucher l’épaule de Goliath, Lexington la tira en arrière avant de se mettre devant elle, la protégeant. La jeune inspecteur regardait la jeune gargouille. Lexington s’était mit en garde, des grognements graves s’élevait de sa gorge et ses yeux brillaient d’une lueur blanche. Signe qu’il était enragé, prêt à en découdre. La petite gargouille regardait le chef de son clan, méfiant. Quelque chose n’allait pas.

Goliath était à quatre pattes, le dos arrondit. Ses ailes étaient ouvertes, le rendant encore plus gigantesque. Il avait la gueule ouverte, dévoilant ses immenses crocs, un filet de bave dégoulinait de ses lèvres. Ses yeux étaient blancs et des larmes en coulaient abondamment. Une espèce de râle sortait de sa bouche. Mais ce râle-ci, c’était celui d’un animal blessé et mutilé. Oui, ce n’était plus Goliath qui se trouvait devant la jeune femme, c’était un animal agonisant, un animal dangereux.

‘’Goliath… Qu’est-ce qui…’’

‘’T’approche pas de lui Eliza’’, grogna Lexington.

‘’Mais il souffre !’’ s’écria la jeune femme. ‘’Je ne peux pas le laisser comme ça !’’

‘’Ne l’approche pas, il y a quelque chose qui ne va pas’’, grogna la petite gargouille. ‘’Et peut importe ce que c’est, ce n’est pas bon. Ce n’est vraiment pas bon.’’

‘’Mais que veux-tu qu’on fasse alors ?’’ répliqua durement la jeune femme.

‘’Je n’en sais absolument rien ! En tout cas, je ne l’ai jamais vu comme cela’’, répliqua Lexington. ‘’Il peut être extrêmement dangereux dans cet état. Si quelqu’un doit l’approcher, c’est moi et personne d’autre ! C’est la première fois que je le vois comme ça.’’

‘’Angela et Coldfire sont là, est-ce que je dois leur demander de venir ?’’

‘’C’est une bonne idée, va les chercher’’, répliqua Lexington. ‘’Je préfère ne pas être seul si…’’

‘’Papa !’’

Une petite gargouille bleutée atterrit devant le duo. Elle portait ce qui semblait être une poupée dans ses bras. La petite fille se tourna vers le duo, elle les regardait, les yeux inquiets. Quand Eliza et Lexington remarquèrent que ce qu’elle transportait n’était pas réellement une poupée, ils prirent peur. Surtout quand la petite fille commença à s’approcher de Goliath.

‘’Elizabeth !’’ s’écria Eliza.

‘’Eli ! Reviens ici !’’ hurla Lexington.

‘’Ça va Papa ?’’ demanda innocemment la petite fille inquiète. ‘’Tu as bobo ?’’

Angela, Coldfire et le reste des invités de la fête surgirent dans leur dos. Voyant l’inquiétude d’Eliza et le regard de Lexington, Coldfire leva sa main vers le géant, un début de flamme sortant de sa paume métallique. Angela regarda son père, feulant, les yeux brillant d’un rouge rageur. Inquiet par la situation, le père d’Eliza sortit son révolver, menaçant la gargouille, la visant. Pourtant… Quelque chose clochait dans tout cela.

Eliza s’éloigna un peu du groupe, n’écoutant pas les avertissements de Lexington. Elle s’assit alors par terre, regardant attentivement ce qui se passait. Elle vit la petite fille, toucher doucement le visage de son père, lui caressant la joue. Le petit bébé dans ses bras babilla quelque chose, attirant le regard de l’immense bête. La gargouille se releva légèrement, toujours à quatre pattes. Il avait l’air encore plus impressionnant et bestial dans cette position. Un râle rauque surgit de la gueule de la créature alors qu’elle se rua sur les deux pauvres enfants, les cachant sous ses ailes gigantesques. Voyant cela, Eliza leva la main, stoppant la foule qui allait se mettre à charger. Elle se retourna vers eux, affichant un sourire rassurant.

Le géant s’assit alors, ouvrant ses ailes. Goliath dévoila doucement le trésor qu’il tenait entre ses bras. Eliza se mit debout, faisant comprendre aux autres de rentrer à l’intérieur par un geste de la main. Bien que méfiant, le petit groupe obéit à la jeune femme et rentra à l’intérieur.

Eliza se rapprocha de Goliath, s’asseyant devant lui. La voyant, Elizabeth alla s’assoir sur ses genoux pendant que le géant gardait le bébé dans ses bras. Délicatement, la jeune femme caressa la joue de l’immense gargouille, effaçant du bout du pouce le dernier filet de bave qui restait au coin de ses lèvres. Il releva le visage vers elle, une expression indescriptible était collée sur ses traits.

‘’Eh Big Guy’’, murmura doucement Eliza. ‘’Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ?’’

Goliath approcha ses griffes de la joue d’Eliza, la caressant avant d’approcher son visage du sien, déposant un baiser sur ses lèvres. Bien qu’elle eut fermé les yeux, appréciant le contact, la jeune femme ressentit la tristesse de son futur époux. Elle ne lui demanda rien quand il cessa le contact amoureux. Ce n’était pas son droit de demander et elle le laisserait parler si il en avait réellement envie. C’était sans compter sur un petit imprévu.

‘’Tu as bobo quelque part Papa ?’’ demanda la petite Elizabeth inquiète.

‘’Elizabeth, ne dérange pas ton père’’, la réprimanda Eliza d’une voix sévère mais douce.

‘’Mais on l’a entendu rugir depuis la fête’’, se justifia la petite fille. ‘’Il m’a fais très peur et il a fais pleurer Tristan. C’est pas très gentil tu sais ?’’

‘’Ton père a ses propres raisons pour rugir de la sorte’’, lui expliqua sa mère. ‘’Et si il ne désire pas en donner la justification, c’est son choix.’’

‘’Mais il a bobo ! Je l’ai entendu dans son rugissement !’’

‘’Peut-être, mais c’est à lui de choisir s’il veut nous l’expliquer ou non’’, répliqua doucement la mère. ‘’Est-ce que je dois te rappeler que, même si c’est ton père, il est avant toute chose le chef du clan ? Et une gentille petite gargouille respecte et obéit toujours au ordre d’un chef de clan.’’

‘’C’est pas juste !’’ grommela la petite gargouille. ‘’J’aime pas voir Papa triste !’’

La mère soupira, Elizabeth était vraiment incroyable. Du haut de ses cinq ans, cette petite fille mi-humaine, mi-gargouille possédait déjà un énorme sens d’empathie. Il suffisait que la petite gargouille regarde et écoute ce qui se passait autour d’elle pour comprendre ce qu’il n’allait pas. Avec son extraordinaire gentillesse, elle faisait alors tout son possible et mettait tout en œuvre pour régler le problème. Mais il ne fallait jamais s’arrêter aux apparences. Elle avait beau être une petite fille adorable, adorant les lectures que lui faisait son père, les promenades volantes avec sa grande sœur, danser avec les autres jeunes gargouilles, les moments de silence reposant avec le vieux guerrier et le chien du clan ou s’occuper de son petit frère avec sa mère, Elizabeth était aussi une petite fille au grand courage prête à se battre pour ce qui était juste.

Voyant la déception et la détermination dans son regard, Goliath saisit les griffes de sa fille avec les siennes. Le géant était toujours étonné de voir à quel point elles étaient minuscules et délicate par rapport aux siennes. Même les mains de Sullivan au même âge – en sachant que le garçon était maintenant âgé de six ans – étaient plus grandes que les siennes. Pourtant la petite gargouille ne rechignait jamais à la tâche. Elle avait même commencé à s’aiguiser les griffes sur des morceaux de bois, ce qui donnait naissance à des figurines un peu étranges, mais très mignonnes à regarder.

Goliath souffla doucement, un sourire triste s’affichant sur son visage. Il déposa un baiser sur la tête de sa fille avant de se lever, berçant le bébé qui se trouvait dans ses bras. Il regarda la ville de New-York et la rue qui pullulait de monde en dessous. Il soupira une énième fois en rabattant ses ailes sur ses épaules. Une fine brise agita le catogan et la cape de chair du géant.

‘’J’ignore ce qui m’est arrivé exactement’’, soupira Goliath. ‘’C’est comme si… J’ai tout d’un coup ressenti comme un grand vide.’’

‘’Un grand vide ?’’ demanda Eliza. ‘’Un peu comme celui, ou toi et le clan vous avez…’’

‘’Oui, mais ce vide là est bien différent. C’était beaucoup plus fort.’’, déclara le géant en posant ses griffes sur son torse. ‘’J’ai déjà ressenti cette douleur auparavant… Une seule et unique fois…’’

‘’Tu as déjà ressenti cette douleur une fois dans ta vie’’, répliqua la jeune femme désolée.

‘’Tu as déjà eu bobo comme ça Papa ?’’ demanda la petite fille. ‘’Quand ça ?’’

‘’Elizabeth !’’ la réprimande sa mère.

‘’Mais je veux savoir !’’ pleurnicha l’enfant. ‘’J’aime pas voir Papa quand il a bobo !’’

‘’Peut-être, mais ce ne sont pas des choses qui se demande à la légère !’’ répliqua Eliza.

‘’Ce n’est rien Eliza’’, l’interrompit Goliath d’une voix sombre et triste. ‘’C’est juste qu’il m’est très difficile de parler d’elle. Je ne le fait guère après tout.’’

‘’Elle ?’’ demanda la jeune femme suspicieuse.

‘’Il veut parler de Rayon de Lune’’, intervint soudainement une voix féminine et robotique.

‘’Coldfire ?!’’

Goliath et Eliza tournèrent la tête vers la voix, voyant que c’était la gargouille robotique d’or et de bronze. À la vue de sa tante, la petite Elizabeth quitta les bras de sa mère pour filer dans ceux de la gargouille robotique. Coldfire réceptionna la petite fille avant de bien l’installer contre elle.

‘’Rayon de Lune ?’’ demanda Eliza.

‘’Coldfire, je t’en supplie, ne parle pas de…’’ répliqua Goliath.

‘’Qui est Rayon de Lune ?’’

Angela et Lexington surgirent de derrière le dos de la gargouille robotique. Chacun d’eux avait une expression gênée collée au visage. En voyant les trois nouveaux arrivés, Goliath soupira. Il n’avait jamais refusé de parler d’elle, mais c’était compliqué. Le géant regarda son fils qui se trouvait toujours dans ses bras. Le bébé mâchouillait ses mains en babillant, les yeux voyageant dans le vide, rêveur. La gargouille s’approcha alors de la jeune inspecteur, lui confiant délicatement l’enfant. Le géant escalada alors le muret de protection de la terrasse tout en ouvrant ses immenses ailes. Il n’allait tout de même pas…

‘’Goliath ?’’

‘’Tu ne vas pas t’enfuir ainsi ?’’ dit la gargouille de métal.

‘’Laisse-le, Coldfire’’, répliqua la jeune femme. ‘’S’il ne veut pas en parler, je peux le comprendre.’’

‘’Je ne vais pas m’enfuir’’, soupira le géant. ‘’C’est juste… que pour expliquer qui elle est, je dois d’abord montrer quelque chose.’’

‘’Le lien… C’est vrai, j’avais complètement oublié’’, marmonna Coldfire.

‘’Quel lien ?’’ demanda Eliza inquiète et intriguée.

‘’Le lien est une espèce de symbole que deux gargouilles partagent quand elles sont dites "Âmes liées", expliqua Lexington. ‘’Attendez ! Est-ce que cela veux dire que Goliath serait un enfant de la lune ?!’’

‘’Qu’est-ce qu’un enfant de la lune ?’’ demanda Angela. ‘’Enfin, je veux dire… Je viens d’Avalon, donc je ne connais pas encore tous les us et coutumes de notre clan.’’

‘’Nous appelons "Âmes liées" ou "enfants de la lune" deux gargouilles qui sortent du même œuf’", expliqua Coldfire.

‘’On peut donc dire que les "Âmes liées" sont des jumeaux dans la culture gargouille ?’’ demanda Eliza.

‘’C’est ainsi que nous appelions les jumeaux dans notre clan en effet. Mais, j’ignore si les autres clans utilisent les mêmes termes’’, avoua la gargouille dorée en réfléchissant.

‘’Et… Et à quoi ressemble ce lien ?’’ demanda la jeune femme.

‘’Je pense qu’il pourra répondre à cette question de lui-même’’, répliqua la gargouille de métal avec un petit sourire.

Eliza se retourna, regardant Goliath. Le géant observait la Lune intensément. Quelque chose apparaissait sur tout le côté gauche de son corps, on aurait presque pu les confondre avec d’étranges dessins, plus ou moins semblables à des tatouages tribaux. Mais en se concentrant un minimum, la jeune inspecteur avait d’avantage l’impression de voir d’anciennes écritures. Quelque chose d’écrit dans un langage inconnu. Ces mystérieux dessins étaient blancs, mais ils semblaient irradier d’une brume noire et opaque. L’œil gauche du géant était devenu intégralement rouge, une pupille blanche, délicatement rosée brillait en son centre. La moitié gauche de la chevelure de l’immense gargouille, colorée en argentée, terminait cette transformation.

La jeune femme regardait son futur époux, bouche bée. De toute sa vie – et Dieu savait qu’elle avait vécu bon nombre d’aventure auprès du chef du clan de New-York – elle n’avait jamais rien vu d’aussi bestial, mais surtout d’aussi beau. Et à entendre le petit glapissement de surprise et d’émerveillement qui s’élevait de la gorge de sa fille, elle ne devait pas être la seule à penser la même chose.

Eliza regarda par-dessus son épaule. Elle vit les expressions surprises d’Angela et de Lexington alors que celle de Coldfire était triste et nostalgique à la fois. Surement que la gargouille métallique était en train de repenser au passé. La jeune femme s’approcha alors d’Angela, lui confiant le bébé avant de leur demander à tous de repartir à l’intérieur afin de les laisser seuls, elle et Goliath. La petite Elizabeth refusa un peu, protestant contre l’ordre de sa mère. Mais quand Eliza lui demanda doucement de veiller sur son frère, de préparer et de lui donner son biberon, la petite fille hocha la tête avant de filer dans l’appartement. Rapidement, les autres gargouilles la rejoignirent, emportant le nourrisson avec eux. La jeune inspecteur finit finalement par rejoindre l’immense Gargouille, s’appuyant elle aussi au muret, les bras croisés.

‘’Alors… Comme ça tu as une sœur jumelle ?’’ demanda doucement Eliza.

‘’Une Âme liée ?’’ répliqua Goliath. ‘’Oui, j’en avais une en effet.’’

‘’Oh, désolée, j’aurais peut dû mieux choisir mes mots.’’

‘’Ce n’est rien’’, soupira tristement le géant. ‘’Elle est… Au moins, elle n’a pas connu le même malheur que les autres membres de mon clan. Elle a disparu une semaine après que nous ayons fêté nos cinq années de naissance.’’

‘’Elle était très jeune alors. Comment… Comment a-t-elle… ?’’ demanda la jeune femme.

‘’Je… Je ne me souviens pas de beaucoup de chose…’’ soupira l’immense gargouille. ‘’Je me souviens juste de la mer déchainée, du vent de la tempête qui souffle dans mes ailes et dans mes oreilles. Rayon de Lune qui disparait, emportée par cette immense vague, criant pour que je vienne à son secours ! Et bien sûr, je suis resté immobile comme un idiot !’’

Goliath avait saisi sa tête entre ses griffes. Il hurla ces mots tout en s’arrachant les cheveux. Eliza, voyant ça, prit le visage de son futur époux entre ses mains. Le tournant vers elle, la jeune femme le forçait à la regarder.

‘’Goliath, calme-toi ! Ce n’était pas de ta faute !’’ répliqua Eliza.

‘’J’aurais dû sauter ou faire quelque chose !’’

‘’Non, tu ne pouvais rien faire !’’

‘’Si ! J’aurais peut-être dû sauter ou…’’

‘’Tu n’étais qu’un enfant ! Tu avais cinq ans ! Tu avais l’âge qu’a Elizabeth aujourd’hui !’’ grogna la jeune femme d’une voix sévère mais douce. ‘’Imagine un instant Elizabeth à ta place et Tristan ou Sullivan à la place de ta sœur ! Tu préférais qu’elle risque sa vie en sautant dans cette tempête au risque de se blesser, voire de se tuer ou qu’elle reste sur la rive ? Voudrais-tu sauter à sa place ?!’’

‘’Bien sur que je sauterais à sa place ! Je refuserais qu’elle fasse une chose pareil !’’ cria l’immense gargouille. ‘’Je ne veux pas qu’elle se blesse !’’

‘’Alors demandes-toi ce que le clan aurait pensé ? Qu’est-ce qu'aurait pensé Hudson et les autres gargouilles si tu avais sauté ?’’ demanda doucement la jeune inspecteur. ‘’Si ça se trouve, sans cela, rien ne serait jamais arrivé ! On ne se serait jamais rencontrés. Tu n’aurais peut être jamais rencontré Angela. On n’aurait jamais eu nos trois beaux enfants. Est-ce que tu t’en rends compte ?’’

Le géant se calma peu à peu. Son souffle revenait doucement à la normal. Il se concentrait sur le visage de la jeune femme en face de lui pour retrouver lentement et surement sa tranquillité. Goliath poussa alors un petit grognement, attirant Eliza dans ses bras, l’emprisonnant avant de recouvrir leur étreinte de ses immenses ailes. La créature ailée entoura les jambes de sa future épouse de sa queue. La jeune inspecteur entoura le cou de l’immense gargouille de ses bras. Passant sa main sous la chemise rouge du géant, elle caressa les dessins qui recouvraient la peau de son futur époux. C’était étrange. Ils étaient doux et frais comme du métal mais en plus, la jeune femme avait l’impression de les sentir bouger sous la pulpe de ses doigts.

Eliza sentit Goliath défaire peu à peu son étreinte et lui livra un long et langoureux baiser. Il n’était pas comme celui qu’ils avaient échangé un peu plus tôt. Ce baiser là était beaucoup plus doux et les larmes du géant qui avaient rejoint la commissure de leurs lèvres unies lui donnaient un goût différent et incomparable. Le couple mit fin à l’échange amoureux au même moment, reprenant tout deux leur souffle.

‘’Je suis… Je dois paraitre bien misérable n’est-ce pas ?’’ demanda le géant.

‘’Non ! Non Goliath ! Tu n’es en aucun cas misérable !’’ répliqua la jeune femme. ‘’Tu es juste… Il t’est juste arrivé quelque chose de très triste durant ton enfance et cela t’affecte encore aujourd’hui. Tu n’as pas encore fait ton deuil c’est ça ?’’

‘’Si, je l’ai fait, au contraire’’, soupira tristement la gargouille. ‘’C’est simplement difficile pour moi de parler d’elle. Il me faut beaucoup de force pour cela.’’

‘’En gros, tu n’as pas tout-à-fait terminé ton deuil.’’

Le géant cacha son visage dans le cou de la jeune femme. Il ne voulait pas se mettre en colère et il n’avait pas la force de riposter. Il se contenta donc de grogner en respirant le doux parfum de la jeune inspecteur dans ses bras. Il lui caressa alors sa chevelure noire du bout des griffes. La jeune femme vit les étranges dessins disparaitre peu à peu du corps de l’immense gargouille.

‘’Qu’est-ce que c’est que ce ‘lien’ exactement ?’’ demanda doucement Eliza. ‘’Enfin… Si ce n’est pas trop indiscret, je veux dire ?’’

‘’Non, ne t’inquiète en aucune façon, ce n’est pas indiscret’’, Répondit Goliath. ‘’Ce que les gargouilles appellent le ‘lien’ sont ces étranges symboles qui unissent deux Âmes liées dès la naissance. Nous ignorons par contre si la provenance de ces dessins est directement innée ou purement magique. D’après les anciens contes et légendes du clan, les premières gargouilles ayant foulé la terre partageaient toutes ce lien. Mais au fil des années et des siècles, ces étranges symboles ont disparu pour réapparaitre que chez deux gargouilles sortant d’un même œuf. Et si comme le dit la tradition, le premier né à sortir de la coquille hérite du cadeau de faire naitre des Âmes liées comme première descendance, cela doit être la même chose pour le lien. Par contre, je ne saurai te dire d’où vient le fait que l’on appelle des Âmes liées ‘les enfants de la lune’. Ça c’est une chose dont j’ignore la provenance.’’

‘’Tu veux dire que ton père ou ta mère avait un frère ou une sœur, qu’il est sorti de sa coquille en premier et que de ce fait, toi et ta sœur vous êtes nés également en étant des Âmes liées ? Enfin… Je ne sais pas si je m’exprime bien, j’ai un peu de mal à me retrouver dans tout cela’’, demanda la jeune femme en riant nerveusement.

‘’Ne t’inquiète de rien, tu as parfaitement compris’’, sourit doucement le géant. ‘’De plus, dans mon cas, c’est de mon père biologique que vient la tradition des Âmes liées. Enfin… Il appelle cela une tradition. Moi, je n’ai rien à dire à ce sujet.’’

‘’Ton père biologique ?’’

‘’En effet, et tu le connais très bien.’’

‘’Comment cela, je connais le très bien ? Je croyais que dans un clan de Gargouille, tous les membres élevaient les nouveaux nés comme leurs propres enfants sans s’intéresser aux liens de parenté. Tu ne devrais pas avoir de père biologique à proprement parler. Enfin, je veux dire, bien sur que si, sinon tu ne pourrais pas exister’’, réfléchit Eliza. ‘’Comment pourrais-je connaitre ton père biologique. À moins que… Non, ce n’est pas possible ! Hudson ne peut pas être ton père biologique non ?! Oh je n’y comprends plus rien.’’

‘’Tu as trouvé qui est mon géniteur’’, ria doucement Goliath. ‘’Hudson est bien mon père, il me l’a même prouvé. Il n’y a aucun doute possible.’’

‘’Mais comment le sais-tu et depuis quand ?’’ demanda la jeune femme. ‘’Je ne veux pas blâmer Hudson, mais qui sait s’il ne s’est pas trompé ? Et puis, excuse-moi de dire cela. Mais au niveau physique, lui et toi… Vous ne vous ressemblez pas beaucoup.’’

‘’Il n’y a pas d’erreur possible’’, expliqua Goliath en délaçant doucement sa queue d’autour des jambes de la jeune femme pour l’amener à la hauteur de son visage. ‘’Deux Âmes liées ne font pas que partager un œuf, ils partagent autre chose. Certes, l’œuf qu’ils partagent est d’office un peu plus gros que les autres, mais il y a tout de même très peu d’espace. Les deux enfants doivent donc se serrer et partager le même espace sans se repousser l’un et l’autre. De ce fait ils sont unis. Si je devais utiliser un mot humain, je pourrai vulgairement dire que deux Âmes liées sont en réalité siamois. Après la naissance, les gargouilles plus âgées attendent l’heure du levé du soleil pour les séparer, ainsi durant la journée et leur sommeil de pierre, les enfants peuvent cicatriser de leurs blessures. Et c’est le cas pour Hudson, il m’a montré la cicatrice qui recouvre l’intérieur de son bras. J’ai une cicatrice du même genre le long de la queue.’’

La jeune femme observa attentivement la cicatrice de la gargouille. C’était vrai, elle était bien présente. Fine et longiligne. La jeune inspecteur la vit néanmoins un peu plus sanglante que d’habitude. Eliza connaissait chacune des cicatrices qui marquaient le corps du géant. Marquage évident de son passé de guerrier Moyenâgeux et de son présent en tant que gardien de la ville de New-York du début du XXIème siècle. Elle en connaissait chaque histoire, mais il était vrai que cette cicatrice avait toujours été un mystère dont l’immense gargouille gardait le secret.

‘’Je vois…’’

‘’Pour ce qui est de l’apparence, d’après Hudson, j’aurais hérité de la beauté de ma mère tandis que ma force viendrait de son côté’’, rit doucement le géant.

‘’D’accord, c’est vrai que vu de cette manière, c’est plus compréhensible’’, rit la jeune femme avant de reprendre un ton solennel. ‘’Dis… Est-ce que tu pourrais me parler un peu d’elle ? J’aimerais bien savoir à quoi elle pouvait bien ressembler. Enfin, bien sûr si tu veux bien m’en parler. Sinon, si cela est trop difficile pour toi, je comprends très bien que…’’

‘’Ne serais-tu pas un peu jalouse ?’’ l’interrompit Goliath d’une petite voix triste.

‘’Est-ce si évident ?’’ demanda Eliza en soupirant. ‘’Suis-je transparente à ce point là ?’’

Eliza releva la tête vers Goliath. Le géant lui souriait doucement, pourtant ses yeux étaient remplis d’une triste nostalgie depuis bien longtemps enfuie et oubliée. L’immense gargouille prit le médaillon en bois caché sous sa chemise avant de le retirer de son cou. Il le déposa alors délicatement entre les mains de la jeune femme.

‘’Qu’est-ce que c’est ?’’

‘’C’est un médaillon que m’a confié Hudson il y a quelques heures’’, murmura le géant. ‘’Apparemment, ma mère avait un don artistique plus poussé que ses instincts de guerrière.’’

‘’Il est magnifique’’, chuchota la jeune femme émerveillée. ‘’Au moins, cela peut expliquer de qui Elizabeth a hérité ses talents de sculptrice.’’

‘’Il est vrai quand on réfléchit de cette manière. C’est amusant, je ne m’étais jamais interrogé sur l’origine des talents de cet enfant.’’

‘’Est-ce que c’est Hudson ?’’ demanda la jeune femme légèrement choquée.

‘’Il semblerait’’, rit doucement le géant.

‘’Je corrige ce que j’ai dit, tu as beaucoup hérité de lui aussi en réalité’’, avoua la jeune femme d’une voix intéressée. ‘’Que ce soit la musculature ou le charme masculin. Je ne reviens pas que je vienne de complimenter mon futur beau-père sur sa musculature…’’

L’immense gargouille rit doucement à la remarque de la jeune femme. Il regarda alors le médaillon. Ce portrait… Le sourire fière de son Âme liée le narguait. Qu’est-ce qu’il ne donnerait pas pour s’excuser auprès d’elle. Le géant poussa un grognement. Il libéra la jeune inspecteur de son étreinte avant de se diriger vers le muret où il abattit son poing, fissurant les briques. Eliza sursauta en voyant cela. Elle s’approcha du géant, lui tendant le médaillon, le portrait tourné vers le sol.

‘’Si tu veux, nous pouvons arrêter de parler d’elle. Si c’est trop difficile pour toi…’’

‘’Non… Tout va bien… C’est juste que… Tous ces souvenirs qui reviennent…’’

‘’Goliath… Tu n’es pas obligé…’’

‘’Non, je dois le faire… Je dois au moins me rappeler comment elle était.’’

‘’Tu ne t’en souviens pas ?’’ chuchota Eliza d’une petite voix.

‘’Non, je me souviens parfaitement d’elle’’, soupira le géant dans un petit rire triste, cachant son visage dans ses griffes. ‘’Quand j’étais enfant, j’étais extrêmement timide. J’avais même peur de planer, j’avais un vertige horrible, je refusais de me battre. J’avais peur de tout et de n’importe quoi. J’avais même peur de ma propre ombre, pour dire. Je me rappelle de son côté aventurier. Malgré son jeune âge, elle savait déjà très bien se battre… Enfin, comme un enfant gargouille de cet âge pouvait se battre bien entendu. Quand les autres enfants s’acharnaient sur moi, c’est elle qui venait me défendre. C’est elle qui me poussait dans mes retranchements. Pour m’aider à vaincre mes peurs, elle m’emmenait dans tout un tas d’aventures aussi extravagantes les unes que les autres. Si tu savais le nombre de fois qu’Hudson nous a corrigés… C’est donc pour cela qu’il l’a désignée comme le prochain chef du clan. Il voyait plus loin que les autres. Il savait pertinemment que son côté rebelle n’était qu’un camouflage. Si tu savais…’’

Le géant regardait au loin. Il ne remarqua même pas qu’Eliza s’était rapprochée de lui et avait entouré sa taille de ses bras, apportant ainsi son soutien au chef du clan de New-York. L’immense gargouille était enfermée dans ses souvenirs.

‘’Elle était d’une douceur. Enfin… Une douceur cachée dans la lame d’un poignard émoussé. Elle savait être douce, mais sa franchise pouvait être d’un tranchant incomparable… Elle adorait tous les contes et légendes que les anciens racontaient. Elle adorait regarder la lune et les étoiles. Elle passait des heures à les regarder. Elle disait sans cesse que si l’orbe doré était le soleil des humains, l’orbe argentée était notre soleil à nous deux. Que si elle en avait le pouvoir, elle ferait tout son possible pour que ce soleil reste dans le ciel le plus longtemps possible. Pour que l’on continue à jouer encore et encore et que l’on profite d’avantage de ce magnifique de diamant. Ce sont ses propres mots. C’est de là que son nom provient. Je l’appelais Rayon de Lune. Je l’appelais même de temps à autre Petit Rayon de Lune. Elle détestait cela. En retour, elle m’appelait ‘Aile Brisée’. Tout simplement à cause du fait que je ne savais toujours pas planer. Elle était tout pour moi… C’était ma meilleure amie, c’était mon Âme liée après tout… Si j’avais pu faire quelque chose ce jour là !’’

‘’Ce n’étais pas de ta faute Goliath…’’ murmura doucement Eliza.

‘’Il y a une chose que j’aimais chez elle, c’était ses cheveux. Quand le vent les faisait voler, on aurait cru que les étoiles s’y accrochaient pour les faire scintiller. Mais ce qui la rendait encore plus belle était cette espèce de mèche de cheveux bleue. Je ne sais pas ce qu’elle faisait, mais elle arrivait à garder cette mèche de couleur. Cela rendaient les anciens fous.’’ rit tristement Goliath. ‘’Quand elle est… Quand elle a disparu, j’ai tout fais pour vaincre mes peurs et pour devenir un des meilleurs combattant du clan. Cela me désespère de savoir que c’est sa disparition qui m’a rendu tel que je suis maintenant ! Très souvent, je me dis que je ne suis pas un aussi bon chef qu’elle aurait pu être.’’

‘’Ce n’est pas vrai, Goliath. Tu es un chef de clan formidable. Ne te démolis pas comme ça…’’

‘’C’est ce que tu penses…’’ marmonna le géant.

‘’Je ne le pense pas, je le constate.’’

La gargouille se retourna, regardant la jeune femme dans les yeux. Il attrapa alors le médaillon qu’elle lui tendait, le remettant autour de son cou avant de le recacher sous sa chemise. Voyant cela, Eliza le sortit de sous le vêtement carmin.

‘’Ce n’est pas quelque chose à cacher, mais à montrer’’, murmura doucement Eliza. ‘’Tu dois être fier d’avoir une Âme liée et tu dois tout faire pour ne pas l’oublier…

‘’Je suis fier d’avoir une Âme liée. J’ai simplement du mal à en parler’’, soupira Goliath.

‘’Dis… Est-ce que c’est pour cela que tu nous as hurlé dessus, à Derek et à moi ? Tu sais… Alors qu’il venait de se faire engager par Xanatos, avant de devenir Talon… Tu ne faisais pas que penser aux membres de ton clan. Tu pensais aussi à Rayon de Lune.’’

‘’Suis-je à ce point-là transparent ?’’

‘’Maintenant que je connais cette partie de ton passé, oui’’, grommela la jeune femme avec un petit sourire. ‘’Tu sais… Je comprends parfaitement le fait que tu n’aurais pas voulu parler de toute cette partie de ton histoire. Mais… Pourquoi ne m’as-tu tout simplement pas dit que tu avais une sœur jumelle ? Je ne t’aurais jamais poussé à parler à ce point d’elle.’’

‘’Je l’ignore… peut-être que je voulais garder cela pour moi… Par peur je suppose. J’ai… J’ai toujours pensé que si je racontais cette partie de mon histoire, je l’oublierais.’’

‘’C’est une chose qui ne peux pas s’oublier… Crois-moi… Aujourd’hui encore je pleure en me demandant si j’aurais pu faire quelque chose pour aider Derek. Même si maintenant, il est heureux en tant que Talon, je… Si tu savais à quel point je m’en veux. Donc, tu vois, on a tous les deux nos croix à porter. Tu n’es pas seul. Alors je t’en prie… Non, je te l’ordonne ! Et là, je ne parle pas à au chef du clan de gargouille de la ville de New-York. Je parle à l’homme dont je suis tombée amoureuse et que je vais épouser dans moins de deux semaines, celui avec lequel j’ai fondé ma propre famille. Ne te renferme pas sur toi-même ! Ne reste pas seul dans ces moments où tu te sens sur le point de craquer ! Je comprends parfaitement que tu ne veuille pas en parler, c’est parfaitement compréhensible ! Je ne te forcerais jamais à me parler si c’est ton choix ! Mais ne te force pas à taire cette souffrance ou cela finira par te briser de l’intérieur ! Et je refuse de voir cela !’’ affirma la jeune inspecteur. ‘’Alors, si tu te sens sur le point de craquer… Viens au moins t’assoir un peu à côté de moi, d’accord ?’’

Le géant regardait la jeune femme… Il la connaissait par cœur et pourtant… Encore aujourd’hui, elle arrivait à l’étonner. Son amour et la sagesse qui en découlait lui avaient plus d’une fois sauvé la vie. Un sourire triste, mais confiant s’afficha sur le visage de l’immense gargouille. Qu’est-ce qu’il ferait sans elle ? Il prit le médaillon à pleine griffe, le regardant intensément. Eliza avait raison, il… non… Rayon de Lune n’était pas quelque chose à cacher et à oublier.

‘’Est-ce qu’il t’arrive parfois… de penser à ce qu’elle aurait put devenir ou à quoi elle aurait ressemblé une fois adulte ?’’

‘’Il m’arrive d’y penser’’, avoua le géant. ‘’Je me le demande encore aujourd’hui. Mais plus je réfléchis, plus je pense qu’elle aurait fermement refusé de devenir la nouvelle chef du clan. Du moins, dans un premier temps…. Elle aurait été beaucoup trop rebelle et aurait sûrement voulut travailler seule plutôt que d’avoir quelqu’un sous ses ordres. Elle avait ce drôle de talent de toujours agir dans l’ombre. Elle était celle qui ramenait la confiance en chacun d’entre nous. Elle voulait que l’on reconnaisse ses efforts et sa valeur, certes, mais elle n’aimait pas être sur le devant de la scène. Elle était à la fois solitaire, indépendante et altruiste. Mais en même temps, elle était égoïste et avait un énorme besoin d’attention. Elle était assez compliquée. Elle aurait été un chef de clan formidable.’’

‘’Oui… Je vois bien le genre.’’

‘’Pour ce qui est de l’apparence… Je pense qu’elle t’aurait ressemblé. Et ce, tout en étant différente à la fois.’’

‘’Eh bien… Je ne sais pas si je dois me sentir gênée ou honorée’’, rit doucement la jeune inspecteur. ‘’Goliath… J’ai… J’ai une dernière question. Mais… Mais j’ignore, si après toute cette discussion… Le moment est peut être mal choisi pour…’’

‘’Tu peux toujours me la poser’’, l’interrompit le géant. ‘’J’essayerai d’y répondre.’’

‘’Oh… eh bien…’’, réfléchit la jeune femme qui cherchait les bon mots. ‘’Est-ce que… Je veux dire… Penses-tu être celui qui ait brisé la coquille de votre œuf, à ta jumelle et à toi, ou est-ce que… C’est elle qui l’aurait…’’

‘’Tu te demandes si la tradition des Âmes liées continue d’être perpétuée, c’est cela ?’’

‘’Oui, c’est exactement ce que je me demande…’’, rit doucement Eliza. ‘’Après tout, Sullivan, Elizabeth et Tristan ne sont pas nés accompagnés d’un jumeau. Ce qui j’avouerai, n’est pas si mal. Car faire passer des griffes, une queue et une paire d’ailes par là en une seule fois est déjà assez douloureux. Alors deux à la suite… Mais après ce que tu m’as dit avec le fait que c’était la première descendance, donc pour ainsi dire le premier né, qui transmet cette tradition à la génération future… Je commençais juste à me demander, n’y vois pas d’offense !’’

‘’Tu te demandes si Angela aurait une Âme liée, c’est cela ?’’

‘’Oui, un peu…’’

‘’Je ne pense pas. Ou alors son Âme liée serait encore à Avalon et je ne l’ai jamais réellement rencontrée de ce point de vue là. Il existe aussi une possibilité du fait que l’enfant serait déjà mort dans l’œuf juste après l’éclosion’’, réfléchit Goliath d’une voix triste. ‘’Ou alors, Angela est en fait la première née et elle ne s’est jamais faite remarquer car elle ne sait pas activer son propre lien.’’

‘’Dans les deux cas, la princesse Catherine et Tom nous auraient caché bien des choses sur l’éclosion des œufs’’, murmura Eliza.

‘’Donc non, je ne pense pas être celui à avoir brisé la coquille en premier et à avoir extirpé Rayon de Lune de l’œuf. Donc, dans ce cas là… Ma lignée d’Âme liée s’est éteinte avec ma sœur. Mais dans les deux cas, nous devrions attendre.’’

‘’Que veux tu dire ?’’

‘’Soit, Angela a en effet une Âme liée et si elle ou lui est le premier né, sa première descendance seront justement des Âmes liées. Soit on en retrouvera un œuf sur les terres d’Avalon.’’

‘’Comment peux-tu être sûr de cela ?’’ demanda la jeune femme.

‘’Chaque clan a forcément des Âmes liées. Mais juste un duo à la fois, pour chaque génération, tous les contes des anciens de mon clan le disaient. Peu importe qu’une lignée soit coupée ou non, un œuf réapparaitra toujours. Mais si ce n’est dans ce clan-ci qu’il apparait, ce sera forcément dans le clan d’Avalon’’, expliqua l’immense gargouille.

‘’Car même si ils font partie du clan de leur naissance, ils forment tout de même un clan un peu à part du nôtre c’est cela ?’’ demanda Eliza.

‘’Je pense que l’on peut expliquer cette idée de cette manière-ci, il est vrai’’, concéda Goliath.

La jeune femme et l’immense gargouille rirent un petit peu. Mais le rire doux qui s’élevait des lèvres du géant disparut rapidement, éteignant celui de la jeune inspecteur dans son sillage. Au fond, ce n’était pas quelque chose dont on pouvait rire facilement et Eliza le comprenait parfaitement. Que ce soit au travers de la possible prochaine descendance ou la sœur disparue du géant, cela devait être un sujet très dur à aborder sans un minimum de connaissance.

Eliza se rapprocha alors du géant, caressant doucement son visage du bout des doigts. Elle sentait que Goliath avait besoin de changer de sujet, de parler un peu d’autre chose et elle connaissait un sujet parfait. Un petit sourire vif et malin prit place sur les lèvres de la jeune inspecteur.

‘’Hum… Tu devrais peut-être la laisser pousser’’, proposa Eliza d’une voix intéressée.

‘’De quoi parles-tu ?’’ ria Goliath derrière un petit sourire en coin.

‘’De ta barbe’’, répliqua la jeune femme, comme une évidence. ‘’Tu commences à te laisser pousser les rouflaquettes, pourquoi pas la barbe ? Tu pourrais ressembler un peu plus à ton père comme ça. Enfin, tu n’a pas besoin d’avoir une barbe de père Noël comme la sienne. Juste un petit bouc suffirait à mon avis. Cela devrai t’aller à ravir.’’

‘’Tu le penses ?’’ répliqua le géant rentrant dans son jeu. ‘’Je ne risque pas d’effrayer certain humain ? Déjà que quelques uns me prennent encore pour le diable.’’

‘’Qui sais… Peut-être est-ce surtout l’idée d’une femme amoureuse’’, répliqua Eliza d’une voix sensuelle. ‘’Quoique, cela ne te rendrait que plus séduisant. Et puis… Qui dit que le diable est si méchant que cela ? Il peut tout-à-fait être un bon gars tu sais ?’’

La jeune inspecteur déposa un petit baiser à la commissure des lèvres du géant avant de finalement disparaitre, rejoignant enfin les invités pour célébrer la fête dont elle était l’héroïne. Goliath tourna la tête vers la ville soupirant. Ouvrant ses ailes, le géant se concentra sur le rythme du vent. Il le sentait souffler dans ses cheveux, gonfler ses ailes comme les voiles d’un bateau. Il regarda à nouveau le médaillon avant de le ranger derrière le tissu de son vêtement. Non… Il n’allait pas oublier sa jumelle. Il ne l’oublierait jamais. Mais il n’était toujours pas prêt à la dévoiler au monde. Pas maintenant…

‘’Goliath’’, intervint la voix d’Eliza. ‘’Je sais que tu détestes que te l’on te le souhaite. Surtout maintenant que je connais ton passé, mais. Mon amour… Joyeux anniversaire.’’

L’immense gargouille sourit… Il grimpa sur le petit muret avant de tout simplement se laisser tomber dans le vide. Après avoir trouvé un courant favorable, le géant plana doucement au-dessus d’une des rues de la ville, observant ce qui se passait en travers la rivière de lumières d’un énième embouteillage. Rien de bien intéressant et de bien palpitant ne se passerait cette nuit. Pas de bagarre, de vol à la tire, de cambriolage ou de prises d’otages… Aucune menace en perspective… Au fond, Goliath appréciait ces nuits de calme. Généralement dans ces cas-là, après une patrouille rapide, il retournait toujours au château pour lire un bon livre. Parfois, Elizabeth, Hudson ou Bronx le rejoignaient, appréciant le moment de calme. Mais cette nuit, le géant n’éprouvait aucun intérêt à la littérature. Il se contentait de planer, les bras croisés, observant les alentours. Peut-être devrait-il aller chercher où se cachait Sullivan finalement. Même si Goliath avait confiance en Bronx pour surveiller et protéger son fils, il faudrait bien à un moment ou un autre qu’une présence adulte vienne le retrouver et régler les choses. Oui, il allait surement faire cela.

N’arrivant plus à trouver de courant ascendant, Goliath se posa sur le fronton de l’entrée d’un grand hôtel. Il regarda la hauteur du bâtiment. Il allait surement devoir grimper jusqu’au toit s’il voulait retrouver des vents favorables. Enfin bon… Le géant commença son ascension, plantant profondément ses griffes dans les briques de l’énorme bâtiment.  

[Musique d’ambiance : à voir dans les notifications]

Goliath arriva rapidement à la moitié du chemin quand il remarqua quelque chose. Non… Il ne remarqua pas seulement, il l’entendait. C’était une voix qui chantait. C’était insupportable et entêtant à la fois. Un peu comme la voix de la Banshee. Se posant sur un mat de drapeau, l’immense gargouille opposa ses griffes à ses oreilles. Gardant son calme, il reprenait doucement son souffle pour essayer d’atténuer ce bruit tonitruant. Le géant regarda sur sa droite et sa gauche, il chercha également si l’une des fenêtres du bâtiment en face s’il n’y avait pas une fenêtre ouverte. Cette musique devait bien venir de quelque part.

 

The forgotten souls
Are calling me to the other side
Beyond the gates, beyond the life
The wings of angels
The symphony of twilight
In the forest of sadness for ever...

 

Goliath commença à pousser des grognements et des halètements de souffrance. Cette voix… Cette chanson… C’était dans sa tête et cela ne voulait pas partir. Cela le faisait souffrir. Une grimace de douleur déformait les traits du géant. Il ferma les yeux , fronçant les sourcils. Mais pourquoi avait-il l’impression de l’avoir déjà entendue ? Qu’est-ce que c’étaient que ces paroles ? Pourquoi avait-il l’impression de les comprendre et de savoir leurs significations exactes ?

 

The spirits dance takes place tonight
Before the moonlight
They raise up to the skies
Through the ways of life

 

Goliath n’en pouvait plus. C’était absolument insupportable. Et il avait l’impression que plus il l’écouterait, plus son corps le ferait souffrir. De plus, il avait l’impression que cela le paralysait, aussi bien au sens propre qu’au sens figuré. Et cela n’en était que vrai. L’immense gargouille ouvrit les yeux et baissa le regard vers le bas de son corps. Il était en train… de lentement se transformer pierre ? Mais c’était impossible ! L’heure du lever du soleil était encore bien loin !

Il s’agita un peu, essayant d’ébranler et de fissurer la pierre qui le recouvrait. Il ne s’en était jamais aperçu, car la transformation prenait habituellement à peine un instant. Mais là, la souffrance qu’il ressentait était telle ! Il sentait sa circulation sanguine s’arrêter et se solidifier peu à peu. Ses nerfs se bloquaient et se durcissaient. Même avec son sang froid et son courage de guerrier du Moyen-âge, Goliath savait qu’il n’arriverait pas à endurer pareille douleur.

C’est là qu’il la vit… Une lumière blanche, une espèce de petite luciole tournait autour de lui. D’elle émanait un courant d’air argenté. C’était lui qui le transformait en pierre. La carapace rocheuse lui arriva à la poitrine et à la gorge, cela lui coupa la respiration. Il allait mourir, c’était une certitude maintenant… 

 

Dancing moon
For the last time I dream of you
Come with me
In my quest you will show me the way

 

Le géant vit alors la luciole changer de forme… Une jeune gargouille blanche encapuchonnée aux yeux gris clair, faite d’une brume pailletée, voletait au-dessus de lui. C’était d’elle que venait la voix. Goliath hallucinait ou… est-ce que c’était… L’esprit de la toute première gargouille ? Sous le poids de la statue, le mat de drapeau cassa. La statue chuta.

[Fin de musique d’ambiance]

 

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Au cœur des embouteillages d’une des grandes rues de New-York, une petite voiture de ville bleue foncée roulait tranquillement. Son habitacle était occupé par un avocat et un riche milliardaire. Exceptionnellement, c’était l’homme riche qui avait prit le volant du véhicule, onduisant calmement et d’une main de maitre.

‘’Eh ben… Je ne vous savais pas si bon conducteur, Xanatos, vous m’étonnez’’, s’exclama l’avocat, surpris et impressionné.

‘’Je n’ai pas toujours eu Owen comme voiturier, vous savez. Et je vous l’ai déjà dit, Arthur, appelez-moi David. Nous ne sommes plus en rendez-vous avec les associés.’’

‘’Je ne suis pas habitué à appeler mes clients par leur prénom.’’

‘’Vous ne faites pas cela avec mon jeune collègue’’, rit le milliardaire.

‘’Lexington n’a pas de nom de famille’’, répliqua l’avocat dans un rire. 

Xanatos sourit à la remarque de l’ancien roi de Bretagne. Il n’y avait pas à dire, le millionnaire appréciait de travailler avec cet homme. En même temps que d’être un ancien roi, c’était aussi un homme simple. Après tout, à quelques détails près, ils avaient tous deux commencé en bas de l’échelle pour devenir plus fort et influencer le monde autour d’eux à leurs quatre volontés. La seule différence entre eux deux était que le milliardaire avait un certain goût prononcé pour l’extravagance et l’exubérance à étaler ses richesses et ses puissances, alors que l’ancien roi avait toujours été et restait quelqu’un d’assez simple et proche des basses castes.

‘’Cela devrait être à moi d’être étonné’’, rit le milliardaire. ‘’Je ne vous pensais pas du genre à conduire un véhicule comme celui-ci.’’

‘’Un avocat doit-il conduire autre chose qu’une voiture de ville ?’’

‘’Non ! Bien sûr que non ! Je pensais juste qu’avec le train de vie que vous aviez mené par le passé, que vous auriez préféré, comment pourrais-je dire… Un peu plus d’espace.’’

L’ancien roi rit doucement. Lui, le grand Arthur Pendragon… Même s’il avait goûté à la douce vie de château, il avait gardé une vie assez sobre. Il avait toujours exécré rester assit sur son trône à écouter les doléances, n’hésitant pas à aller voir directement et personnellement les habitants de son propre royaume pour attester et vérifier par lui-même des événements. Même si le problème était minime, le généreux roi était le premier à se rendre, dès le lendemain, aux premières lueurs du soleil, à la porte de la personne pour lui venir en aide. En effet, sous son armure brillante, cette couronne d’or et de rubis et sa légendaire Excalibur à sa ceinture, Arthur était resté un homme humble, fier de son passé de jeune fermier. Et de ce fait, malgré les dorures et l’étiquette, il n’avait jamais eu peur de toucher la terre et de se salir les mains. Cela lui avait toujours permis d’avoir les pieds sur terre et de pouvoir voir le monde d’un angle de vue différent des autres rois et dirigeants.

Cela avait donc été évident pour lui. Quand Arthur s’était réveillé de son sommeil en Avalon et voyant qu’il ne pourrait surement pas reprendre ainsi son titre de roi sans se faire moquer par les gens du XXIème siècle, l’ancien roi avait décidé de tout simplement attendre et de s’adapter. Il était maintenant connu sous le nom de Maitre Arthur Delpandra. Un ancien agriculteur de Nouvelle-Angleterre, avocat à la cour, diplômé de l’université Harvard avec trois années d’avance. Associé d’un grand cabinet de New-York, il était devenu, avec le temps, un grand défendeur de la cause des Gargouilles à travers le monde et l’avocat personnel des entreprises appartenant au milliardaire David Xanatos.

Hormis tous ces prestiges, l’avocat avait gardé une âme charitable et était resté vivre auprès des basses classes. Arthur avait rejoint le chœur de son église et était devenu bénévole dans un refuge animalier de son quartier. Il habitait un petit appartement simple au milieu du Bronx. Il avait également acheté une simple petite voiture de ville d’occasion, qu’il réparait lui-même durant ses moments libres. L’ancien roi n’avait jamais aimé l’extravagance. Il voulait rester un homme humble et commun. Ses seules activités étaient son club d’escrime et son club automobile. Qui aurait cru qu’un ancien seigneur du Moyen-âge pouvait être fan de vitesse et développer un certain intérêt pour le bricolage des machines motorisées de ce nouveau millénaire ? Il ne remercierait jamais assez Owen Burnet, le secrétaire du millionnaire, d’avoir arranger cela. Qui aurais cru que certains des ‘Enfants d’Avalon’ occupaient de hautes places dans la politique et le recensement ? Et même si le travail d’archive et informatique devait être de grande qualité, Arthur remerciait surtout la magie d’Avalon de l’avoir aussi bien rentré dans le moule et de lui avoir donné une ‘véritable identité’ dans ce monde fou. Il pouvait enfin vivre une vie selon ses propres règles sans se soucier des étiquettes. Il était juste un gars normal qui aimait faire son jogging matinal, prendre son muffin et son café noir sucré, qu’il savourerait sur la route du bureau… Tout comme un New-Yorkais normal.

C’était pour cela que Xanatos avait demandé à l’ancien roi de devenir son avocat et associé. Il appréciait le fait que tout comme lui, l’avocat était un homme qui – même s’il avait reçu quelques conseils d’un précepteur – s’était construit seul.

‘’Vous savez, malgré ma couronne et ma chère Excalibur, j’ai toujours été quelqu’un d’assez simple’’, expliqua le roi. ‘’D’ailleurs, j’espère toujours que…’’

‘’Ne vous en faites pas, Arthur. Votre chère épée et votre couronne sont toujours en sécurité dans mon coffre. Griff y veille au grain la nuit et les gardes s’occupent de surveiller le jour.’’

‘’Vous me rassurez.’’

‘’Vous préférez une vie simple, mais vous êtes tout de même attaché à ces bibelots qui vous rappellent votre passé, n’est-ce pas ?’’

‘’Je ne sais si je devrais accepter le terme ‘bibelot’’’, rit doucement Arthur. ‘’Cela pourrait sonner comme une offense envers le roi que j’étais.’’

‘’Oh, je vois. Je devrais peut être revoir mon vocabulaire. Je ne veux pas finir dans les donjons du château ou perdre la tête. À moins que votre bourreau ne soit un professionnel. Je ne confie pas facilement ma tête à n’importe qui vous savez ?’’

‘’Je vous rappelle, David, que vous avez transformé les donjons de votre château en salle de sport. Pour ce qui est du bourreau, le seul que je puisse connaitre est un boucher qui fait partie de la chorale de mon église’’, répliqua l’ancien roi avec humour.

Le milliardaire sourit, son avocat répondait à son humour un peu… spécial. Il n’y avait pas à dire, Xanatos avait vraiment beaucoup d’estime pour cet homme-là. L’homme riche se concentra à nouveau sur la route, appuyant doucement sur la pédale d’accélérateur pour faire avancer la voiture, suivant celles qui redémarraient quand le feu tricolore passa au vert. David Xanatos était vraiment un très bon conducteur. Mais même le plus prudent des pilotes ne pouvait se protéger de la surprise. Alors qu’ils allaient traverser un carrefour, un chauffard leur passa devant, grillant la priorité en quatrième vitesse. L’ayant aperçu juste à temps, le milliardaire enfonça la pédale de frein de toute ses forces, arrêtant brusquement le véhicule, le faisant caler. Durant que Xanatos soufflait de soulagement, Arthur secoua la tête, tentant de se remettre les idées en place. Est-ce que c’était son imagination ? Ou est-ce qu’il venait vraiment de voir une Formule 1 rouge et orangée sans conducteur disparaitre dans un flash bleuté ? Non, cela devait être à cause du choc. À cause du freinage brutal, l’avocat avait dû s’être cogné l’arrière du crâne contre le repose tête. Et avec cela, son cerveau s’était cogné contre les parois de sa boite crânienne. Il avait du se mettre à halluciner durant quelques secondes.

Revenant à la réalité, Arthur remarqua enfin le concert de klaxon qui se déroulait derrière eux. Xanatos n’arrivait pas à faire redémarrer la voiture. L’ancien roi soupira en levant les yeux en l’air avant de sortir de la voiture, invitant le milliardaire à faire de même. Ne comprenant pas directement ce que voulait faire Arthur, l’esprit de David s’éclaircit soudainement quand l’ancien roi lui indiqua du bout du doigt une place libre avant de commencer à pousser la voiture. C’est donc après avoir reçu l’aide de trois adolescents et après avoir poussé le véhicule pendant au moins trois bonnes minutes qu'ils atteignirent une place libre. Reprenant son souffle et remerciant grassement les trois adolescents en leur donnant un billet de cent dollars à chacun, le milliardaire rejoignit son avocat près de la voiture.

Arthur, ses lunettes sur le nez, avait soulevé le capot de la voiture, regardant le moteur. Xanatos était plus que surpris de voir un tel moteur sur une voiture de ville. Il était surtout surprit de voir l'ancien roi aussi habile avec un engin motorisé.

‘’Un moteur aussi évolué sur une voiture aussi banale, c’est assez rare’’, réfléchit le milliardaire.

‘’Ce n’est qu’une vulgaire apparence, croyez-moi’’, répliqua l’ancien roi. ‘’Ce n’est pas la première fois qu’elle refuse de redémarrer après un freinage trop brusque. Et encore, vous n’avez pas vu comment il est difficile de la faire avancer dans les montées.’’

‘’Pourquoi la gardez-vous alors ?’’

‘’J’ai toujours été… Comment vous dites déjà ? ‘Bricoleur’. Est ce que c’est ce terme là que vous utiliser au XXIème siècle ? Je n’ai jamais eu peur d’utiliser mes mains. Un peu d’huile de moteur ne me fait pas peur et Gwen n’est pas un défi devant lequel je vais reculer.’’

‘’Gwen ?’’ rit doucement Xanatos.

‘’C’est le nom que j’ai donné à cette merveille. Elle est… un peu spéciale’’, expliqua Arthur. ‘’Pouvez-vous aller chercher ma boîte à outil s’il vous plait ? Elle se trouve dans le coffre. Faites attention quand vous refermez la porte du coffre, ne la claquez pas trop fort. La carlingue n’apprécie pas.’’

Répondant à la demande de l’avocat, le milliardaire alla récupérer la boite à outils, renfermant doucement la porte du coffre, comme lui avait dit l’ancien roi.

‘’C’est étrange, vous parler de votre voiture comme si elle vivante’’, répliqua le milliardaire.

‘’Je vous l’ai dit, elle est spéciale. Pouvez-vous me passer la clef de dix s’il vous plait ?’’

‘’Et pourquoi l’avez-vous appelée Gwen ? Si j’y réfléchis, c’est le diminutif de…’’ demanda Xanatos en donnant la clef.

‘’De Guenièvre, oui exactement.’’

‘’Vous l’avez-donc appelé comme votre épouse ? Est-ce qu’elle vous manque ?’’

‘’Vous savez… Guenièvre était mon épouse surtout par intérêt. Pas pour moi, mais pour son père. Certes, je l’appréciais beaucoup. Mais entre elle et moi, cela ressemblait d’avantage à une grande amitié avec des intérêts et idéaux partagés mais cela n’allait pas au-delà. Quand elle et Lancelot ont décidé de s’enfuir, j’ai approuvé et béni leur union. Mais il est vrai que, en souvenir d’elle, j’ai nommé cette beauté Gwen’’, expliqua Arthur. ‘’Je ne vois rien du tout, il n’y a pas assez de lumière.’’

Le roi fouilla dans la boite à outils, sortant une petite lampe de poche. Il l’alluma alors, éclairant la zone du moteur qui semblait lui poser problème. Il leva la lampe, essayant d’éclairer une plus grande zone.

‘’Laissez-moi vous aider, je vais vous la tenir’’, proposa Xanatos.

‘’Merci, je n’arrive pas à voir où se trouve le problème. Je ne suis pas tout-à-fait sûr, mais je sens que je vais devoir couper un câble et le raccorder à la batterie. Par contre, j’ignore si je vais y arriver de cette manière. Mes outils ne sont pas d’aussi bonne facture que ce qui se trouve à mon club, mais je pense que je vais réussir à bricoler quelque chose.’’

‘’C’est vrai que vous faites parti d’un club automobile. Je l’avais complètement oublié. Vous cachez bien votre jeu, mon cher Arthur.’’

‘’Nous avons tous un côté secret à notre personnalité. Le mien s’est animé quand je me suis réveillé et que j’ai gouté aux merveilles motorisées du XXème puis du XXIème siècle. Vous devriez vous y inscrire. Je vous l’ai dit, vous êtes un excellent conducteur. Vous adorerez les courses de karts, je vous le certifie’’, expliqua l’avocat. ‘’Pouvez-vous lever la lampe un peu plus haut s’il vous plait ?’’

‘’Je ne pense pas que je serais accepté dans un club comme celui-ci. Je ne pense pas que l’on accepterait un homme de ma carrure. Je sais reconnaitre les endroits où ma richesse pourrais rebouter et dégouter la populace’’, répliqua Xanatos de manière sarcastique.

‘’Vous appréciez vraiment vous montrer, n’est-ce pas ? Ne vous en faites pas, vous pouvez vous y inscrire sans aucun problème. Ce club accepte tout le monde, à partir du plus jeune âge, il n’y a pas de discrimination ou autre. La preuve, les gargouilles y sont même acceptées. Griff m’y accompagne régulièrement. Il y a aussi un autre membre du clan qui nous y rejoint parfois’’, rit Arthur. ‘’Je crois que le problème se trouve vers le bas du moteur, mais je n’arrive pas à l’atteindre de cette manière. Mes mains sont trop fortes pour pouvoir y arriver. Je crois que je vais devoir passer par en dessous.’’

‘’Voulez-vous que j’essaie ?’’

‘’Non ! Hors de question ! Je ne laisserai personne toucher à ma voiture !’’ grogna l’avocat en s’allongeant sur le bitume et disparaissant peu à peu sous la voiture. ‘’Je vous permets de me tenir la lampe et de me passer mes outils. Rien d’autre !’’

‘’Très bien ! Très bien ! Rassurez-vous, je ne toucherai à rien’’, le rassura le milliardaire.

Xanatos se baissa, déposant la lampe torche dans la main d’Arthur. Le milliardaire se releva alors, regardant le moteur d’un autre œil. Il était d’avantage intéressé par les puces et circuits informatiques, mais cela ne le dérangeait pas d’observer un moteur de voiture de temps à autre. Cela lui rappelait son enfance, quand il réparait la voiture familiale en compagnie de son père. L’homme alluma la petite lumière qui se trouvait sur sa montre, éclairant la partie du moteur que l’avocat avait précédemment observée. Toujours éclairé par sa montre, le milliardaire, essayant de trouver la solution au problème, glissa sa main dans un interstice. Il s’arrêta, surpris, quand il sentit sa main buter contre un étrange relief. Quelque chose semblait avoir été gravée sur l’une des pièces du moteur. Pensant simplement que cela devait être la marque d’entreprise de la pièce en question, le milliardaire changea d’endroit. Il ressentit alors quelque chose d’encore plus étrange. C’était encore un relief gravé à même la ferraille, mais sa forme était étrange. Encore un peu et Xanatos aurait juré sentir un œil fermé sous le passage de ses doigts.

‘’Je sais que vous êtes en train de toucher à ma voiture, David’’, surgit soudainement la voix de l’ancien roi. ‘’Votre lumière traverse mon filtre à huile. Je vais devoir en ajouter d’ailleurs…’’

Le milliardaire sursauta quant il entendit la voix de l’avocat. Il ne s’attendait pas à l’entendre aussi subitement. Dans son sursaut, Xanatos retira brusquement sa main du moteur, la cognant et l’éraflant au passage. Un petit grognement de douleur traversa ses lèvres. À l’écoute du bruit, l’ancien roi surgit de sous le véhicule, se relevant pour faire face au milliardaire qui se tenait le poignet, observant sa main.

‘’Oh mon Dieu ! Vous allez bien, David ?’’ s’exclama l’avocat.

‘’Oui, ne vous en faites pas. Ce n’est rien.’’

‘’Vous êtes sûr ? Vous avez l’air de saigner.’’

‘’Vous vous inquiétez pour rien, Arthur. Une fois rentré chez moi, je me désinfecterai la main et je me mettrai un bandage. Cela ne sera surement pas grave. Un bleu tout au pire. Rassurez-vous’’, tenta de le rassurer le milliardaire. ‘’En même temps, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. J’ai touché au moteur de votre voiture alors que vous me l’aviez interdit. J’en ai payé le prix.’’

‘’Cela, je ne vous le fais pas dire !’’ répliqua l’avocat.

‘’Et oui, le bon Dieu m’a tout simplement puni pour ma curiosité’’, rit le milliardaire. ‘’Pouvez-vous me dire quel membre du clan vous accompagne à votre club ? Je dois bien vous l’avouer, vous avez éveillé mon intérêt.’’

‘’Ne cherchez pas à me le faire avouer. Cela ne ferait que gâcher d’autant plus la surprise si vous venez rejoindre le club’’, éclata de rire l’avocat. ‘’Mais croyez-moi, quand vous le reconnaitrez, vous serez d’autant plus surpris de voir quel adversaire il peut être derrière un volant. Il me doit d’ailleurs une revanche. Ce jour-là, je n’avais pas bien révisé mon kart et il m’a dépassé en traitre dans le dernier virage !’’

‘’Je ne vous savais pas aussi mauvais perdant, Arthur’’, rit jaune le milliardaire.

‘’Que voulez-vous, même un roi a ses pires défauts’’, soupira l’ancien roi.

Un petit bruit métallique stoppa la discussion des deux hommes. Surpris, l’avocat et le milliardaire tournèrent la tête dans sa direction. Une pierre… venait de tomber sur le moteur de la voiture… Intrigué, Xanatos prit ladite pierre en main. Elle était extrêmement fine, douce d’un côté et rugueuse de l’autre. Ce n’était pas une pierre normale, non….

‘’C’est une peau de pierre de gargouille…’’ marmonna Xanatos, inquiet.

Un énorme bruit de fracas se fit entendre, attirant cette fois l’attention des deux hommes vers le haut, leur faisant lever la tête vers le ciel. Ils virent alors quelque chose tomber vers eux. Le milliardaire sauta sur l’avocat, le projetant contre le trottoir, évitant de peu l’immense objet qui venait de tomber des cieux, écrasant l’avant de la voiture de l’ancien roi au passage.

‘’Je suis désolé, mon pauvre Arthur, mais je pense que votre chère Gwen viens de prendre un sacré coup. J’espère que vous avez une bonne assurance’’, soupira le milliardaire en se relevant. ‘’Goliath ?!’’

‘’Eh bien… Quand on parle du loup, il montre le bout de la queue’’, répliqua Arthur d’une petite voix, un peu ailleurs.

‘’Quoi ?!’’bégaya Xanatos surprit.

‘’Êtes-vous ses veilleurs ?’’ intervint une voix.

Les deux hommes regardèrent dans la direction d’où venait la voix. Le fait qu’ils soient interloqués était un terme bien doux pour qualifier leur ahurissement. La chose qui venait de parler aux deux hommes était une licorne ailée violette à la crinière indigo méchée de rose. Mais ce qui étonna le plus l’avocat et le milliardaire était qu’elle scintillait de tout son corps, comme si une nuée d’étoile la recouvrait.

La créature s’approcha doucement de la sculpture à l’effigie de l’ange nocturne, l’entourant d’un voile lumineux rosé, la faisant délicatement léviter. Elle la déposa alors devant les deux hommes, qu’elle approcha doucement. Ses sabots claquaient doucement sur le bitume de la route.

‘’Je vous conseille de veiller sur lui. Tant que le sang rosé ne coulera pas, vous devrez faire attention à ce que sa carapace ne se brise ou se fissure. Il en va de sa vie. Il est celui qui guidera la porteuse, après tout’’, expliqua la licorne ailée.

‘’Quoi ?’’ bégaya Arthur.

‘’Pouvons-nous savoir qui vous êtes et ce que vous avez fait à Goliath ?’’ s’écria Xanatos.

‘’Votre ami est entré en inertie pour pouvoir rentrer en contact avec les autres membres du pôle Radieux, bien entendu’’, rit doucement la créature scintillante. ‘’Vous ne vous rappelez pas de la manière de procéder pour y accéder ?’’

‘’Mais… De quoi êtes-vous en train de nous parler ?’’ grogna le milliardaire.

‘’Est-ce que l’on vous connait ?’’ demanda l’ancien roi.

‘’Vous ne me reconnaissez donc pas’’, réfléchit la créature. ‘’Le plan de reprogrammation de Diamond aurait donc marché ? Il a trouvé le moment précis où tout à tourné.’’

‘’D’accord, là… Je n’y comprends absolument plus rien.’’

‘’Nous sommes tous deux dans la même impasse, mon cher David.’’

Les deux hommes entendirent un drôle de cliquetis. La créature scintillante venait de déposer quelque chose à leurs pieds. Cela semblait être une espèce de broche ou de médaillon. Le milliardaire et l’avocat n’arrivaient pas à identifier ce qu’était exactement cette breloque étrange. En tout cas, elle était faite d’or pur et une grosse pierre ronde se trouvait en son centre. Quelque chose semblait tourner à l’intérieur car les bijoux vibraient doucement entre les mains des hommes.

‘’Gardez cela en permanence avec vous. Ils vous permettront de rejoindre votre chef quand il aura rejoint l’Onirisme à la fin de la nuit, vous le rejoindrez tous la nuit prochaine. L’envoyé de la Prêtresse vous ouvrira le chemin’’, expliqua la licorne ailée.

La créature scintillante s’abaissa, comme si elle faisait une révérence. Elle tourna alors le dos au milliardaire et à l’ancien roi. Les deux hommes, qui avaient du mal à avaler leur salive, se regardèrent, interloqués.

‘’J’ignore avec quelle épice les cuisiniers de ce restaurant ont assaisonné ma pièce de viande’’, déglutit Arthur. ‘’Mais pour le prochain repas d’affaire, je vous prierai de me laisser choisir et réserver le restaurant. Je connais un excellent anglais, il a quatre étoiles.’’

‘’Très bien… J’en informerai Owen et je lui demanderai de me le rappeler.’’

‘’Lequel d’entre vous est le protégé de cette créature ?’’ demanda soudainement la voix de la créature scintillante.

Les deux hommes levèrent les yeux. La licorne ailée était en train de caresser du sabot le pare-choc défoncé et écrasé de la voiture.

‘’C’est mon véhicule’’ bégaya Arthur.

‘’Véhicule ? C’est donc ainsi que les protégés appellent leur gardien maintenant ? Que c’est amusant’’, rit doucement la licorne ailée. ‘’La reprogrammation de Diamond a décidément changé beaucoup de choses.’’

La créature ferma les yeux et sa corne s’illumina d’un rayon blanc. Quelque chose d’argenté, un petit rectangle de ferraille gravé d’étranges lignes, apparut entre les mains de l’ancien roi.

‘’Cet artéfact est vide en ce moment, mais gardez-le précieusement sur vous’’, expliqua la créature scintillante. ‘’Mais attendez un peu et vous verrez. Une fois que l’heure aura sonné, quelqu’un le remplira d’énergie. Vous pourrez alors réveiller votre gardienne. Elle vous sera surement d’une grande aide une fois là-haut.’’

La licorne ailée sourit au roi avant de tourner la tête vers la voiture. Illuminant à nouveau sa corne, elle toucha cette fois la carlingue du véhicule qui se mit à briller. Quand la lumière s’éteignit, le véhicule était entièrement réparé. La licorne ailée avait disparu en même temps que la lumière.

Si Arthur resta assis par terre, toujours aussi interloqué, Xanatos se leva et se précipita auprès de la statue. Le milliardaire lui tourna autour à la recherche de réponse avant de déposer son oreille et sa main contre la poitrine de l’immense gargouille. Il ferma les yeux.

‘’Que faites-vous ?’’ demanda l’ancien roi.

‘’J’essaye de voir si j’entends son cœur. Si on se concentre bien, on peut entendre le cœur et la respiration d’une gargouille quand ils dorment de leur sommeil de pierre’’, expliqua le milliardaire.

Xanatos se concentra, ses sourcils étaient froncés. Une mine grave s’afficha alors sur le visage de l’homme. L’ancien roi crut halluciner quand il vit le milliardaire cogner doucement la statue. L’avocat allait arrêter le milliardaire quand un petit écho se fit alors entendre.

‘’Est-ce que… ?’’

‘’Je n’entends pas le cœur de Goliath’’, l’interrompit le milliardaire d’une voix sombre tout en soulevant la statue avec une étonnante facilité. ‘’La statue sonne creux. Elle est vide.’’

Note de l'auteur

musique ambiance : https://www.youtube.com/watch?v=ZvqPYOUPIus&ab_channel=PeterCrowley%27sFantasyDream

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Alors... Qui est l'Ame liée de Goliath ? Que s'est-il exactement passé la nuit de sa disparition ? Est-elle juste toujours vivante ? Qu'est-ce que c'est exactement ces marques sur le corps de Goliath ? Pourquoi les Ames liées sont aussi appelées les enfants de la lune ? Est-ce qu'ils sont forcément reliés à l'astre lunaire ? Qui est cette créature qui lui est apparue quand il se transformait en pierre ?

Que s'est-il exactement passé quand Xanatos a freiné subitement ? Qu'est-ce que Arthur a vu ? Qui est cette créature qui est apparue au milliardaire et à l'ancien roi ? Qui est ce Diamond dont elle parle ? Qu'est-ce qui a bien pu se passer pour que tout soit reprogrammé ? Pourquoi cette créature a appelé la voiture de l'ancien roi 'gardien' ? Pourquoi la statue de Goliath est-elle vide alors que la créature a demandé aux deux hommes de veiller dessus ?

Aller ! A vos théories :D !

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