Discord icon

Chapitre I - Premier choc

Quinze années avaient passé depuis le couronnement de la princesse Twilight, quinze années à présent que les deux sœurs alicornes profitaient d'un repos bien mérité à Silver Shoals. Cette fabuleuse ville, située sur la côte sud-ouest d'Equestria, tirait son nom des magnifiques bancs de plage de sable blanc, d'un blanc si clair qu'ils semblaient briller vu d'un bateau au large. Elle tirait son nom également des maisons qui longeaient le littoral qui possédaient elles aussi des façades blanches comme le sable des plages, avec leurs toits bleu marine en forme de dômes.

Un paysage digne d'une carte postale. Un paysage où régnaient une douce chaleur et une paix des plus tranquilles, où le temps paraissait s'être arrêté. Silver Shoals, le saphir de la côte occidentale d'Equestria, était réellement l'endroit le plus paradisiaque qui soit pour vivre une retraite.

Celestia jouissait des rayons de son astre, un astre qui désormais était sous la responsabilité de son ancienne élève, Twilight Sparkle. À présent, elle pouvait se permettre de souffler et de savourer pleinement la chaleur de la journée, sans avoir à s'inquiéter d'une quelconque politique ou d'une quelconque menace nationale.

Elle lézardait tranquillement, contemplant la houle des vagues se fracassant sur le rivage, écoutant leur son mélodieux, la tête cachée sous son parasol, sirotant un délicieux cocktail à base de jus de mangue, d'ananas, de banane, avec un fond de rhum ; doux, sucré et de quoi chauffer sa gorge sans agression. Franchement, que rêver de plus ?

Tiens ! Et voilà Luna qui sortait de leur villa pour la rejoindre, une villa que Celestia avait achetée à l'avance pour sa retraite et celle de sa petite sœur. La jument de la nuit trottina jusqu'au transat de son aînée où l'attendait son propre transat, adjacent à celui de la jument solaire. Elle s'y allongea relativement vite et regarda dans le vide, sans adresser le moindre mot à sa grande sœur.

Celestia releva ses lunettes de soleil pour mieux la regarder. "Déjà réveillée, Luna ? Ça ne te ressemble pas de te lever aussi tôt. Tu veux me tenir compagnie ?"

"En quelque sorte", répondit Luna sans tourner la tête vers sa sœur. "Je... j'ai juste mal dormi."

Des cernes sous ses yeux confirmaient ses dires. "Un mauvais rêve ?", demanda l'aînée.

"Pas vraiment", dit l'alicorne nocturne. "Disons plutôt un rêve bizarre".

Intéressée, Celestia se coucha sur le flanc et retira ses lunettes noires. Elle sourit à sa cadette. "Tu ne veux pas m'en parler ?" dit-elle avant de siroter encore un peu de sa boisson.

Luna ne répondit pas tout de suite. Ce rêve où Nightmare Moon lui était apparue la morfondait au plus au point. Il avait semblé qu'elle essayait de lui transmettre un message et elle se demandait si elle ne devait pas résoudre ce problème seule avant d'en parler à sa sœur. Elle se servit son propre cocktail avec le verre vide et le pichet posés sur la petite table entre son transat et celui de l'alicorne blanche.

"Lulu ?" insista gentiment Celestia qui attendait une réponse.

Luna but une gorgée de la liqueur, se mit dans une position plus confortable, et prit une grande bouffée d'air.

"J'ai rêvé de Nightmare Moon."

"Oh", fit Celestia, interloquée mais sans pour autant s'inquiéter. "C'est un mauvais rêve alors."

"Ce n'était pas un cauchemar, 'Tia", soupira la cadette. "Juste un rêve bizarre."

La jument nacrée prit un temps pour digérer l'information. La bleue ajouta.

"Ça n'a duré que très peu de temps. J'étais à Canterlot. J'élevais la lune, comme je le faisais autrefois. Puis tout d'un coup, la lune échappa à mon contrôle. Elle faisait absolument n'importe quoi dans le ciel, sans parler des étoiles qui... faisaient de même."

Celestia écoutait attentivement sa sœur. Cette dernière continua.

"Puis il y eut un grand coup de vent dans la chambre. Et derrière moi, Nightmare Moon est apparue. Puis elle m'a dit... une chose vraiment étrange... une chose que je n'arrive toujours pas à comprendre."

Le rictus de la déesse solaire se déforma, perturbée par le rêve de sa cadette.

"Elle m'a dit que... qu'elle avait senti quelque chose ; et que c'était quelque chose que j'étais censée ressentir aussi. Puis elle a achevé en disant que ça deviendrait intéressant. Et après je me suis réveillée."

Celestia avait voulu faire une blague l'espace d'un instant. Mais elle s'était finalement abstenue car Luna prenait vraiment le problème à cœur, visiblement. Elle se remit à sourire.

"Je ne pense pas que t'aies à t'en inquiéter, petite sœur", se voulut-elle rassurante. Puis elle conseilla. "Mais si ça te presse vraiment tant que ça, tu peux en parler à Twilight. Je suis sûre qu'elle pourra t'aider."

"Non, Celestia", hésita Luna. "C'est à moi de mettre de l'ordre dans tout ça. De quoi aurais-je l'air si je devais demander de l'aide à Twilight à chaque fois que Nightmare Moon ressurgit ?"

"Hm. C'est vrai, je te comprends", concéda Celestia. "Mais personnellement, je ne pense vraiment pas que ça vaille la peine de déranger Twilight pour si peu." Elle marqua une pause. "C'est toi qui vois de toute façon." Puis elle sirota à nouveau son cocktail.

Luna ne donna pas de suite à la discussion et, sous l'effet du sommeil, elle ferma ses paupières qui s'alourdissaient. Cette confession et l'insouciance de sa sœur lui avaient redonné l'esprit tranquille. Elle fit du coup une sieste juste à côté de Celestia. Après tout, elle avait peut-être raison. Il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. Le destin d'Equestria et de tous ses habitants ne reposait plus sur leurs épaules et puis... un détail qui n'avait pas échappé à Luna dans son rêve... Nightmare Moon n'avait pas semblé menaçante. Elle n'avait pas non plus paru fomenter un mauvais coup. Elles avaient juste échangé un petit conciliabule assez obscur et puis c'était tout.

Celestia constata que Luna s'était rendormie. Elle sourit en voyant la frimousse apaisée de son adorable petite sœur. Elle glissa tout doucement ses lunettes de soleil sur le museau de l'alicorne nocturne pour lui permettre de dormir sans être troublée par la surbrillance du soleil.

Non, franchement, pourquoi ça devrait mal aller ?

**************************************************************************

À des centaines de lieux au nord d'Equestria, dans les montagnes de l'Arctique, au-delà même des terres du Yakyakistan, un grand et puissant étalon alicorne cherchait son itinéraire. Il essayait de rejoindre là où se trouvait son ancienne demeure, espérant retrouver ses siens. Il patienta, figé dans le froid et les vents glaciaux, telle une statue d'onyx, une ombre se tenant dans la blanche neige.

Une grande corneille, avec des ailes de grande envergure, s'approcha de sa position. L'alicorne tendit le sabot et le volatile s'y posa sans difficulté, la patte étant fermement stable sous ses serres et le poney ne paraissant aucunement gêné par son poids. L'oiseau fixait intensément le regard de l'alicorne, comme s'il lui transmettait quelque chose par la pensée.

Alors ?

Selifós sourit. Les nouvelles sont bonnes. Il semblerait qu'il y ait un village de rennes à une vingtaine de kilomètres, tout droit au sud.

L'alicorne fit briller sa corne en moins d'une seconde et son oiseau éclaireur s'évanouit dans les airs, sous les yeux de son invocateur.

On pourra y trouver de quoi se renseigner, enquêter, et bien sûr, de quoi se vêtir les ailes. Si les rennes aperçoivent que je suis une alicorne, ça risque d'attirer l'attention.

Et bien sûr, le sang d'un innocent pour se sustenter, ajouta Light.

Selifós soupira d'exaspération. Franchement, Light ? Tu ne peux pas penser à autre chose qu'à notre estomac pour une fois ? Ça fait à peine trois heures depuis qu'on a quitté le Tartare. Tu pourrais bien patienter au moins jusqu'à demain.

Désolé, mais non, réfuta l'arrière-pensée. J'ai encore le goût horrible du sang de ce fichu cabot en bouche. Il faut que je boive un truc plus délicieux pour que ça passe.

Est-ce que je t'ai déjà dit que t'es le pire Nightmare qui soit, Light ? dit Selifós, fâché.

Nightmare Light rigola, se moquant bien de l'impatience de son jumeau et se sentant presque fier de lui casser les pieds.

Assez jacassé, pensa Selifós. Allons-y, ne perdons pas de temps.

L'alicorne sauta du haut de la falaise et fila plus vite même que le vent vers sa prochaine destination : un village de rennes. Il n'avait pas l'intention de rester longtemps : juste de quoi s'informer, se « sustenter » et de quoi se mettre quelque chose sur le pelage.

Il atterrit au point d'arrivée quelques temps plus tard. Il s'infiltra dans le village, y vola un vieux drap usé dans une maison aléatoire qu'il transforma en vêtement et se rendit au bar du coin pour tenter de calmer Nightmare Light qui n'arrêtait pas de se plaindre.

La petite clochette tinta à l'ouverture de la porte du bar et les quelques rennes qui s'étaient pris la peine de se retourner furent impressionnés. Un étalon unicorne si grand qu'il dut prendre la peine de baisser la tête pour rentrer dans le bâtiment. Il n'y avait pas à dire, dans un si petit village où tout le monde se connaissait, on n'avait pas l'habitude de croiser des étrangers, et encore moins des poneys d'un tel gabarit. Car quand il y avait des inconnus, c'étaient en général des ours, des bouquetins, des yacks, ou autres habitants de la montagne. Mais au lieu de ça, c'était un poney. La plupart de ceux se trouvant dans le bar n'avait jamais croisé de poneys de leur vie. Donc oui, il y avait de quoi être surpris.

Selifós ne fit aucun commentaire alors qu'il avançait vers un tabouret libre. Les rennes restèrent silencieux et austères. Ils s'en retournèrent finalement à leurs discussions ou à leurs boissons. Le barman s'approcha de l'étalon noir, alors qu'il essuyait un verre avec une serviette grâce à ses bois qui brillaient.

"Qu'est-ce que vous voulez boire ?" dit le barman, avec le ton le plus neutre et le plus professionnel possible.

"De quoi me réchauffer le gosier", répondit silencieusement le client taciturne.

"On a du scotch. Vous prenez ?"

"Volontiers", confirma-t-il.

Le renne s'en alla chercher de quoi désaltérer le grand poney, encore perturbé par son aura sombre et ses pupilles fendues. Sélifós, lui, semblait fouiller dans ses affaires : une petite besace qu'il avait invoquée à l'instant.

Dis, Selifós ? Je peux savoir à quoi tu joues ?

Ça ne se voit pas ? pensa-t-il en sortant une pièce d'or de sa bourse. Je vais boire un coup pour faire disparaître ce goût de sang fade de ma bouche pour que t'acceptes enfin de te taire.

Light grommela. Selifós réagit. De quoi tu te plains ? Ce n'est pas ce que tu voulais ?

Si mais... temps de pause. Bah... peu importe. Je pensais que tu voulais mener une enquête.

Justement. Regarde mon génie, lui répondit Selifós en faisant tinter et sauter sa pièce dans son sabot.

Non, t'es un idiot.

Light, la ferme.

Le barman revint avec la commande, un verre moyen rempli à moitié d'un whisky de couleur ambre. Selifós posa sa pièce de monnaie sur la table et but son verre de scotch, petite gorgée après petite gorgée. L'alcool, en se déposant sur sa langue et lui réchauffant les bronches, lui retira cette saveur gênante de son palais, en plus de soulager son corps frigorifié, après passé trois heures dans les vents glaciaux de l'arctique.

Nightmare Light aurait préféré du sang un peu plus goûteux mais il se résigna à fermer les yeux là-dessus. Car au moins, son jumeau avait pensé à lui. Car en temps normal, il lui aurait dit de souffrir en silence.

Après avoir glissé un peu plus loin sa pièce sur le comptoir pour la mettre en évidence face au renne qui l'avait servi, Selifós se leva de son siège et se rendit vers l'entrée. Le barman saisit l'argent et s'indigna en examinant la nature et les inscriptions de la pièce. Il interpella vivement celui qui était sur le point de se retirer.

"Excusez-moi, mais on n'accepte pas cette monnaie ici."

Selifós se retourna sans surprise et revint voir le renne qui paraissait aussi bien fâché contre l'étranger qu'intimidé par lui. Certains rennes observèrent discrètement la scène. Le barman lui tendit la pièce qu'il refusait.

"Pourquoi ?", dit Selifós, feignant d'être confus. Il prit la pièce dans la patte du renne et lui montra plus clairement la face de la pièce. Un croissant de lune y était gravé. "Ceci est pourtant un Skiá d'or. Ça a beaucoup de valeur. Et il fut un temps où la monnaie du pays des rennes était celle-ci."

"Est-ce que vous me prenez pour un imbécile ?" s'effaroucha le barman. "Jamais dans toute l'histoire du peuple des rennes on avait eu une telle monnaie ! Et j'en ai moi-même jamais entendu parler."

Une lueur brilla dans les yeux de Selifós. "Tiens donc ? Vous n'avez jamais entendu parler des Skiá ?"

"Ecoutez-moi bien, monsieur ! N'essayez pas de me mener en bateau avec ces sottises ! Si vous êtes incapable de payer votre verre, je me verrai obligé de – " BUNK !!!

Avec sa magie, Selifós avait envoyé violemment la tête du renne se percuter, museau le premier, contre la table du comptoir, assommant ce dernier sur le coup. Les autres rennes étaient choqués par la scène et paralysés par la peur, n'osant point intervenir.

"Oups. Désolé, je ne l'ai pas fait exprès", mentit l'étalon noir au renne groggy.

Il s'adressa ensuite au cervidé qui était assis juste à côté de lui et lui montra à son tour la face de la pièce qu'il avait en sa possession. "Dites-moi, monsieur. Cet emblème ne vous rappelle rien ?"

L'interrogé ne dit rien, nerveux, craignant de ce qui pourrait lui arriver s'il donnait une réponse négative. Mais il se risqua finalement en voyant l'étalon qui le pressait clairement de lui donner une réponse du regard.

"Heu... non ?"

Selifós n'insista pas d'avantage. Il rangea son argent dans sa petite bourse, la désinvoqua, et quitta l'infrastructure. Le renne qui s'était fait questionner souffla un coup pour évacuer son stress, tandis que les habitués du bar se précipitèrent sur leur camarade au sol pour voir s'il allait bien. Pour l'alicorne, en revanche, les choses s'étaient éclaircies dans sa tête.

Le coup de la tête cognée sur le comptoir, ça faisait partie de ton plan ? demandait Light.

Oui et non.

En tout cas, ça confirme bien ce que nous craignons. S'ils ne se souviennent pas que leur pays était autrefois une province de l'empire Skiá, c'est donc que les choses ont bel et bien changé depuis la dernière fois.

Oui, approuva Selifós. Il n'a même pourtant jamais entendu parler de notre famille malgré l'influence qu'elle a eue sur le continent.

Ils sont tous morts, dit Light avec pragmatisme. Enfin... presque.

Je sais que tu fais référence à nous par « presque ». Cependant, je doute qu'ils aient tous disparu. Sinon le monde serait actuellement en plein chaos.

Oui. Je te l'accorde.

Et il y a aussi la question des Lux qui reste en suspens. S'ils ne connaissent pas les Skiá, alors je suis prêt à parier qu'ils n'en savent rien des Lux non plus.

Mais alors dans ce cas, où sont-ils tous passés ? dit Light, de plus en plus confus.

Je ne sais pas, mais on finira par le découvrir, dit Selifós, déterminé. Pour la lune, je n'ai plus vraiment à me poser la question pour les raisons évidentes. Mais le soleil... il doit bien y avoir quelqu'un pour le contrôler. Il y a forcément des Lux encore en vie pour contrôler le soleil, sans quoi le jour éternel se serait installé et toute forme de vie aurait été calcinée par sa chaleur.

De toute façon on sera bientôt fixés. Le soleil est en descente : la nuit ne va pas tarder à tomber.

En effet, alors que Selifós regardait loin dans l'ouest, le soleil n'allait pas tarder à se coucher. Il présuma que le crépuscule se déclarerait dans une à deux heures, approximativement. Mais il ne comptait pas rester immobile dans ce village jusqu'à que le soleil se couche.

Continuons de voler vers le sud, se décida-t-il. On finira bien par rencontrer des poneys, un moment à un autre.

Selifós prit le temps de s'éloigner du village avant de retirer sa veste de fortune et déployer ses ailes. Puis il s'envola très haut dans les airs dans un puissant battement d'aile. Il fonça, direction sud, à la vitesse d'un faucon en piqué. Pendant deux heures, il parcourut presque deux cents kilomètres. Sous lui disparaissaient d'abord les montagnes, puis les collines, puis les forêts de pins, puis la toundra. Quelque fois, l'alicorne passait par dessus de la campagne, des villages et des villes.

Quand le crépuscule s'annonça enfin, une vision de confusion absolue s'instilla dans l'esprit de Selifós : la mer.

Il atterrit dans la ville portuaire qui se trouvait sous ses pattes, juste sur le toit d'un immeuble. Sa mâchoire inférieure pendait de plus en plus, au fur et à mesure qu'il comprit pourquoi il y avait de l'eau à cet endroit. Aussi loin qu'il puisse remonter dans ses souvenirs, il n'y avait jamais eu d'océan. Ou du moins, pas ici. Il assemblait les pièces du puzzle, réfléchissant à ce qui aurait pu aboutir à l'existence de cet océan qui n'était pas censé être là, il y avait des millénaires de cela.

Tout d'un coup, il comprit. Tout d'un coup, ses yeux s'assombrirent.

"Les salauds... " cracha presque Selifós. "Ils ont tout détruit."

Tu ne peux pas si bien dire, dit Light, le suivant dans sa remarque, mais pas avec autant d'émotion dans la voix.

Car dans ses souvenirs, ici, il n'y avait pas d'océan, mais une gigantesque terre. Un continent tout entier, avec des plaines, des forêts, des collines et de nombreuses créatures pour toutes les habiter. Maintenant il avait la certitude de pourquoi tout le monde avait oublié sa famille ainsi que celle des Lux. Encore une guerre... encore. Et cette fois, c'était vraiment allé trop loin.

Quand je pense que c'est pour éviter ce genre de scénario que je me suis battu depuis tout ce temps, pensait Selifós, le cœur gonflé de colère. Et après c'était eux qui venaient me traiter de criminel... de fou. Quelle bande d'hypocrites.

Au moins, le monde n'aura plus à souffrir de leur présence, remarqua l'autre.

Ça ne te ressemble pas d'être aussi optimiste, Light.

Pas pour moi, répliqua-t-il. Je cherchais juste à te remonter le moral.

"Ha... " fit Selifós, essayant de s'amuser de ce que son Nightmare avait dit.

Ce dernier ajouta. Ne t'efforce pas juste pour me faire plaisir s'il te plaît. Je sais que tu n'as plus le cœur à rire depuis Sa mort.

"Ha... " Une larme de chagrin coula sur sa joue, trahissant ainsi son faux sourire.

Arrête ça. Moi aussi je vais me mettre à chialer si tu continues.

Cette fois-ci, Selifós eut un rire. Un rire franc.

Franchement, Light, je ne sais vraiment pas ce que je serais devenu sans toi.

Un gamin qui chiale. Voilà ce que t'aurais été.

Le rire de Selifós devint encore moins réservé.

Mais maintenant qu'on est certains qu'ils sont tous morts, qu'est-ce qu'on fait ?

Selifós regardait le soleil se coucher dans l'ouest, signe que quelqu'un le contrôlait, et qu'après viendrait la nuit. Non. Ils ne sont pas tous morts. Il y en a qui ont survécu.

Tu crois que d'autres Skiá auraient aussi survécu ?

Selifós ne répondit pas dans l'immédiat et contempla le coucher de soleil. Il avait toujours aimé le crépuscule. Ces myriades de couleur : jaune, rose, rouge, bleu pastel, bleu nuit ; une véritable fresque digne des plus beaux chefs d'œuvres.

Le soleil disparut à l'horizon et les ténèbres s'installèrent. les étoiles se montrèrent, et la lune attendit qu'on lui donne l'ordre de se lever. L'alicorne méditait en observant le ciel à présent d'un noir impénétrable. Il sentit ensuite sa magie s'agiter en lui, suppliant qu'on la laisse s'échapper de sa corne.

Je suppose, dit Selifós. Après tout, il faut bien que quelqu'un garde la nuit en mon absence.

Il fit briller sa corne et à l'horizon, la lune lui répondit et s'éleva très haut dans le ciel avec une lenteur théâtrale. Près de cinq milles ans d'incarcération, et maintenant il retrouvait la nuit et toute sa beauté avec elle. Selifós fut ému de nostalgie.

Nightmare Light rit de manière dérisoire. Je ne sais pas qui était censé se charger de nos responsabilités pendant notre absence, mais actuellement, il doit se poser des questions.

Son jumeau retint un léger rire au fond de sa gorge. Peu importe qui il est, il voudra très probablement me chercher.

Si j'étais toi, je profiterais qu'on t'ait totalement oublié pour mettre ton plan à exécution. Le temps qu'ils comprennent ce qu'il se passe, il sera déjà trop tard pour eux.

Patience, Light, patience. Rappelle-toi que l'idée à la base, c'était d'offrir au monde la paix qu'il mérite. Maintenant que les empires des Lux et des Skiá se sont effondrés, les choses sont sûrement différentes. Essayons d'abord de trouver des poneys et si possible, des membres encore en vie de ma famille ou de celle des Lux.

Ce n'est qu'une perte de temps et une prise de risque pour moi. Mais d'accord. Je te suis.

**************************************************************************

Twilight Sparkle, épuisée, ouvrit grandement les portes de ses quartiers sans réelle délicatesse. Elle avait toujours été témoin, à la pareille d'une stagiaire, de ce que Celestia faisait avant qu'elle ne lui eut légué sa couronne. Elle avait été couronnée il y avait quinze ans. On aurait pu penser qu'elle se serait habituée, mais ce n'était pas le cas. En fait, si, elle s'y était habituée. Et tout particulièrement aux plannings et aux heures de travail serrées. Après tout, elle avait déjà connu ce genre de chose étant pouliche. Mais entre finir ses devoirs à temps, et avoir une épée de Damoclès prête à lui tomber dessus à la moindre erreur sur sa façon de gouverner un pays, il y avait une énorme différence de stress.

Elle s'écroula dans son divan, soufflant avec un sourire satisfait. Encore une journée rudement bien menée.

Et demain, ça recommence.

Il n'y avait pas à dire, la nouvelle princesse comprenait pourquoi son mentor s'en était allée prendre une retraite avec sa sœur : elles devaient en avoir eu marre de leur rôle de princesse. Twilight envia Celestia et Luna, qui devaient prendre particulièrement bien leur sabot dans le havre de paix qu'était Silver Shoals.

"Pourquoi j'ai accepté de devenir une princesse déjà ?" se demanda-t-elle à elle-même entre deux soupirs.

"Parce que c'est ta destinée."

Le commentaire vint de Spike, qui s'avança avec une large assiette dans les mains, avec une théière et deux tasses, la première étant fumante. Spike s'assit dans le canapé en face de Twilight et posa la vaisselle sur la table entre eux deux.

"Je t'ai préparé du thé", dit le dragon, maintenant plus grand et plus mature que par le passé. "Ça devrait t'aider à regagner des forces."

"Merci Spike", dit Twilight en se redressant et se servant une tasse. "J'ai encore eu une journée éprouvante."

"Bah, ne dis pas ça", réconforta son conseiller. "Personnellement, je trouve que tu tiens plutôt bien le coup. Je veux dire... ça aurait pu être pire."

"M'oui... c'est vrai... ", dit Twilight, mettant un sucre dans son thé et mélangeant celui-ci. "Ce n'est pas non plus comme si je n'avais pas d'ami sur qui compter", finit-elle avec un clin d'œil.

L'alicorne lavande but une petite gorgée avant de virer sur un autre sujet. "J'ai hâte de revoir mon élève, Luster Dawn. Lui apprendre les arts de la magie me stimule beaucoup."

"Ouais, et je crois qu'elle devrait arriver d'un instant à l'autre", répondit Spike en se remémorant les plannings beaucoup trop longs de sa maîtresse. "Il faudrait peut-être juste que t'échanges le soleil et la lune de place. Parce que c'est l'heure maintenant."

"Oui, Spike. Je sais", dit Twilight en se levant lentement du divan.

Elle s'en alla en direction du balcon. Elle sortit d'une petite commode, étonnamment plus modeste que le reste, un petit coffre orné d'or et d'argent. Le coffret avait une espèce de code à quatre chiffres au lieu d'une serrure. Twilight entra le code et un déclic se fit entendre. Elle ouvrit le clapet et récupéra une amulette : l'amulette contenant la magie de Luna et Celestia, et qui lui permettait de commander aux astres.

Elle manipula son artefact et le soleil se coucha derrière l'horizon. La nuit s'installa. Puis elle utilisa la magie de Luna pour faire élever la lune. Mais cette dernière ne répondait pas...

... Elle ne lui répondait pas ?

"Hein ?" fit la princesse de l'Amitié.

D'abord assez confuse que l'astre ait refusé de se lever, elle remanipula encore une fois la magie lunaire de l'ancienne princesse de la nuit. Elle ordonna à nouveau à la lune de se dresser. Mais cette dernière lui désobéit de nouveau.

"Mais qu'est-ce que... " s'énerva Twilight.

Déjà fatiguée, l'alicorne perdit tous ses moyens et fit de plus en plus preuve de brutalité sur son instrument.

"Allez... " s'agaça Twilight. "Tu vas te lever, oui ?!"

Encore une fois, la lune fit preuve d'insubordination.

Spike entendait sa maîtresse grommeler depuis son sofa. "Heu ? Il y a un problème, Twilight ?" demanda-t-il en se penchant.

"Je ne sais pas pourquoi, mais la magie de Luna ne fonctionne plus", désespéra presque la princesse.

"Allons, ne dis pas de sottise", intervint calmement Spike en se levant à son tour et s'approchant de son amie. "Dois-je te réexpliquer comment ça fonctionne ?"

"Je ne plaisante pas Spike", s'acharna Twilight sur l'amulette. "Je sais très bien comment ça marche. Je le fais depuis quinze ans. Et je – "

Et la lune surgit alors de l'horizon, comme une fleur.

"Ah ! Tu vois que t'y arrives !" se réjouit le dragon. "Tu vois, il suffisait de ne pas t'énerver dessus. Tu devais juste être fatiguée."

Twilight ne répondit pas, figée, les yeux ronds de stupeur, la mâchoire pendante d'incompréhension.

"Ouais. C'était vraiment une rude journée", supposa Spike qui s'en allait.

"Non. Il y a un problème", se prononça finalement la princesse, toujours inquiète.

"Quoi ? Le problème est réglé, non ?"

Twilight aurait aimé confirmer ce que Spike venait de dire, mais c'était impossible. L'amulette n'avait pas réagi à ses manipulations. Elle n'avait pas senti la magie de Luna s'activer à l'intérieur. La lune s'était levée indépendamment. À moins que...

"Ce n'est pas moi qui l'ai élevée."

Note de l'auteur

Sur la description de Silver Shoals, je croyais qu'il n'y avait aucun screenshots canon de la ville au moment d'écrire ce chapitre ; c'est pourquoi je me suis permis de faire entrer mon imaginaire un peu en jeu pour que la ville soit une belle ville (en m'inspirant au passage des cartes postales grecques pour justifier le désir de Luna et Celestia d'y passer des vacances (d'où le choix de l'image pour l'habillage de ce chapitre)). Et quand j'ai réalisé que Silver Shoals avait déjà une apparence canon, j'étais dégoûté. Mais après, en apercevant après comparaison que le Silver Shoals du canon n'avait pas autant de charisme que le mien ; et surtout que ça n'avait aucun impact consistant sur la concordance entre mon headcanon et le canon officiel (donc pour la faire simple je m'en fous), j'ai décidé de garder les choses ainsi.

Licence Creative Commons Ces œuvres sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.