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Chapitre IV - La jeune et l'ancien

Tu vas lui faire manger ses mors à cette Twilight Sparkle ?

Il n'est pas nécessaire d'en venir à de telles extrémités, Light. Nous devons d'abord discuter de certaines choses et s'échanger quelques explications. Je crois qu'il est préférable d'être en bonne entente avec elle. Je suis sûr qu'elle aura hâte de traiter avec nous quand elle apprendra qui nous sommes vraiment.

Ce n'est qu'une perte de temps ! Je te rappelle que cette alicorne artificielle a la magie des Skiá entre ses sabots. La magie de NOTRE famille. Elle n'a pas à la posséder : il faut la lui reprendre !

Du calme, Light, du calme. Si nous nous montrons diplomates, je suis certain qu'elle nous donnera la magie lunaire gentiment.

La diplomatie, c'est pour les faibles !

Si elle résiste, je n'aurais pas d'autres choix que de lui fêler quelques côtes, pour sûr. Ensuite on récupérera la magie lunaire. Puis on trouvera sa vraie propriétaire.

Selifós observait attentivement le palais de Canterlot du bas des grandes rues de la capitale, arpentant ces dernières. Les passants étaient intérieurement choqués de voir cet étalon unicorne noir, aussi grand que la princesse Twilight, déambuler dans leur ville, sous ce capuchon gris qui retombait sur sa robe. Ils ignoraient qu'ils avaient en réalité affaire à une alicorne, vu que le vêtement dissimulait ses ailes.

Selifós savait que par sa forte corpulence, il attirait déjà trop l'attention. Les autochtones détournaient le regard dès qu'ils passaient trop près de lui. Complètement dérangés par cette aura de puissance, sombre et oppressante qui l'entourait ainsi que par ses pupilles fendues, une chose très inhabituelle et perturbante chez un poney, ils ressentaient leurs cœurs trembler du fond de leur poitrine. Ils devinaient qu'il ne s'agissait pas d'un poney ordinaire, mais d'un être surnaturel avec la même prestance qu'un dieu.

Ce dernier ignora les regards effrayés des passants et continua de chercher un moyen d'atteindre les portes principales du palais, sans quitter les coupoles de la structure des yeux afin de garder un repère pour s'orienter.

En venant à un autre fait ; il l'avait remarqué depuis un petit moment quand il était arrivé dans la cité ; il n'y avait pas que des poneys. On y trouvait aussi, bien que cela ne soit pas fréquent, des dragons, des kirins et des griffons en train de discuter avec des poneys ou même jetant des regards aux vitrines de certaines boutiques, ou encore en train de manger à la terrasse de certains restaurants. Des kirins, encore, cela n'attirerait pas tellement son attention ; s'il n'y avait pas non plus les deux autres espèces mentionnées. Car d'aussi loin qu'il s'en souvienne, les griffons et les dragons ont toujours été indifférents envers les poneys ; les méprisant pour leur faiblesse, voire même les haïssant. Pourquoi des peuples qui avaient coutume de se détester cohabiteraient en harmonie ? Ce cosmopolitisme totalement improbable confondait l'alicorne masqué au plus haut point. Qu'est-ce qu'il s'était vraiment passé durant son absence de cinq milles ans?

Il n'y eut pas que ça qui l'intriguait. Dans de plus rares cas, c'étaient des hippogriffes ou même des yacks qui se promenaient tranquillement. Bien sûr, Selifós trouvait ça un peu plus normal que les dragons et les griffons, mais quand même. Il trouvait ce multiculturalisme très inattendu et aussi très bizarre. De toute son existence, il n'en avait jamais rien vu de la sorte. Décidément, ce à quoi on l'avait informé n'était qu'un euphémisme comparé à ce qu'il se tramait réellement sous ses yeux.

Et il y avait aussi cette espèce dont l'apparence intriguait tout particulièrement Selifós : une créature comme un mélange entre un poney et un insectoïde, bariolée avec des ailes de coléoptère. Il n'en avait jamais vu de tel par le passé, ce qui le rendit de plus en plus curieux.

Bon. Ça ne le choquait pas ouvertement non plus. Ils n'étaient qu'assez rares. La plupart des passants étaient des poneys. Et les autres ethnies semblaient plus présentes en tant que touristes qu'en tant qu'habitants permanents. Cette perturbation ne le distrayait donc pas assez pour le détourner de son objectif.

Il trouva finalement un chemin de pavé menant au palais, avec un grand portail dans ce qui semblait être un rempart. Il vit deux gardes en armure dorée surveiller la grande porte. Il retira le capuchon de sa tête et s'avança en direction d'eux.

Des gardes. Supprime-les.

Light, du calme, modéra Selifós.

Ils ne vont pas nous laisser passer, se justifia la pensée. Élimine-les, qu'on en finisse.

Il faut être patient, Light, se justifia l'autre à son tour. Nous devons éviter de nous faire remarquer.

Loin de moi à l'idée de te contredire, mais tu t'es déjà fait pas mal remarquer. Des poneys de la taille d'un cheval, c'est plus que rare.

Arrivé au niveau des deux gardes, Selifós ménagea son attitude pour la meilleure négociation qui soit.

"Je souhaite rencontrer la princesse Twilight", déclara-t-il. "Si vous pouvez m'ouvrir la porte... "

"Vous ne pouvez entrer dans le palais sans carte d'invitation ou carte de membre", lui dit professionnellement l'un des deux gardes. "Pour une demande d'audience avec la princesse, allez au poste de garde au coin de cette rue. Exposez-y vos raisons de voir notre majesté et si votre requête et valide, alors on vous fournira un passe et un horaire." Puis il indiqua à l'étalon noir de son sabot un bâtiment accolé à la façade du monument, au coin d'une autre rue effectivement.

L'option proposée à Selifós ne lui plaisait pas car il semblait y avoir une longue queue au poste. Or il ne voulait pas attendre. "Je n'ai pas de temps à perdre avec ce genre de foutaise. J'exige de la voir au plus tôt."

"Désolé, monsieur", répondit l'autre garde. "Mais ce n'est pas comme cela qu'on procède."

Le visage de l'alicorne dissimulé s'assombrit. "Je ne me souviens pas vous avoir demandé la permission."

Les deux soldats parurent nerveux. Ce poney qui était aussi grand que la princesse dégageait une aura des plus angoissantes. Bien qu'ils devaient se tenir aux règles de sécurité, ils devaient également se mettre à l'évidence : cet inconnu qui semblait pressé par le temps n'avait rien d'ordinaire. Mais ces pupilles menaçantes de reptile qu'il arborait les firent hésiter. Ils resserrèrent leur position pour d'avantage bloquer l'accès à la porte.

Selifós s'agaça intérieurement en les voyant faire ce mouvement qu'il interpréta comme une provocation. Nightmare Light grommelait dans son esprit, s'éhontant d'avoir un jumeau aussi stupide que les deux poneys en armure qui, il le pressentait, allaient passer un très sale quart d'heure. Mais au grand dam de ce dernier, Selifós joua encore une fois la carte de la tempérance.

"Est-ce que vous pourriez me laisser voir la princesse ?" dit-il calmement en détendant les sourcils.

Les gardes ne répondirent pas.

"S'il-vous-plaît ?" demanda encore le grand étalon, anticipant le résignement qui se précisait.

Un ange passa... et un ange très inquiétant... c'était le cas de le dire.

Selifós soupira de résolution. "Très bien. J'ai compris."

Il ferma un moment ses yeux, puis les réouvrit. Il observa attentivement les deux sentinelles qui le fixaient prudemment. Ils virent au travers de son regard perçant et effrayant une étrange lueur qui captivait toute leur attention.

Et, sans même qu'ils ne le réalisèrent, les deux poneys en armure s'effondrèrent au sol, plongés dans un profond sommeil. Selifós paraissait un peu déçu de lui-même vu qu'il eut expiré juste après. Il avait espéré ne pas avoir à utiliser sa magie pour les neutraliser mais ces deux guignoles ne lui avaient pas laissé le choix. Il enjamba les deux gardes pour atteindre la porte.

"Quel manque d'éducation", plaisanta-t-il sobrement.

Quelle bande de crétins surtout... disait Light avec mépris.

Light, la ferme.

Il saisit la poignée et s'aperçut que la porte était fermée, ce qui défit son sourire satisfait à peine apparu. Il remarqua à la place de la serrure une espèce d'étoiles bleue sans orifice. Ça n'avait pas l'air d'une serrure ordinaire.

Selifós haussa des épaules. Tant pis, se disait-il. Il tira un coup sec sur la poignée et ouvrit ainsi la porte, en cassant la serrure dans un crac sourd. Et là maintenant il put enfin entrer, et retrouva à nouveau son petit rictus plu.

 

 

Un peu plus loin dans le cœur du palais, la princesse Twilight feuilletait le résultat de ses recherches et de ses travaux qui l'obnubilaient depuis maintenant quelques temps. Elle était assise sur son trône, toujours la boule au ventre, toujours à chercher une solution pour reconstruire le Tartare. Elle avait ordonné la reconstruction de la porte et le travail s'y déroulait à merveille. Mais la question du sort de protection à lancer restait encore en suspens.

Elle avait rendu visite à Starlight et Sunburst à Ponyville récemment afin de leur demander assistance. Mais même avec leur aide, aucune solution décente ne se présentait réellement à elle ; en bref, qu'un écran de fumée.

Cependant, Sunburst avait dit que la meilleure façon de retrouver une technologie oubliée, c'était encore de la réinventer ; tandis que Starlight, après avoir écouté l'histoire assez acadabrantesque de Twilight concernant le passé secret du Tartare, fit la remarque que les moyens de confinement du passé n'étaient probablement pas nécessaire pour confiner les problèmes du présent, disant que les ennemis du monde avaient changé comme ce dernier, et que reproduire le même sort de protection au même niveau ne serait pas une nécessité réelle.

Le côté optimiste de ceux à présent en charge de l'école de l'amitié avait redonné un peu d'espoir à la princesse. Mais ces derniers avaient aussi affirmé que le temps de trouver un sort adéquat risquerait d'être long... très long. Sunburst avait de même espéré avoir un vieux manuscrit rempli de connaissances anciennes pour accélérer le processus mais hélas, c'était trop ancien pour que ça puisse exister.

Il était conscient de son talent et de celui de Starlight mais le talent ne faisait pas forcément le génie non plus. Starswirl aurait pu donner un coup de sabot grâce à son expérience mais encore hélas, il avait déjà quitté ce monde il y eut quelques années par une mort naturelle. Ils ne devaient donc faire qu'avec leurs propres moyens, sans savoir séculaire.

Ils s'en étaient réduits donc à utiliser le plan de Starlight : créer un sort d'enchantement inédit qui serait conforme aux attentes de Twilight en matière de confinement, sans pour autant chercher à recopier l'ancien enchantement à la perfection. Une semaine... c'était le temps de travail que Sunburst et son amie d'enfance avaient promis à la princesse de l'amitié pour trouver un sort de substitution. Mais avec leurs propres responsabilités à l'école, le projet risquait de tarder jusqu'au mois prochain.

Un mois ? Un mois d'attente ? C'était trop pour l'alicorne lavande qui ne pouvait se permettre de patienter avec les monstres toujours sous surveillance en zone sensible, et qui suscitaient encore des débats dans l'actu des médias. Twilight craignait qu'une psychose s'empare du peuple si elle laissait trop l'affaire se tasser. Mais elle n'avait pas d'autre choix à part attendre et prier un dieu inconsistant qui n'existait probablement pas.

ET POURQUOI LA LUNE BOUGE TOUTE SEULE ?!

Ce hurlement était comprimé dans la tête de Twilight à la manière d'un gaz enfermé dans une cocotte-minute prête à exploser. Mais elle ne pouvait se permettre de flancher à la dernière minute. La panique d'un chef entraîne toujours celle du peuple.

À ce point-là, ce n'était pas une épée de Damoclès qui lui pendait au-dessus de la tête mais carrément une bombe nucléaire. Mais Twilight ne devait pas s'en plaindre car au moins, cela démontrait que la vie de princesse ne consistait pas juste à saluer et sourire. Sa nouvelle longue vie d'alicorne ne sera pas ennuyeuse, loin de là.

Quoique... là, elle aurait préféré s'ennuyer.

La princesse Twilight continua frénétiquement de lire et de feuilleter les résultats qui pour l'instant ne la satisfaisait pas tellement. Jusqu'à qu'un garde surgisse sa tête de derrière l'un des battants de la porte opposée à son trône. Après une seconde d'hésitation, il s'engagea à traverser le seuil, suivis de près par un étalon unicorne noir de visiblement très grande taille, ce dernier ayant rabaissé son capuchon depuis un certain temps déjà pour se montrer plus courtois. Twilight était trop focalisée dans sa lecture pour se rendre compte qu'elle avait un visiteur. Le garde s'éclaircit alors la gorge pour attirer son attention.

"Heum... votre majesté ?" dit le garde, qui apparemment hésitait encore. "Ce poney désire avoir une audience avec vous."

"Les audiences ne sont pas censées commencer avant au moins deux heures", objecta la jument lavande, sans décrocher ses yeux des manuscrits. "Et puis je suis déjà bien assez occupée comme ça. Revenez plus tard."

"Désolé, princesse, mais je ne te demande pas ton avis", déclara le grand étalon. "Tu vas me recevoir ici, et maintenant."

La princesse alicorne leva le museau pour repérer celui qui avait osé lui répondre avec autant d'insolence : le grand licorne vêtu juste derrière le soldat qui contrairement à ce dernier, n'avait pas ployé le genou. Cet étalon paraissait être de la même taille qu'elle et comprit immédiatement que ce n'était pas n'importe qui, bien qu'elle ne se souvienne pas l'avoir déjà rencontré.

"Ça ira", dit cet apparent licorne au garde. "Merci de m'avoir escorté jusqu'à elle. Tu peux retourner à ton poste maintenant."

Le garde était complètement terrifié par cet invité inattendu. Ça pouvait se lire dans ses yeux comme dans ses pattes qui tremblaient. Il n'osa pas faire profil haut et repartit donc lâchement. De toute façon il n'aura pas à s'inquiéter : la princesse Twilight était forte, et en compagnie de deux autres de ses camarades après tout. Il referma la porte derrière lui.

Twilight mit de côtés ses précieux papiers et descendit de son siège princier. Elle marcha vite, pour ne pas dire qu'elle trottina presque, afin d'atteindre cet étalon qui avait déjà enfreint pas mal de règles de bonne conduite selon elle. Maintenant juste en face de lui, elle prit compte qu'il n'était pas aussi grand qu'elle, mais faisait un pouce de plus qu'elle. Remarque, ça ne la surprenait pas tellement : les étalons étaient toujours légèrement plus grands que les juments en général. Mais elle n'aimait pas ce sentiment de se faire regarder de haut.

"Puis-je savoir en quoi votre demande d'audience vaut-elle plus qu'un autre pour que vous venez me déranger tout de suite ?" dit Twilight qui se forçait à être polie.

Twilight était épuisée et stressée : ça se lisait dans son regard. Constater qu'elle perdait tous ses moyens malgré son respect de l'étiquette fit glousser l'étalon derrière son sourire cynique et sarcastique.

"Excusez-moi ?" dit Twilight qui arrivait à son seuil de tolérance.

L'étalon lui fit signe du sabot comme pour l'encourager à se calmer. "Pardonnez ma maladresse, princesse. Je ne cherchais point à vous provoquer. J'ai juste remarqué combien vous étiez fatiguée."

La jument tiqua de l'œil. Puis elle soupira. "Qu'est-ce qui vous amène ? Que me voulez-vous ?"

"La nécessité", répondit le licorne noir avec assurance. "Je souhaite avoir une discussion privée avec vous. Nous devons traiter de certaines choses et je désire vous aider à éclaircir les problèmes qui vous harcèlent en ce moment. En échange, je ne désire qu'une seule faveur... et quelques renseignements."

Résoudre ses problèmes ? Faisait-il vraiment allusion à ce qu'elle pensait à l'instant ? Comment pouvait-il avoir eu vent de ce genre de souci ? Elle n'en avait parlé à personne en dehors de ses plus proches amis. À moins que...

Twilight eut un déclic.

"Mais... ?" se secoua la princesse de la tête, confuse. "Qui êtes-vous ?"

L'étalon sourit doublement, satisfait qu'on lui pose enfin la question. Il retira son manteau devant elle pour exhiber sa condition d'alicorne. Et il déploya ses ailes sous les yeux abasourdis de Twilight.

"Je m'appelle Selifós", se présenta-t-il d'une voix solennelle. "Je suis le doyen et le dernier représentant de la famille Skiá ; et actuellement maître de la lune, et gardien suprême de la nuit."

Twilight fut si subjuguée qu'elle oublia complètement qu'elle était une princesse. Toutes ses questions, toutes ses angoisses, toutes les raisons qu'elle avait de paniquer... Elle avait enfin les réponses qu'elle recherchait avec autant d'acharnement. Selifós n'eut point besoin d'ajouter quoique ce soit. La tête ébahie de son interlocutrice prouvait clairement qu'elle avait tout compris de ce que cela signifiait.

Puis Twilight se reprit. Elle tenta de se calmer. Elle souffla quelques coups. Et le choc d'avoir trouvé toutes les réponses à ses questions se mua en une joie et aussi une certaine excitation. Car elle avait à présent tout un tas de nouvelles questions à lui poser. Comment se faisait-il qu'elle ne contrôle plus la lune ? Qui était-il réellement ? Quelles étaient ses origines ? Et aussi quelle était cette famille qu'il eut ouvertement mentionnée ? Elle avait hâte de parler avec lui mais aussi d'informer les deux sœurs alicornes ainsi que tous ses amis de la nouvelle prépondérante. Il fallait qu'ils le sachent.

Mais chaque chose en son temps.

"Heum... je... " bégaya-t-elle, encore sous le choc. "Je, je je je m'appelle Twilight Sparkle, la la... souveraine d'Equestria... et princesse de l'amitié... Enchantée."

"Je le suis aussi", dit Selifós, qui lui gardait un calme tout à fait en contraste à la réaction de la princesse. Il se dirigea vers l'une des fenêtres du hall pour regarder Canterlot. "Princesse de l'amitié... " dit-il encore pensif. Il sourit d'amusement.

"C'est mignon."

Twilight le rattrapa lentement pour se placer à ses côtés. Elle était encore à se demander par lesquelles de ses questions elle allait commencer. Ces dernières étaient toutes de même valeur d'importance et se bousculaient les unes les autres dans son esprit afin d'être posées en première.

D'abord, elle était surprise de voir que son invité était une alicorne : en dehors de Cadance, Flurry Heart, Celestia, Luna et elle-même, elle avait toujours pensé qu'il n'en existait pas d'autres dans le monde. Mais surtout, elle était surprise de voir qu'il s'agissait d'un alicorne mâle. Oui, cette remarque était tout aussi stupide que sexiste, mais elle n'avait pas pu s'empêcher de prendre en compte ce détail ; probablement à cause de l'habitude de voir que des juments parmi les alicornes qu'elle connaissait déjà. Elle eut malgré tout la sagesse de garder ce commentaire pour elle seule et donc de ne pas le dire.

"Dis-moi... " dit Selifós, toujours méditatif. "Est-ce à cause de l'amitié qu'il y a autant de diversité dans les rues de Canterlot ?"

"Heu... pardon ?" dit Twilight encore plongée dans ses propres pensées.

"En arrivant en ville, j'étais surpris de constater beaucoup d'espèces cohabitant ensemble, mais surtout des dragons et des griffons. De mon temps, les dragons et les griffons méprisaient, voire détestaient les poneys, et étaient même fréquemment en guerre contre eux. Tu peux m'expliquer comment ce genre de chose a évolué ?"

"Oui, bien sûr", souriait Twilight. "À mes débuts en tant que princesse, et même bien avant que je le devienne, tu avais effectivement raison : les dragons et les griffons n'aimaient pas vraiment les poneys. Mais avec le temps, les choses ont changé. J'avais réussi grâce à mes amis, à faire découvrir l'amitié aux espèces voisines qui au départ avaient une politique assez égoïste. Cette forme de diplomatie a permis à Equestria de vivre en paix et en harmonie avec ses voisins. Aujourd'hui, nous recevons de plus en plus de visite de la part des peuples étrangers dans notre principauté, notamment grâce à l'école de l'amitié qui encourage à créer des liens. Même ceux qui pourraient te paraître les plus étranges."

"Une école de l'amitié ?"

"J'en ai fondé une à Ponyville", se vantait la princesse. "C'est une petite ville de quelques milliers d'habitants et qui se trouvent à une trentaine de kilomètres au sud d'ici. Je l'avais construite dans le but de faire répandre les préceptes et les idéaux de l'amitié à toutes les créatures, afin d'aspirer à tous de vivre en harmonie avec son prochain."

"Une école de l'amitié... " dit Selifós, toujours songeur. "C'est intéressant. Et donc... les poneys vivent en paix ?"

"Oui. Bien sûr, nous avons frôlé des guerres et des incidents avec des menaces externes à plusieurs reprises. Mais grâce à la magie de l'amitié, nous en sommes venus à bout de toutes, sans exception. C'est une magie très puissante, tu sais ?"

L'alicorne noir gloussa légèrement, avec une certaine mélancolie. Il murmura. "Oui. Dommage que ce ne soit pas vrai."

"Hein ?" dit la princesse de l'amitié légèrement confuse. "Pourquoi dis-tu cela ?"

"La magie de l'amitié est puissante, princesse. C'est vrai", expliqua Selifós en se tournant vers elle. "Mais comme toutes les choses, l'amitié a un début et une fin. Et ça prouve bien qu'elle n'est pas toute-puissante."

"Certes", répondit Twilight qui gardait la tête haute. "Mais toute amitié engendre une autre si on y prête du sien. Et ainsi l'harmonie ne s'éteint jamais."

Il esquissa un sourire différent. "Oui. Tout est un cycle. Mais l'harmonie aussi est un cycle. Un jour il se brisera et tout retournera au chaos, à la poussière. La preuve : rien n'est supérieur à la mort."

"Les livres passeront outre la mort", se défendit la princesse. "C'est pour ça que j'ai consigné tout mon savoir dans des livres ; notamment le livre de l'amitié, écrit par moi et mes amies. C'est pour ça aussi que j'ai fait bâtir une école dans le même domaine. C'est pour donner une éternité à l'harmonie que j'ai fait ça. Les générations se succèderont. Les saisons aussi. Mais le savoir que j'ai cultivé passera outre les dégâts du temps."

"Tellement de foi dans ta voix... " dit l'ancien avec nostalgie. "Tu me rappelle moi quand j'étais plus jeune. Mais un jour tu comprendras. Si tu vivras assez longtemps pour le constater bien sûr." Twilight regarda avec plus d'incertitude l'alicorne noir alors qu'il parlait. "Tout est fait de poussière, et retournera à la poussière. Tu verras. Ton école ne restera pas pierre sur pierre indéfiniment. Tes livres s'émietteront sous l'effet de la pourriture. Et les peuples oublieront la paix que t'as voulu créer. Et la guerre reviendra. Tout n'est qu'un cycle. Rien n'est éternel. Et longtemps après toi, quelqu'un d'autre voudra apporter la paix en enseignant les valeurs de l'amitié comme toi tu le fais. Et lui aussi disparaitra, et sa sagesse sera à son tour oubliée. Et tout se répète. Indéfiniment. Tout cela n'est que la poursuite du vent. La paix universelle, l'harmonie éternelle, ne sont que le rêve utopiste d'un pauvre philosophe luttant contre sa propre sottise." La dernière phrase fut dite dans un petit rire ironique et triste, comme s'il critiquait quelque chose qu'il ne connaissait que trop bien.

"Je... je ne suis pas sûre de comprendre", dit la princesse un peu choquée par cette effrayante, et surtout potentielle vérité.

"Alors ne comprends pas. Reste dans l'ignorance. Heureux sont les ignorants car ils ne connaissent pas la vérité", cita Selifós sans qu'il n'y ait une quelconque volonté d'offenser dans son timbre de voix. "Car la vérité engendre la sagesse. Et la sagesse, tout comme la vérité, est emprunte de douleur. Et c'est pourquoi on invente le mensonge, afin de ne pas souffrir."

La princesse de l'amitié n'aimait pas ce qu'il disait, d'autant plus qu'il avait l'air d'aimer s'entendre parler. Pourtant elle arrivait à deviner quelque chose de véridique derrière ces mots. Et Selifós lui parlait comme si elle allait inévitablement mourir un jour. Devait-elle croire qu'elle n'était pas immortelle comme son mentor ? Et que tout ce qu'elle construisait, et ce qu'elle continuait de construire, ne soit destiné qu'à disparaître un jour ?

"Mais ne te fais pas du mouron comme ça, princesse", la rassura Selifós en la tapotant du bout de son alule, en remarquant son air dépité et son apparente désillusion. "Tu sais, dans le fond, répandre l'amitié, comme ça, aux quatre coins du monde, ça reste une idée géniale. Si cela permet d'étendre la paix dans le monde, et ainsi lui accorder un bon moment de répit, alors je t'y encourage même."

La voix optimiste de Selifós donna un sourire réconforté à Twilight. Tout compte fait, il semblait être gentil. Mais Twilight restait néanmoins un peu perturbée par le contraste entre sa sympathie et l'aura sombre qui l'entourait. De plus... ses iris bleu nuit, avec ces pupilles... droites et effilées comme des poignards... ça lui rappelait Nightmare Moon avec désagrément.

"Tu sais heu... " dit Twilight, essayant de se rappeler de quelque chose.

"Selifós", aida l'autre.

"Oui. Selifós. Tu m'as l'air d'être quelqu'un de bien. Ça me surprend un peu, venant de quelqu'un qui avait été enfermé au Tartare."

L'étalon écarquilla les yeux car il ne s'attendait pas à cette remarque. Le ton de sa voix passa sur la défensive. "Comment l'as-tu deviné ?"

"J'ai compris que tu es bien plus âgé que moi", lui dit Twilight avec un sourire espiègle. "Mais ce n'est pas une raison pour penser que je suis la dernière des abrutis. Le Tartare est sous contrôle équestrien et en apprenant ce qui s'était passé là-bas, et en faisant la corrélation avec la lune qui a échappé à mon autorité ainsi qu'avec ton identité, j'ai très rapidement compris que c'était toi, l'origine de tout ce bruit. Et que tu étais par déduction un évadé du Tartare."

Selifós reconnut son erreur d'un simple regard. Il assuma au fond de lui qu'il avait sous-estimé cette alicorne dont les ailes n'avaient pourtant rien de biologique.

"Tu avais raison tout à l'heure", vira Twilight sur un autre sujet. "Nous avons beaucoup à nous dire. Je te propose que nous nous rendions dans un endroit un peu plus apte pour discuter."

Elle se tourna pour s'avancer vers une porte se trouvant à l'arrière, sur l'un des deux côtés de son trône. Puis elle fit un geste de la tête pour intimer son invité de la suivre. Ce dernier s'y exécuta, après avoir jeté un peu plus qu'un simple bref coup d'œil aux vitraux racontant les évènements historiques les plus marquants du pays ; tout comme à la plutôt jolie croupe de la princesse juste devant lui.

Ils passèrent ensemble dans plusieurs suites de corridors, de halls, de carrefours et d'antichambres. Il n'y avait pas à dire, le palais était de loin la plus grande infrastructure de Canterlot. À un tournant, Selifós et Twilight rencontrèrent une jeune licorne rose à la robe comme l'aurore et au crin couleur de feu ; et elle semblait tenir quelques livres dans sa magie. La princesse fut enchantée de la voir, alors que l'autre alicorne la dévisageait. Cette ponette, c'était Luster Dawn, la fidèle élève et protégée de la princesse de l'amitié.

Ils s'arrêtèrent un instant car Twilight voulait papoter un petit moment avec elle, parler un peu de leur prochaine rencontre pour les cours de magie en privé et le reste. Elle fit même à Luster Dawn la présentation de Selifós. L'adolescente ; qui devait avoir quinze ans à en juger son physique ; le fixait attentivement des yeux depuis le début de la rencontre.

De son côté, Selifós analysa l'aura de cette jeune jument qui venait d'entrer dans sa maturité. Elle était blanche et candide, très attirante. Une délicieuse odeur de pureté émanait d'elle et chatouillait l'odorat de l'alicorne noir.

Un diamant d'innocence... dit nonchalamment Nightmare Light avec gourmandise et luxure.

Light, la ferme.

J'ai faim, Selifós. Ça fait un petit moment depuis la dernière fois. Et toi-même tu sais que si on ne boit pas à temps, notre force et notre magie vont s'affaiblir.

C'est une mauvaise idée. Se justifia Selifós dans sa pensée. C'est vrai qu'elle est alléchante mais elle parait être proche de la princesse : c'est trop risqué.

Rappelle-toi de la fois avec Cerbère. Tu m'avais promis du sang de vierge. Là, y a une pucelle qui se présente à nous, et moi je dis qu'il est temps que tu tiennes ta promesse ! Je veux son sang !

Bon. D'accord. Elle sera notre repas de ce soir. Si rien ne vient le compromettre d'ici là, bien entendu.

Ah, merci, soupira Light de soulagement.

Alors qu'il discutait avec son double sombre dans sa tête sans rien laisser paraître, Selifós sentit l'appétit monter en lui, alors que l'odeur qui s'échappait du cœur pur de Luster rendait la tentation de plus en plus féroce. La salive dans sa bouche grimpait abondamment en niveau et Selifós dut l'avaler pour éviter de baver et ainsi se retenir. Il laissa par négligence en faisant cela, le bout de sa langue sortir pour lécher sa lèvre inférieure.

Dans l'entrebâillement de sa bouche, Luster Dawn crut apercevoir une paire de dents anormalement effilés. Elle fut tellement perturbée qu'elle n'osa plus parler. L'expression effrayée de la ponette n'échappa point à Twilight qui elle n'avait rien remarqué de suspect.

"Quelque chose ne va pas, Luster ?"

Luster Dawn flageolait dans son esprit, encore perplexe sur ce qu'elle croyait avoir vu. "Heu... non, rien, professeure. J'ai juste l'esprit occupé. Je vois que vous l'êtes vous-même alors... je ne vous dérangerai pas plus longtemps." Puis elle s'en alla d'un pas rapide, sans quitter Selifós des yeux, se demandant si ce n'était pas son imagination qui lui eut joué des tours.

Twilight, elle, fut très intriguée par le comportement subitement fuyant de sa pupille. "Et bien", dit-elle en s'adressant à son invité. "Je ne suis pas la seule à qui ta présence perturbe, Selifós."

Ce dernier resta silencieux.

Bon sang t'es sérieux, Selifós ?! s'indigna Light. On a failli se faire repérer ! Ne sais-tu donc plus comment te contrôler ?!

Parce que toi tu sais quand il faut la fermer, peut-être !? ragea l'autre presque.

T'as de la chance que cette princesse soit aussi bête qu'un manche !

Les deux alicornes continuèrent leur route jusqu'à un petit salon prévu pour les rencontres en privé, tout en gardant une bonne quiétude finalement, malgré la situation gênante de tout à l'heure. Twilight invita Selifós à s'asseoir sur l'un des canapés avant de demander à une domestique passant par-là d'apporter un service à thé pour le rafraîchissement. Puis elle s'assit à son tour sur l'autre sofa.

"J'apprécie la sympathie que tu fais preuve à mon égard mais j'ai encore quelques doutes sur tes intentions", dit Twilight, débutant l'interrogatoire. "Explique-moi pour quelle raison tu as été enfermé au Tartare."

Selifós l'avait sentie venir, cette question. Il plongea dans ses souvenirs. Dans sa tête revint des songes de fer et de sang. La mort d'un être cher. Un désarroi suivis d'une vengeance ; puis d'une prise de conscience. Et d'un désir d'offrir aux autres ce qu'il n'avait jamais eu : la paix. Toutes ces images lui revenaient en tête comme le vieux traumatisme d'une guerre passée. Il y eut un très long blanc avant que Selifós ne donna une réponse, et une qui se traduisait d'avantage en une énigme.

"Je voulais transcender le monde. Je voulais le purifier pour le rendre meilleur. Malheureusement, ce dernier était bien trop rongé par la haine pour l'accepter. Je lui ai fait la guerre pendant plus de seize milles ans. Et cette guerre pour la paix, elle s'est achevée par ma défaite, dans l'une des cellules les plus profondes et les plus sécurisées du Tartare."

Seize milles ans ?

"Quel âge as-tu exactement ?" lui demanda Twilight, surprise d'entendre cette quantité faramineuse d'années.

"Cela fait bien longtemps que j'ai arrêté de compter mes anniversaires, princesse", gloussa Selifós. "Les anniversaires sont le souci des mortels. Je dirais que je suis né il y a... à peu près entre vingt milles et vingt-et-un milles ans ?"

Twilight était à la fois choquée et fascinée par son âge. Cet alicorne semblait avoir tout vu du monde, comme le démontrait son apparent savoir de tout à l'heure, mais aussi cette sagesse qui emplissait le ton de sa voix. De même que son corps de jeune et vigoureux étalon de vingt-cinq ans était trahi par ses vieux yeux qui rien que par leur éclat, n'importe qui devinerait qu'il était bien plus âgé qu'il ne le laissait paraître.

"Tu peux juste m'appeler Twilight", souriait-elle. Puis elle ajouta. "Tu peux me dire ce que tu as fait précisément pour t'être mis le monde entier à dos ? Parce que ça me semble étrange qu'un monde ait refusé la paix que tu voulais lui offrir, comme tu dis. Le monde était si mauvais que ça à ton époque ?"

"Tu n'as pas idée d'à quel point, Twilight", soupira l'étalon. "C'est une très, très longue histoire. Je pourrais en écrire une chronique de cinq cents pages si je le voulais. Mais comme on n'a pas autant de temps, je vais essayer d'être le plus bref possible, quitte à omettre certains détails."

Les yeux de Twilight crépitèrent de curiosité. Elle accepta le défi. Avec sa magie, elle invoqua une rangée de plumes, de pots à encre ainsi qu'une ribambelle de papier afin de prendre des notes. Tout ce que Selifós allait dire dans les prochains instants concernait un passé lointain. Très lointain. Remontant même à plusieurs millénaires avant les plus anciens mythes appartenant au folklore équestrien. La princesse de l'amitié connaissait les histoires d'il y eut mille ans. Mais deux mille ans ou plus ? Que nenni.

"Comme le monde était trop mauvais et que je ne voyais comment le changer... " raconta l'ancien. "J'ai décidé de le forcer à être en paix. Les miens et les Lux considéraient mes intentions louables, mais mes moyens condamnables. Car je n'avais pas hésité à mettre à mort des poneys et d'autres sortes de créatures pour arriver à mes fins. Et puis je voulais tous les forcer à être en paix. Donc en gros, je ne leur demandais pas leur avis. Ils disaient tous que j'avais complètement perdu l'esprit, et que je n'avais pas à décider comme ça du sort du monde entier, quitte à le détruire."

"Et ensuite ?" dit Twilight toujours à l'écoute.

"Ils se sont tous alliés contre moi, laissant leurs querelles de côté pour attaquer mon projet. Et alors, j'ai subi ma première défaite : ma propre famille, les Skiá, m'a envoyé en exil sur la lune. Quelques siècles après mon retour, j'ai remis mon plan en marche, suite au déclenchement d'une nouvelle grande guerre. J'ai échoué une deuxième fois : cette fois, ce furent les Lux qui me neutralisèrent, et cette fois en me changeant en pierre. Et la troisième fois, c'était le Tartare à perpétuité. Je m'en suis évadé il y a peu, comme tu dois le savoir. Et maintenant je suppose que tu connais la suite."

"J'ai du mal à le croire", dit la princesse impressionnée qui griffonnait des notes sur ses papiers. "Tu me parles de tout ça mais... ça me semble être un monde fondamentalement différent du mien. Les choses ont dû drastiquement changer vu que tout cela est inconnu même de moi."

"Oui, en effet", dit Selifós avec une pointe de regret. "Je leur avais pourtant prévenu à l'époque que cette haine incessante les mènerait à leur destruction. C'était de ça que je voulais les protéger. Mais comme à leur habitude, ils ne m'ont pas écouté. Résultat, ils se sont tous entretués dans une dernière guerre qui cette fois, a complètement changé la face du monde en le plongeant dans un nouvel âge sombre."

Il marqua une pause.

"Tu connais l'océan sur le littoral ouest d'Equestria ?"

Twilight cessa un moment d'écrire pour se focaliser sur la question. "Oui, bien sûr. On l'appelle l'océan Lunaire."

"À mon époque, cet océan n'existait pas. Le continent sur lequel se trouve Equestria et le continent à l'est étaient à l'origine reliés en un supercontinent par l'ouest sur des latitudes beaucoup plus basses ; donc de l'autre côté de la Terre. Et à présent, toutes ces terres et ce qu'elles recelaient autrefois sont à présent perdus au fin fond des abysses."

La princesse prit un temps pour digérer cette information assez surprenante. "Incroyable. Jamais je n'aurais pu imaginer de telle chose. Donc tu veux dire qu'il y a de nombreuses ruines en ce moment sous l'eau ? Qui attendent d'être découvertes ?"

"C'est très probable. Je ne te cache pas que j'étais très surpris de voir cette mer qui n'avait jamais existé avant mon incarcération au Tartare, suite à mon évasion."

"Mais du coup... " murmura la jument, en repensant à autre chose... et craignant quelque chose aussi. "Maintenant que tu es libre... est-ce que tu vas... tenter de forcer à nouveau le monde à être en paix ? Quitte à faire les choses condamnables dont tu m'as parlées ?"

Selifós eut le regard fuyant, semblant philosopher intérieurement, dans un coin de sa tête. Il sourit légèrement.

"Non, Twilight. Ne t'inquiète pas pour ça. À la base, j'avais fait tout cela autrefois pour apporter la paix à mon monde et ainsi le sauver de la haine qui le dévorait. Mais il a disparu pendant mon absence. Son histoire, oubliée de tous. Et quand je vois aujourd'hui comment se portent les poneys d'Equestria ainsi que leurs relations avec leurs voisins, je me dis que mon rêve est enfin achevé. Bien que je n'en suis finalement pas l'auteur. C'est toi qui en es à l'origine, n'est-ce pas, Twilight ?"

Elle hocha de la tête avec fierté. "Oui. Mais ça n'aurait pas été possible sans mes amis."

"Je suis en émoi. T'es parvenue, en seulement quelques années, à réaliser ce que moi j'avais échoué à atteindre en quinze mille ans. Et en plus, je suis prêt à parier que tu l'as fait sans verser une seule goutte de sang, contrairement à moi."

"Hm... ce n'est pas totalement vrai", dit Twilight qui eut à son tour le regard fuyant, comme si elle avait des choses à se reprocher. "J'ai toujours cherché à résoudre le mal par le bien. Mais j'ai connu des cas où... j'ai dû faire face à la fatalité. Le monde n'est pas parfait, malheureusement."

"Non, en effet", dit Selifós qui la rejoignait dans son élan d'esprit. "Contrairement à toi, j'ai une vision beaucoup plus réaliste et moins optimiste du monde. Je sais que cet ordre que tu bâties n'existera pas éternellement. Alors que moi, je me battais pour un réel idéal de paix éternelle et universelle, même si cela impliquait de faire du mal à ceux qui me résisteraient ; chose que je détestais. En toute honnêteté, je suis un utopiste."

la princesse finit d'écrire ses dernières phrases sur l'un des papiers, puis elle rehaussa le museau avec un sourire plu. "En tout cas je suis touchée que tu acceptes de m'en parler avec autant de confidence. Je suppose que tu as un désir profond de te racheter."

"Me racheter ?" interpella Selifós. "Me racheter auprès de qui ? Tous ceux à qui je dois des comptes sont morts depuis longtemps."

"Tu en oublies un."

Quoique Twilight lui souriait toujours, ça parut être un sourire forcé, un sourire un peu dur. Et c'était le cas aussi pour ses yeux qui avaient une certaine sévérité. Elle avait vraiment l'air de lui en vouloir pour une bêtise quelconque, ce qui surprit l'alicorne noir.

"Qui aurais-je pu oublier ?"

"Je ne te reprocherai pas d'avoir blessé Cerbère. Après tout, il t'empêchait de t'évader. Donc je peux pardonner cela. Mais pas pour la destruction de la grande porte et encore moins pour les conséquences qui en ont découlé."

Selifós se tut.

"En rendant incapable Cerbère d'exécuter son devoir et en détruisant le portail magique, tu as donné l'opportunité à de nombreux monstres hostiles de fondre sur Equestria. J'ai réagi vite mais hélas, ils ont eu le temps de mettre certaines villes à sac, au nord-est d'ici. Je suppose que je n'ai pas besoin d'aller plus loin."

L'alicorne lavande attendit une réponse de la part de Selifós qui semblait avoir bloqué. Puis il dit avec un peu de doute dans la voix.

"Et en quoi puis-je me racheter de cela ?" demanda le coupable avec prudence.

"En ce moment même, Cerbère est au petit soin auprès d'une de mes amies, et j'espère qu'il sera vite sur patte. Mais c'est pour la porte qui pose problème, et surtout l'enchantement protecteur qui doit lui être attribué", expliqua la princesse avec le visage un peu plus adouci. "Toi qui es ancien de vingt mille ans, tu pourrais peut-être m'aider à trouver un sort qui serait convenable pour le confinement ? Après tout, peut-être que ta famille ou celle des Lux a bâti le Tartare ; dont je m'interroge encore sur leur réelle nature mais c'est un sujet que je vais aborder plus tard. Et j'ose aussi penser que tu es bien plus doué que moi en matière de magie : tu dois forcément pouvoir arranger la situation. C'est ma seule condition si tu ne veux pas que je te renvoie là d'où tu viens."

Mais pour qui elle se prend, cette garce, à nous faire du chantage ? réprimandait hautainement Light. Si j'étais toi, je lui ferais un coup de tête sur la table, comme avec le renne d'avant-hier.

Light, la ferme.

On perd notre temps, Selifós ! s'impatienta encore son jumeau. On doit lui confisquer la magie lunaire qu'elle usurpe et repartir !

Selifós se contenta d'ignorer son Nightmare car il avait d'autres idées en tête et surtout, il avait lui aussi besoin de renseignement. Et surtout, gagner la confiance de cette princesse alicorne dont il préférait ménager les ardeurs. Il savait qu'il n'aura pas de réelle difficulté à gérer la situation si elle dérapait. Il savait qu'il était de très loin supérieur à elle. Mais il estimait consciencieux de ne pas en arriver là.

"Je suis désolé, Twilight", dit-il avec regret. "Mais ma famille et celle des Lux ne sont pas à l'origine du Tartare. Et moi-même je ne connais pas grand chose des moyens employés par ses fondateurs. Ils utilisaient une technologie très différente de la nôtre."

La jument fut intéressée par ce qu'il révéla, bien qu'un peu déçue qu'il ne puisse pas l'aider plus que Starlight et Sunburst.

"Mais tu sais qui l'a bâti", affirma la princesse avec conviction. "Est-ce que je peux savoir qui ? N'importe quelle information pourra nous aider à y voir plus clair."

Selifós réfléchit l'espace d'un instant. Il se demandait encore sur quelle discussion il allait de nouveau repartir. Mais il répondit tout de même à sa question... par une autre question.

"Déjà, juste pour être sûr... " lui demandait-il. "Si je te disais le mot « Humanité »... ça t'évoque quoi ?"

La notion d'humanité, Twilight la connaissait. Elle était consciente de l'existence des humains. Mais là ça l'interpellait vraiment. Elle connaissait les humains mais ne les avait vus jusque-là que dans ce qui semblait être une dimension parallèle. Dans son monde à elle, les humains ; une espèce sans poil, bipède et incapable d'utiliser la magie ; n'était qu'un très vieux mythe dont tout le monde avait acquis la certitude que c'était juste... un vieux mythe. Les humains auraient réellement existé ? Enfin... dans son monde à elle ?

"Attends... ce sont les humains qui ont fondé le Tartare ?" tenta-t-elle encore de digérer l'information.

Selifós opina de la tête, déjà rassuré qu'elle savait ce que c'était qu'un humain. La princesse cligna plusieurs fois des yeux. Car à présent, une question plus prépondérante encore lui vint à l'esprit.

"Co... comment ont-ils disparu ?" demanda-t-elle une nouvelle fois, avec perspicacité.

"L'histoire de l'humanité est assez longue, et en particulier quand il s'agit de l'extinction de leur espèce. Vois-tu, je pourrais en dire long sur eux. Les humains étaient une espèce atypique, assez fascinante, et très intéressante à étudier. Mais si je devais résumer l'extinction de l'humanité en un seul mot, ce serait celui-là : autodestruction."

"Pourquoi ça ? Ils se sont entretués dans la même optique de guerre contre laquelle tu as toujours lutté ?"

"Non. C'est encore autre chose. Ce qui a causé la perte des humains avant tout, c'était leur orgueil, leur intelligence doublée d'une curiosité excessive ; et d'une surtendance à jouer à dieu."

Twilight prit d'autres feuilles vierges et recommença à écrire des notes en pressentant que son interlocuteur était sur le point de raconter une autre facette du passé.

"La spécificité des humains, c'est que contrairement à la plupart des autres créatures, ils ne possédaient aucune magie en eux. D'un côté, ça les désavantageait pour les raisons évidentes, mais de l'autre, ils avaient la compensation d'avoir parmi toutes les espèces, une imagination et une créativité hors du commun. Ce qui leur permirent de développer un nombre incroyable de technologies qui leur octroyaient la capacité de s'adapter à absolument tout. Leur génie inventif était tel qu'ils sont devenus l'une des espèces les plus puissantes au monde. Toutes les autres créatures les craignaient : les poneys, les chevaux, les griffons, les kirins, les yacks, les cerfs... absolument toutes les créatures les craignaient ; même les dragons et les alicornes."

"Qu'est-ce que la technologie humaine avait de si effrayant ?"

"Ils ne pouvaient utiliser de la magie, faute d'en avoir sur eux. Mais ils ont inventé et fabriqué des artefacts qui permettent d'absorber et d'emmagasiner la magie. Une fois cela fait, ils pouvaient l'utiliser comme n'importe quelle autre créature naturellement douée de magie."

"Tu veux dire... qu'ils volaient la magie ?" dit Twilight, alors qu'elle pensait à un exemple bien précis.

"Oui", confirma l'alicorne noir. "Ces technologies permettaient d'affaiblir les créatures magiques et ainsi les exploiter comme bon leur semblait. L'humanité s'est éteinte dans sa soif de progrès. Elle avait été détruite dans une guerre contre les monstres : leur propre création."

Les yeux de Twilight brillèrent d'illumination. "Les monstres sont les descendants des humains ?"

"Ce ne sont pas tellement leurs descendants", relativisa Selifós. "Au dernier âge de l'humanité, cette dernière avait découvert la mécanique de la vie et a fait toutes sortes d'expériences sur des créatures, mais aussi sur elle-même. Les monstres sont un mélange hybride de plusieurs créatures en même temps, incluant aussi parfois des humains. Dans leur bêtise, ils les ont laissés cohabiter avec eux... se sont métissés à eux. L'humanité s'est progressivement éteinte de cette manière, par assimilation. Une assimilation qui n'a pas toujours été pacifique, d'ailleurs."

La princesse de l'amitié chercha à imbriquer les détails de la révélation entre eux, essayant d'y trouver du sens à partir de sa propre science. Elle se rappelait que Tirek était, à proprement parler, un monstre. Un hybride entre un cheval, un... humain ? ... Et peut-être aussi un taureau, vu l'aspect de ses cornes. Et son pouvoir de dévorer la magie... tout cela était donc l'héritage des humains ? Une espèce qui jusque-là n'appartenait qu'à des anciens mythes avait finalement influencé le monde à ce point-là ?

L'autre détail étrange, ce fut qu'elle croyait depuis longtemps que le vrai créateur des monstres était Grogar, il y eut mille ans et quelques siècles. Enfin... était-ce vrai pour autant ? Ce n'était qu'un mythe après tout. Rien ne prouvait réellement s'il avait créé les monstres. Peut-être qu'on le surnommait « Le père des monstres » pour une autre raison. Donc elle choisit finalement d'offrir sa crédulité à un réel témoin du passé qu'à un vieux livre de conte. Pourtant... elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait quelque chose qui clochait.

"Tu crois que les monstres sont conscients qu'ils avaient été créés par les humains ?"

"Les Lux et les Skiá, malgré leur importance dans l'histoire de l'ancien monde, ont été totalement oubliés. Donc je crains qu'il en soit de même pour les humains. D'autant plus que l'humanité s'était éteinte quelques millénaires déjà avant eux."

Twilight soupira, alors qu'elle enchaînait les paragraphes dans ses notes.

"Mais du coup, Cerbère qui est techniquement un monstre... donc il a lui aussi été créé par les humains ?"

"Le Cerbère, tel celui que j'ai connu il y a des millénaires, était beaucoup plus grand, plus fort et plus féroce que celui que j'ai vaincu. Celui-là devait être son descendant."

"Jamais je n'aurais pu imaginer cela possible auparavant. Mais maintenant que tu me fais toutes ces révélations, ce que tu dis a beaucoup de sens. Après tout, rien ne prouve que les monstres sont immortels. Il fallait bien quelqu'un pour remplacer le premier Cerbère, s'il y en a eu un." Puis la princesse réfléchit. "D'ailleurs, maintenant que j'y pense... j'avais mené des recherches sur les monstres une fois. Mais je n'avais jamais réussi à clairement cerner leurs caractéristiques tellement ils pouvaient se différer physiquement des uns des autres, et faisant pourtant partis de la même boîte. Même le fait que les monstres étaient capables de vivre des milliers d'années comme seulement quelques décennies m'avaient toujours confondue, pour être honnête"

"Les monstres sont tous différent des uns des autres, et il en va de même pour leur espérance de vie, c'est sûr. Leurs créateurs avaient cet étrange souci d'apporter de la diversité aux monstres. Et bien évidemment, ils avaient fait également des recherches dans l'immortalité et le retardement de la vieillesse. Certains monstres se virent accorder ce privilège par ces expériences-ci. Et depuis, ils transportèrent leur don de longue vie au travers de leur génome. Je te l'ai dit : quand il s'agissait de créer des choses, personne ne pouvait battre le génie des humains dans ce domaine."

Twilight finit d'écrire sa dernière phrase et relit ses notes avec un air satisfait. Dans ses yeux, il brillait une certaine excitation et une curiosité rassasiée. Puis son sourire s'effaça.

"Donc pour en revenir à la porte... quel type de technologie ils ont utilisé pour la fabriquer ? Parce qu'il y avait un sort de protection dessus. De la magie typique. Je suppose qu'ils se sont servis d'un artefact particulier pour ça."

"On peut en venir à ce raisonnement, oui", approuva Selifós. "Bien que les poneys eurent côtoyé les humains pendant très longtemps, on ne savait pas très clairement comment ils procédaient. Notamment pour la fondation du Tartare. Je suis désolé de ne pas pouvoir t'aider d'avantage, mais j'espère que tout ce que je t'ai apporté te sera utile, d'une manière ou d'une autre."

"Bien sûr que si, Selifós", dit Twilight avec optimisme. "Ce que tu m'as révélé m'a beaucoup aidé. Maintenant je sais que pour créer le sort, il faut que j'emprunte les mêmes moyens employés autrefois par les humains."

"En volant de la magie ?" dit Selifós qui haussait un sourcil avec méfiance.

Twilight eut les yeux ronds, indiquant clairement sa surprise de ne pas en avoir pris conscience plus tôt. Elle se sentit honteuse d'avoir imaginé un plan similaire à celui de Tirek : voler de la magie. Même si elle avait bien entendu l'intention de le faire pour une bonne cause, contrairement à lui. Non. Elle ne pouvait pas se permettre ce genre de bassesse. Non. Elle ne le pouvait pas.

"Heu... n, non", bégaya-t-elle. "Je ne veux voler la magie de personne. Je veux dire. Je heu... j... désolée."

Une ponette rentra dans la pièce par la porte d'où venaient Twilight et Selifós tout à l'heure. Cette ponette, c'était la même domestique à qui Twilight avait demandé de rapporter un rafraîchissement. Elle transportait un service à thé dans sa magie et déposa le tout sur la table après que la princesse ait regroupé ces fiches qui étaient un peu éparpillées. Twilight la remercia et lui dit de disposer. La valette se retira.

À présent, Selifós devint nerveux et moins patient qu'avant. Cela fit un moment qu'il discutait avec la princesse. C'était bien beau, mais dans le fond, il n'avait pas vraiment avancé de son côté. Il rejoignit progressivement l'attitude agitée de Nightmare Light. Twilight profita du thé pour faire une petite pause. Elle se servit et humidifia sa gorge. Selifós se contenta de croiser les bras, voulant en venir à un sujet qui lui tenait plus à cœur.

"Écoute, princesse. Je t'ai aidée avec tes questions. Maintenant, c'est à ton tour de me remplir des faveurs."

Son ton désobligeant affaissa la bonne humeur de l'alicorne lavande.

"Je sais que t'es en possession de magie lunaire. Or il semblerait que cette magie appartienne à ma famille. Je tiens donc à la récupérer."

"Plaît-il ?" dit Twilight, pas trop prompte à satisfaire cette requête. Elle déposa sa tasse. "Pourrais-tu d'abord m'expliquer quelle est ta famille ? Depuis un moment tu mentionnes les Lux et les Skiá. À ce que j'ai compris en t'entendant en parler de manière évasée, ils s'agiraient de deux familles d'alicornes. Je vois juste ?"

Selifós soupira. "Oui. Durant plusieurs millénaires, bien avant qu'Equestria n'existe, les poneys étaient les sujets de deux empires. Ils étaient chacun gouvernés par deux familles d'alicorne : les Lux et les Skiá. Les premiers commandaient au soleil et au jour, tandis que les seconds dominaient la lune et la nuit. Moi-même, j'appartiens aux Skiá et possède la magie lunaire, qui est, était, et sera toujours l'héritage de ma famille."

"Pourtant, je possède aussi de la magie lunaire et je ne contrôle plus la lune. Est-ce parce que tu es plus puissant que moi ?"

Tu ne la possèdes pas. Tu l'usurpes, disait Nightmare Light avec mépris, le cœur gonflé d'orgueil, bien qu'il savait pertinemment que Twilight ne pouvait pas l'entendre. Une fausse alicorne n'a pas à posséder une telle magie.

"Ce n'est pas question d'être plus puissant ou non", dit Selifós en ignorant son Nightmare. "la lune n'obéit qu'à la magie lunaire la plus ancienne. En d'autres termes, elle ne se soumet qu'à l'autorité du doyen de la famille Skiá : c'est-à-dire moi. Si avant tu pouvais la contrôler, c'est simplement car j'étais au Tartare, où ma magie était neutralisée. Et dans cette situation, la lune ne pouvait plus recevoir mes ordres et était donc sous le contrôle de l'alicorne de ténèbres la plus âgée après moi. Et à cette même alicorne, il semble que tu lui aies volé sa magie."

"Heu... je ne lui ai rien volé", dit Twilight qui souhaitait arranger le malentendu. "Elle est mon amie et elle m'a seulement confiée la responsabilité de la lune et des rêves pour qu'elle puisse effectuer sa retraite."

En réaction, Selifós parut étonné. "Céder les pouvoirs de sa propre magie pour soi-disant se reposer est complètement absurde", dit-il, comme s'il avait l'impression de débattre avec une idiote. "Contrôler la lune est une responsabilité qui se doit d'être inaliénable car elle est directement liée à notre magie, et donc à notre identité et nos racines. Et puis... la responsabilité des rêves ? En quoi le voyage onirique est une responsabilité ?"

"Le... le voyage onirique ?" dit Twilight, confuse d'entendre ce terme pour la première fois.

"C'est comme ça que dans ma famille on appelle la capacité de voyager à travers les rêves. Mais dis-moi : en quoi voyager à travers les rêves est une responsabilité ?"

Cette fois, ce fut au tour de Twilight d'avoir l'illusion de parler avec un idiot. "Et bien... garder les rêves des poneys et vaincre leurs cauchemars. Ta famille ne le faisait pas, ça ?"

Une lueur apparut dans les yeux de Selifós. "Oh. Je vois. Et bien... c'est une utilisation... intéressante... et généreuse du voyage onirique. Bien que cela n'est pas nécessaire."

"Pas nécessaire ?" répéta Twilight encore plus confuse.

"Les Skiá connaissent bien mieux le voyage onirique que toi, Twilight. On sait de quoi on est capables avec, y compris ce que tu viens de dire. Mais on ne perdait pas notre temps à vaincre les cauchemars des poneys."

"Tu qualifies ça de perte de temps ?"

"Les cauchemars font ; comme les blessures, la douleur, la maladie, le chagrin... ; partis des petits désagréments de la vie. On apprend à vivre avec. Qu'on vienne aider les poneys à vaincre leurs cauchemars ou non, ça ne changera rien au déroulement de leur vie, de leur existence. Nous-même, les Skiá, avons occasionnellement des cauchemars, comme tout le monde. Personne n'est venu nous aider à les vaincre. Et pourtant, ça n'a rien changé de spécial dans nos vies. Il en irait de même pour les poneys d'Equestria si tu ne le faisais pas."

Jusque-là, la princesse acceptait de croire ce qu'il disait mais cette fois, sa crédulité laissa place au doute. Venait-il en toute franchise de dire que le travail, le sacrifice de Luna, n'avait pas de réelle valeur ? Aurait-elle souffert pour rien ? Non. Peu importa à quel point son apparent déni pouvait être flagrant, elle refusa d'y croire.

Selifós balaya le plafond du regard, avec un sourire moqueur. Il paraissait rire intérieurement. "Et puis... je me demande comment tu pourrais tenir un tel rythme. Tu gères les affaires politiques de jour, et les domaines de la nuit en même temps ? Tu ne dors jamais ?"

"Celle à qui j'ai pris la place m'a expliqué comment arranger ce détail", dit Twilight, en prenant soin de cacher l'identité de l'ex-princesse de la nuit, n'étant pas encore tout à fait sûre des réelles intentions de Selifós. "Elle m'a recommandé de faire comme elle : séparer mes huit heures de sommeil en deux siestes de quatre heures, réparties sur toute la durée de la journée, de jour comme de nuit. C'était un peu dur de s'y habituer au départ, mais maintenant je m'en suis pleinement accoutumée. Et au cas où j'ai le moral vraiment à bas, mes amies s'en occupent à ma place quand elles le peuvent."

Selifós ne le montra pas mais en réalité, au fin fond de son cœur, une colère noire venait de naître. Jamais. Jamais de toute l'histoire de sa famille, de toute l'existence de la magie lunaire, cette dernière n'avait été usée à ce point par de vulgaires mortels. Il fut révolté : il devait immédiatement mettre un terme à cette illégitimité et remettre l'héritage de sa famille entre des sabots dignes. Si tous les Skiá l'apprenaient à titre posthume, ils se retourneraient tous dans leurs tombes.

"Tu m'en diras tant", gloussa l'alicorne noir qui comprimait à l'intérieur de lui son courroux. "Mais ça ne change en rien le fait que cette magie ne t'appartienne pas. Et je compte la reprendre."

Twilight soupira, commença à de moins en moins supporter le ton exigeant de son interlocuteur. "Je veux bien comprendre que cette magie soit l'héritage de ta famille mais elle n'appartient pas à toi, individuellement parlant. La magie lunaire qui est en ma possession m'a été volontairement donnée par mon amie. Donc je suis en droit de la posséder."

"Et en tant que doyen des Skiá, il n'est pas seulement aussi de mon droit, mais aussi de mon devoir de veiller à ce que la magie lunaire ne soit pas utilisée par n'importe qui. Peu importe le choix entrepris par ta soi-disant amie, j'ai l'intention de te la réquisitionner. Et puis de toute façon, qu'est-ce que ça change à ta condition, dis-moi ? La lune ne t'obéit même plus."

"Peut-être, mais je peux encore me rendre dans les rêves et faire le travail de celle que j'ai actuellement remplacée. Dis ce que tu veux, mais je la garde", dit Twilight avec absolutisme.

"Ce n'est pas toi qui décides, Twilight", rétorqua Selifós avec détermination. "Pas plus que ces licornes qui se sont retrouvés à contrôler le soleil et la lune suite à la disparition des Lux et des Skiá."

La princesse de l'amitié tiqua de l'œil avec surprise. Qu'est-ce qu'il vient de dire ?

"Heu... " La princesse sembla préoccupée par quelque chose, ce qui lui fit oublier son emportement. "Tu le savais que les licornes avaient contrôlé pendant un temps le soleil et la lune ? Mais cela s'était produit pendant ton emprisonnement au Tartare. Comment peux-tu être au courant ?"

La volonté de Selifós à récupérer la magie de sa famille s'absenta quelques instants face à la nouvelle interrogation de la jument alicorne. Oui, c'était une très bonne question. Il hésita quelques instants après avoir laissé balader un bref coup d'œil dans un coin de la pièce, vers un détail qu'il n'avait pas remarqué jusqu'alors et qui le faisait froncer des sourcils. Puis il répondit.

"Après mon évasion du Tartare, j'ai enquêté sur l'actualité et le passé pour savoir comment le monde avait évolué sans moi. Et justement, avant mon arrivée à Equestria, quelqu'un m'a beaucoup aidé en termes de renseignement. Disons que j'ai rencontré... "

Il rejeta un autre bref coup d'œil dans le coin de la pièce vers ce qui avait attiré son intention tout à l'heure. Un draconequus était assis dans ce qui ressemblait à un siège de cinéma en train de manger du popcorn et semblait se divertir de la scène de théâtre. Et il semblait aussi que la princesse Twilight n'avait pas encore remarqué sa présence. En constatant que Selifós le fixait du regard depuis un petit moment, il releva légèrement les lunettes 3D posées sur son nez pour lui faire un coucou de sa serre.

"Une vieille connaissance", finit finalement le maître de la nuit, se demandant encore quel tour de malheur ce fichu draconequus machinait.

"Une vieille connaissance ?" répéta Twilight, interpellée. "Alors comme ça, il existe aujourd'hui quelqu'un qui te connaît, qui est au courant de tout ce que le monde avait oublié et ignoré de son passé ? Tu n'es donc pas le seul rescapé de cet ancien monde ?"

Selifós hocha de la tête. "Oui... il y en a un autre... en effet."

"Et je peux savoir de qui il s'agit ?" dit Twilight qui se remit innocemment à sourire dans sa curiosité.

Les lunettes 3D du draconequus s'envolèrent en battant des branches avec la même élégance qu'un papillon, ce qui dévoila un regard anxieux chez ce dernier. Il fit un autre signe pressant de la main, comme pour quémander à l'alicorne noir de ne pas le balancer.

Mais ce dernier ignora sa supplication. Il fit un signe de la tête à Twilight pour l'intimer à jeter un coup d'œil à sa droite. Et alors elle vit le draconequus. Des traits surpris apparurent sur le visage de l'alicorne lavande. L'intru gardait un silence nerveux, encore à anticiper ce qui allait se passer. Selifós, lui, continuait de fixer le draconequus d'un regard noir.

Un silence très gênant s'installa dans le salon privé, alors que les trois acteurs se renvoyaient tout à chacun le regard comme une balle de ping pong. Tous hésitaient à parler, vérifiant si quelqu'un d'autre allait faire le premier pas.

"Discord ?!", finit par lâcher une Twilight complètement sous le choc. "Mais qu'est-ce que tu fais ici ?!"

"Heu... " fit Discord, réfléchissant encore, alors que les yeux assassins de Selifós ne quittaient pas les siens d'une semelle.

Twilight balança une nouvelle fois le regard entre eux deux. "Vous... vous vous connaissez ?"

"Oui... " crachait presque l'alicorne, aux yeux de braise qui fixaient toujours Discord à la manière d'une lunette de visée. "Hélas."

"Discord ?" interrogea Twilight le fixant à son tour d'un air méfiant. "Peux-tu m'expliquer à quoi tout cela rime ? Tu étais au courant depuis le début de tout ce qu'il s'était passé ?"

"Bon", fit le draconequus en se levant de son siège qui venait tout juste de se vaporiser. "Ce n'est pas tout ça, mais j'ai un rendez-vous galant avec Fluttershy. À plus."

Twilight roula des yeux face à l'excuse bidon pour se défiler, alors que Discord lacéra une ouverture dans la réalité pour partir. Comment pouvait-il avoir un rendez-vous avec Fluttershy alors qu'elle savait qu'elle était trop occupée actuellement pour des raisons qu'elle ne savait aussi que trop bien ? Il ment, évidemment. Twilight l'attrapa à l'oreille avec sa magie avant que Discord ne s'en aille.

"Hepepep !" lui dit vivement la princesse en le tirant vers elle. "Où crois-tu aller comme ça, Discord ? Tu me dois quelques explications et je les veux !"

"Aïe !" fit Discord. "Arrête ça, ça fait mal !"

"Tu étais au courant depuis le début qu'il s'est évadé ?" insista Twilight en ignorant les geignements du maître du chaos. "Tu étais au courant de ce qu'il s'est passé il y a dix milles, vingt-mille ans ?! Tu étais au courant pour les Lux et les Skiá ? pour les humains ? et pour toutes les choses que je ne sais pas encore ? Depuis quand Selifós et toi vous connaissiez ? Hein ? Depuis qu– "

"Du calme, Twilight", dit calmement Discord qui eut fermé le clapet de la princesse d'un claquement de doigt... littéralement. "Tu croyais quoi ? Que j'étais né de la dernière pluie ? Comme toi ? Il ne t'était jamais venu l'idée logique que je sois bien plus âgé que juste mille ans comme tes deux autres chères princesses ?" Puis il eut un sourire cynique alors qu'il croisait les bras. "Allons, allons, Twilight. Fais preuve d'un peu plus de clairvoyance. Pour Selifós, bien sûr que je le connais. Il était même un cas très intéressant à l'époque ; à vouloir « transcender » le monde, comme il le dit si bien."

"C'est ça", dit Selifós d'un ton sec. "Parle de moi comme si je n'étais pas là."

Discord haussa des épaules avec indifférence face à l'hostilité de l'alicorne noir. Twilight, elle, dissimulait son indignation à l'égard du draconequus.

"Je suis même prête à parier que tu le savais dès le départ : pourquoi je ne contrôle plus la lune. Pourquoi ? Pourquoi tu ne m'as rien dit ?" dit-elle en plissant les yeux.

"Parce que tu ne me l'avais pas demandé", dit Discord, feignant d'avoir fait une erreur par mégarde. Puis il se remit à sourire, et même à rigoler. "Et puis, avoue-le, ça t'aurait gâché la surprise. T'aurais dû voir ta tête quand il t'a exhibé ses ailes." Il suffoqua presque à force de rire. Puis il s'essuya une larme dans le coin de l'œil. "J'ai failli étouffer avec un pop corn, tellement c'était impayable."

"Discord... " soupira une Twilight qui grommelait presque.

Discord songea ensuite à s'éclipser. "Bon. Ce bien beau tout ça, mais je n'ai rien de plus à ajouter." Il claqua des doigts pour faire apparaître des lunettes noires directement sur ses yeux, afin de partir avec style. "Allez. Sayonara", finit-il en disparaissant dans la réalité, comme s'il avançait dans de la brume.

"Discord ! Je ne t'ai pas autorisé à par– " Twilight se cogna contre le quatrième mur en voulant l'empêcher de se faufiler. Elle se frotta le museau pour apaiser la douleur. "Je déteste quand il fait ça", grogna-t-elle.

"Discord n'a pas à demander la permission pour faire ce qu'il veut", lui dit Selifós en se servant un thé, histoire de se changer les idées. "Il est le maître du chaos après tout. Qui peut prétendre avoir autorité sur lui, sinon lui seul ?"

"Ne crois pas t'en tirer comme ça, Discord !" se fâcha Twilight en criant presque, vers le ciel. "On se reverra forcément. Et là, il faudra vraiment qu'on parle."

Selifós ignora les propos de la princesse envers le maître du chaos. Il sirota son thé, sans trop se prendre la peine, peut-être à cause de la paresse, de mettre un sucre dedans. L'autre alicorne se rassit dans son canapé, encore furieuse contre cet ami dont il fallait toujours se méfier, malgré tout.

"Pour toi... " lui demanda-t-elle. "Qui est Discord à tes yeux ? Vu comment tu le regardais tout à l'heure, j'ai comme l'impression que tu le détestes."

Selifós but cul sec son thé et se renâcla la gorge. "Pour être le plus franc qui soit, un énorme connard. Et dire que je le déteste est un doux euphémisme."

Twilight hocha doucement la tête en l'entendant de quoi il qualifiait le draconequus. Elle le comprenait bien. "C'est vrai qu'il n'a jamais eu une conduite irréprochable. Mais les choses ont bien changé depuis qu'il a appris les vraies valeurs de l'amitié."

"Ah bon ? Vraiment ?" réagit Selifós totalement incrédule. "Depuis quand créait-il des liens avec qui que ce soit ? Discord est un antipathique, doublé d'un psychopathe. Il s'est toujours fichu du ressenti des autres. Pour lui, nous ne sommes que des marionnettes, juste bonnes à l'amuser. D'ailleurs, je le tiens pour responsable de toutes les guerres qui ont entre-déchiré les Lux et les Skiá, les conduisant ainsi à leur perte. Ces même guerres contre lesquelles j'ai tant lutté."

"Oui. Je sais qu'il n'a pas été quelqu'un de bon autrefois", approuva Twilight. "Mais je peux te l'assurer sur ma dignité en tant que princesse de l'amitié qu'il est devenu ami avec des poneys et qu'il ne cherche actuellement plus à semer la zizanie."

"Vraiment ?" Le maître de la nuit se redressa, toujours suspicieux. "Je veux bien te croire, Twilight. Mais moi je connais Discord depuis un nombre tel d'années que j'ai arrêté de les compter. Tout ça n'est qu'un jeu pour lui. Tu l'as peut-être fait changé d'avis mais dans le fond, il ne cessera jamais de jouer au plus malin avec nous, sinon peut-être dans sa manière de faire. Il n'y avait qu'à écouter ce qu'il t'a dit avant de partir pour se le prouver. Il se moque de tout. Il est au-dessus de tout ça. T'as peut-être réussi à lui faire changer sa philosophie, mais il ne changera jamais dans sa vraie nature."

"Oui. C'est vrai", concéda Twilight. "Mais au moins, il ne fait plus de mal à personne."

"Ça ne change en rien mon conseil : méfie-toi de lui."

"Je n'ai jamais dit que je lui faisais pleinement confiance, au contraire. Discord est trop imprévisible pour être totalement fiable."

Selifós souffla sa colère par ses nasaux. Il se frotta la patte en regardant dans le vide, repensant à une chose que Discord lui avait dite. "D'ailleurs, il y a une chose qu'il m'avait confiée. Une chose qui m'avait mis hors de moi quand je l'ai appris. C'était à propos de ce qui restait des Lux et des Skiá après leur dernière guerre, ainsi que de... " Il se morfondit alors que les derniers mots lui venaient.

"Qu'est-ce qu'il t'a dit ?" posa Twilight, curieuse.

Selifós débattit avec lui-même sur ce qu'il avait en tête. Il hésita. "Non. Je devrais d'abord en parler aux deux alicornes à qui tu as pris la place en tant que princesse, Twilight. Elle mérite d'en être les premières informées." Son regard revint vers l'alicorne lavande. "Discord m'a dit qu'elles s'appelaient Luna et Celestia. C'est bien ça leurs noms ?"

D'abord implicitement étonnée de constater que Selifós connaissait déjà leurs noms, elle demanda. "Pourquoi doivent-elles en être informées les premières ? Tu sais, j'ai l'intention de leur envoyer une lettre pour raconter notre rencontre. Tu peux me le dire tout de suite, et je le leur apprendrai par écrit."

"Non", dit Selifós avec un ton un peu plus résolu. "Cette information, elle mérite qu'on la leur apprenne en face. Discord ne m'en a rien avoué de manière explicite mais... je crois que ça concerne leurs parents."

"Leurs parents... " murmura Twilight, alors qu'une lueur s'agitait dans ses yeux.

Les parents de Luna et Celestia. D'aussi loin que la princesse s'en souvienne, d'après ce qu'elle avait appris dans les archives de la nation, Celestia et Luna étaient deux orphelines adoptées par la famille Blueblood plusieurs années avant la fondation même d'Equestria. Mais elle n'avait jamais réussi à trouver quoique ce soit sur leurs vrais parents de sang. Même Celestia, quand elle lui avait posé la question une fois, ne lui avait été d'aucune aide à ce sujet. Sûrement les deux sœurs avaient tout oublié ?

"C'est pourquoi j'ai besoin d'aller à leur rencontre", ajouta l'étalon. "Une fois que j'aurai récupéré la magie lunaire que tu t'es accaparée, je compte leur rendre visite. Elles et moi sommes du même sang. Elles sont mes petites-petites-petites-nièces à un nombre faramineux de degré et nous ne nous connaissons pas encore, certes, mais elles font partie de ma famille. Où pourrai-je les trouver ?"

"Elles sont parties mener leur retraite à Silver Shoals. Je ne t'empêcherai pas de te joindre à elles si la famille est une notion importante à tes yeux." Et le ton de la princesse changea brutalement. "Et je ne me suis pas accaparée sa magie ! Elle me l'a donnée de son plein gré !"

"Où se trouve cette ville ?" interrogea Selifós qui restait de marbre face aux exactions de la jument.

"Il y a un petit littoral au sud-ouest d'Equestria", soupira la princesse. "C'est là qu'elles habitent désormais."

"Je te remercie." Selifós se leva. "Je sais que t'as probablement envie d'en savoir bien d'avantage du passé du monde mais je ne veux pas m'éterniser ici plus longtemps. J'ai l'intention de quitter Canterlot d'ici cette nuit. Je voudrais seulement récupérer la magie de Luna avant de partir. Discord m'a dit que tu possédais une amulette qui te permet d'utiliser cette magie. Je voudrais y jeter un petit œil."

"Non. Je te l'ai déjà dit, je ne me séparerai pas de cette magie : j'en ai besoin."

"De ton point de vue, peut-être. Mais du mien j'en doute fort", répliqua l'alicorne nocturne, avec un ton de défiance dans la voix.

"Et puis de toute façon, qu'est que tu vas en faire de cette magie lunaire ?" attaqua Twilight qui retrouvait son emportement de tout à l'heure.

"Ce qui en doit être fait : la rendre à sa propriétaire légitime."

"C'est inutile. Elle m'a volontairement donnée cette magie, et elle te dira de me la rendre."

L'alicorne de la nuit gloussa. "Je doute que son Nightmare en sera du même avis. De toute façon, je tiens à en discuter sérieusement avec elle de ce sujet."

"Son... son Nightmare ?" balbutia Twilight perturbée, bien qu'elle croie comprendre à quoi il faisait allusion.

"Qu'on soit bien clairs, princesse", lui dit solennellement Selifós. "J'ai clairement l'intention de prendre sa magie de ton amulette, que tu le veuilles ou non. La magie des Skiá ne t'appartient pas et je suis donc dans l'autorité de te la confisquer." Sa voix devint plus ferme. "Quelles qu'en soient les circonstances ; et les conséquences."

Twilight croisait les yeux durs de Selifós avec désinvolture et flegme. Au fond d'elle, elle était tentée de le laisser prendre la magie de Luna ; pour pouvoir ensuite le narguer lorsqu'il s'apercevra que cette dernière la lui rendra aussitôt. Elle se disait que ce serait parfait comme leçon d'humilité pour cet étalon qui depuis tout à l'heure la regardait de haut, avec ses airs hautains. Mais elle ne pouvait pas prendre le risque de laisser la dimension des rêves et les cauchemars sans surveillance à cause d'un pari puéril.

Elle rassembla toutes les notes sur papier qu'elle avait écrites, les mêmes notes qui pourraient servir à développer l'histoire des poneys et ainsi faire meilleure lumière sur leur passé. Elle se leva.

"Cet entretien est terminé", dit Twilight. "Si tu peux m'excuser, je viens de me rappeler que j'avais d'autres choses urgentes à régler." Elle s'avança vers la sortie pour quitter le salon. "Notamment l'affaire des monstres qui se sont échappés... par ta faute, au rappel."

"Ne prends pas mon avertissement à la légère, princesse", menaça Selifós avec un ton extrêmement sérieux. "Ma décision est prise. J'espère que tu vas changer d'avis parce que sinon – "

"Sinon quoi ?" coupa Twilight, comprenant très vite l'ultimatum qui venait de lui être lancé.

L'alicorne noir souffla pour laisser retomber l'agressivité qui continuait de grimper en lui. "Ne m'oblige pas à en arriver là."

Twilight réfléchit un instant. Puis elle dit, prudente. "Écoute, Selifós. Il n'est pas nécessaire de se battre juste pour ça. Je comprends que la sauvegarde de l'héritage de ta famille soit importante pour toi. Sauf que j'ai besoin de cette magie pour m'en tenir à mes responsabilités. S'il y a un conseil que je peux te donner, ce serait de d'abord aller voir Luna, le lui expliquer et lui demander ce qu'elle en pense. Et nous verrons bien pour qui elle va trancher."

Elle ouvrit la porte pour se retirer mais elle stoppa nette dans son mouvement. Elle avait failli oublier de lui préciser une chose importante. Elle tourna la tête et lui fit une dernière remarque.

"Ah. J'ai failli oublier, Selifós. Je comprends que tu veuilles rendre visite à Luna et Celestia à Silver Shoals au plus tôt, mais je voudrais que tu restes en ville jusqu'à au moins demain. Tu es un évadé du Tartare et il me faut décider avec le Conseil de l'Amitié de ce qui doit être fait. Ne quitte pas la capitale tant que nous n'avons pas fait une mise au point et pris une décision à ton sujet. S'il-te-plaît."

Puis la princesse referma la porte derrière elle, laissant Selifós un peu sur le carreau. La furie revint subitement en lui, alors que son visage se tendit de plus en plus afin de maintenir sa colère toujours grandissante à l'intérieur. Hors de question de se tourner les sabots ici pendant que de stupides mortels, condescendants et prétentieux, jugeraient de son sort dans son dos ! Et personne ne l'empêchera de rejoindre ses nièces quand il l'entend !

Je rêve ou cette garce aux fausses ailes nous a envoyés balader ? enrageait Light du plus profond de son cœur noir.

Quand je pense que je me suis montré patient et gentil avec elle... Pensa Selifós qui se dévoilait la face. Ce n'était finalement qu'une perte de temps.

Je te l'avais pourtant bien dit, soupira encore la pensée sombre. Et maintenant ? Tu te décides enfin à lui faire payer pour son insolence ?

Oui, lui dit-il gravement. Je vais lui faire manger ses mors.

Note de l'auteur

Alors... au passage où j'ai supposé que Grogar n'avait pas réellement créé les monstres, mais les humains, je crois que j'en ai perdu plus d'un. Donc je juge légitime que vous recevez quelques explications.

Non, je vous rassure, je ne suis pas en train de cracher sur Grogar, et je crache encore moins sur le canon (ce que je me suis promis de ne pas faire). En fait, c'est plus compliqué que ça. Dans ma fanfic', j'insère la notion du doute et de l'erreur de jugement. D'ailleurs, si vous en parlez à un historien dans la vraie vie, il vous dira toujours qu'il est très difficile de déterminer exactement ce qu'il s'est vraiment passé parce que certains récits historiques peuvent être, volontairement comme accidentellement, modifiés, falsifiés, fantasmés, voire tout simplement détruits ou complètement inventés ; et qu'il est du coup très facile de faire des erreurs de jugement si on ne prend pas un peu de recul.

Ici, le principe est exactement le même, et reviendra sur le devant de la scène dans le chapitre VI, où j'aborderai la question des licornes qui contrôlaient jadis le jour et la nuit. Donc l'idée en fait, c'est que Grogar avait réellement été surnommé Père des Monstres, mais que tout le monde à l'époque de Twilight a pris son surnom au premier degré alors qu'il peut être en réalité tout autre (plus au sens symbolique de la chose vous voyez ?). Après tout, Stalin se faisait bien surnommer "Le Petit Père des Peuples", et ce n'est pas pour autant qu'il a engendré ou créé les peuples. Donc gardez bien ça à l'esprit avant de faire une critique sur ce détail.

Mais ne vous inquiétez pas. L'histoire de Grogar vous sera montrée un peu plus en détail dans les appendices de la fiction (car oui, il y aura des appendices après la partie histoire). Il aura même le droit à son quart d'heure de gloire dans l'appendice E. Donc je vous demande juste de me faire confiance et de ne pas abandonner la lecture ou me lapider en commentaire juste parce que j'aurais proféré une hérésie (s'il-vous-plaît T_T).

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