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Chapitre I. Des années qui suivirent l'exil de la Jument Séléniaque

Beaucoup a déjà été dit sur cette histoire ; voilà ce qu'il s'est peut-être vraiment passé.

L'Incident ne fut bien sûr pas sans peser sur la suite des évènements. Il ne fallait pas en attendre moins après qu'une des deux princesses souveraines se fût littéralement volatilisée, au terme d'un combat déchirant avec sa propre sœur.

La première des priorités fut de rebâtir le château, comme un symbole de la présence royale. Il était évident que tout cela ne pouvait pas demeurer à l'état de ruines. Reconstruirait-on par dessus l'ancien édifice cependant ? Fallait-il le détruire ? On décida finalement d'abandonner ses restes à l'air libre, et de partir établir ailleurs le nouveau palais. Canterlot fut choisie pour devenir la prochaine capitale du royaume, à la grande réjouissance de ses habitants. Les travaux furent confiés aux nobles de la cour et conduits par eux avec grande intensité : très rapidement le château fut debout, à flanc de montagne comme un nid d'oiseaux réfugiés sur le dos de l'Histoire.

Une efficacité exceptionnelle était en effet de mise. Le fait est qu'il y a grand risque pour n'importe quel pouvoir à se retrouver vagabond. Une capitale c'est une tête à laquelle on peut s'adresser et en direction de quoi tout converge : faites-la disparaître, et le faisceau de son administration se désagrège, le courrier ne circule plus, le pays ralentit jusqu'à être sur le point de tomber. Privée de son centre, l'autorité ne parvient pas à se maintenir très longtemps sur son territoire et finit immanquablement par se diluer. Or lorsque le soleil se leva enfin pour mettre un terme à la nuit, le pouvoir d'Equestria se retrouva incroyablement déstabilisé.

La situation était en fait des plus critiques. La nation menaçait à tout instant de s'effondrer sur elle-même. La ruine frappait aux portes. Dans toute l'histoire du pays, lequel pourtant avait déjà connu nombre d'ennemis et surmonté autant de crises, aucun poney n'avait jamais connu un tel désastre. Pour la première fois, la menace avait germé de l'intérieur et, alors que le mal avait été vaincu, la situation elle n'avait pu être désamorcée. Dans un sursaut, Equestria se débattait pour regagner son équilibre, et éviter la fin du monde, laquelle il lui fallait chaque jour repousser au lendemain.

Mais la princesse restante eut une peine supplémentaire à répondre à la fois aux problématiques matérielles et politiques, et aux réclamations qui survenaient de la part des divers gouvernements étrangers : car depuis que la nouvelle leur était parvenue, comme aucune puissance ne peut dissimuler à ses voisins les troubles qui l'agitent à sa tête, les nations rivales à Equestria criaient au coup d’État, et accusaient la couronne d'ambition despotique ; ce qui ajoutait au chagrin et aux tourments déjà nombreux de la régente.

Ce fut ainsi que, d'une part pour contrer ces odieuses et insupportables accusations provenant de l'étranger, d'autre part pour décharger la souveraine d'une partie de ses responsabilités, il fut décidé peu de temps après la victoire sur la Jument Séléniaque d'établir un Conseil extraordinaire : huit représentants des maisons parmi les plus importantes de la noblesse équestrienne furent désignés comme ses membres. Leur mission consistait à seconder la Princesse Celestia dans ses prises de décisions, et donc à partager avec elle le poids du pouvoir. Il est important de souligner que, dans les esprits, ce Conseil ne devait exister que pour quelques mois ; le temps d'aider à tirer le royaume de cette crise.

Cependant, comme souvent en politique où l'on ne peut prendre que de mauvaises décisions, l'émergence de cette assemblée eut un effet inattendu. Elle fut interprétée, d'ailleurs à juste titre, associée à la création d'autres instances jugées nécessaires par les Equestriens au vu de la gravité de la situation (notamment la garde des TLP et les premières unités de Wonderbolts), comme un signe pour les puissances voisines de l'affaiblissement du pouvoir d'Equestria. Certaines d'entre elles en vinrent à essayer de tirer parti de cette faiblesse. Ainsi, les litiges territoriaux, les tensions militaires et autres conflits diplomatiques ne tardèrent pas à s'ajouter aux préoccupations des dirigeants equestriens.

Les remous politiques internes et externes ne cessèrent de se multiplier et de s'alimenter les uns les autres, à tel point que la perspective d'une sortie de crise semblait toujours devoir être repoussée.

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