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Chapitre unique

L’amour. Quelle chose bien étrange. Certains l’attendent, le cherchent toute leur vie sans jamais le trouver. D’autres, bien moins rêveurs, n’y croient pas, ne l’attendent pas. Pourtant, il arrive que de temps à autre, dans un élan de bonté, l’univers daigne nous donner notre âme sœur. Cette histoire, similaire à un conte de fée, commence sur ces notes classiques. Il était une fois…

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Dans le petit train reliant la majestueuse cité de Canterlot au petit village de Poneyville, tout semblait calme. Trop calme. On n’entendait pas une mouche voler. Quiconque ayant pénétré le véhicule ce jour-là aurait compris la cause de cet ennuyeux calme : les wagons étaient vides. Aucun poney, mis à part le conducteur, quelques gardes et une invitée des plus particulières, n’avait embarqué dans ce train. Certes, les poneys de la haute société résidant à Canterlot ne se bousculaient pas pour passer un moment loin de leur confort habituel, cependant jamais les wagons ne furent aussi vides que ce jour-là.

Dans ce wagon se tenait, solitaire, une petite alicorne. Son pelage bleu clair ainsi que sa crinière blonde où se mêlaient des mèches bleu nuit la rendaient atypique, une telle combinaison de couleurs était des plus rares. La Cutie Mark apposée à son flanc représentait une magnifique étoile couleur améthyste, en son centre trônait une délicate plume d’oie similaire à celles utilisées pour l’écriture. Les rares privilégiés ayant un jour eu la chance de poser leur regard sur elle étaient sans appels : elle était mignonne à n’en point douter. À cette simple pensée l’alicorne rougissait jusqu’aux oreilles et se plongeait dans la première activité venue pour cacher sa gêne. Elle n’était certainement pas mignonne.

Le voyage avait été long, les paysages n’avaient cessé de défiler sous ses yeux indifférents jusqu’à ce qu’elle finisse par reporter son attention sur ses bagages. Les affaires qu’elle avait emportées étaient, somme toute, assez sommaires. Quelques vêtements au cas où elle devrait faire une apparition en public, une poêle dont elle ne se séparait jamais, une dizaine de tablettes de chocolat – ses parents lui ayant interdit d’en emporter davantage – et une immense pile de livres dont la plupart n’avaient pas encore été ouverts.

Notre jeune protagoniste avait, dans sa grande innocence, ouvert le premier ouvrage de sa pile qui ne s’avéra être rien d’autre qu’un magazine. D’abord convaincue de son inintérêt, elle s’apprêtait à le ranger et passer au prochain livre lorsqu’elle parcourut les images. Le rouge lui monta aux oreilles et même au-delà si ce fut possible. Le magazine présentait de jeunes et jolies juments, de merveilleuses images dans lesquelles l’alicorne se perdit durant des heures. Ses yeux étaient notamment restés rivés sur une magnifique pégase au pelage rose et à la crinière noire.

Ce fut un garde tapant à la porte qui vint la tirer de ce doux moment de rêverie. Paniquant à ce que quiconque découvre son précieux trésor, l’alicorne ouvrit la fenêtre à côté d’elle et jeta en vitesse l’ouvrage interdit. Son geste fut juste assez rapide, une seconde plus tard le garde pénétrait dans son wagon.

« Mademoiselle Amethyst Star, nous arrivons. Vous savez ce qu’il vous reste à faire ! » déclara le poney blanc d’un ton neutre.

Le garde ne s’était pas adressé à elle avec le respect que ses confrères accordaient habituellement aux alicornes. En réalité personne ne s’était jamais adressé à elle avec respect, compassion ou amitié. Mais à quoi devait-elle s’attendre, elle, l’alicorne la plus faible de tout Equestria ? Soupirant doucement elle sortit de ses bagages une amulette qu’elle activa sans trop de difficulté, son niveau de magie lui permettant au moins cela. Dans un éclair blanc, le sort contenu dans l’amulette s’activa. Ses ailes commencèrent à disparaître lentement, lui retirant aux yeux de tous ses attributs hors normes. Les poneys ne devaient pas connaître l’existence de la honte des alicornes.

Le garde se retira alors, laissant la pauvre Amethyst Star seule. L’alicorne dépitée regarda par la fenêtre, pensant à son doux trésor parti à jamais. Sans s’en rendre compte elle commença à masser délicatement sa corne de son sabot.

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Le train arriva en gare, crachant la fumée sur ses côtés, comme un soupir de soulagement après un long effort. Doucement, la petite Amethyst Star descendit de son wagon, ses bagages la suivant dans son sillage. L’alicorne déguisée se retourna une ultime fois. Les gardes ne la suivaient pas. Évidemment, une simple licorne accompagnée par une escorte aurait paru étrange aux yeux de tous. Si seulement ils avaient pu lui porter ses bagages. N’étant pas assez puissante pour les soulever magiquement, la princesse devait se contenter de les déplacer au sol à l’aide de roulettes. C’était extrêmement humiliant !

La gêne finit par devenir banale pour l’alicorne, aucun passant ne lui accordait réellement d’attention, sauf pour la fixer d’un regard empli d’émerveillement face à une petite licorne si mignonne. Après plusieurs minutes d’errance Amethyst Star se résigna à demander son chemin au premier poney venu. Celui-ci, en apprenant sa destination, s’étonna d’abord mais la lui indiqua tout de même de bon cœur. Suivant les indications, l’alicorne se rendit au lieu indiqué. Elle arriva quelques minutes plus tard devant une petite maison, celle-ci n’avait rien de particulier. Typique aux habitations de Poneyville : une maisonnette au toit de chaume, l’armature en bois, clairement visible, entourait les murs comme pour créer un aspect chaleureux bien différent des murs blancs lisses de Canterlot.

Il n’y avait pas de doute possible, c’était ici. Amethyst Star avait fait tout ce chemin pour le rencontrer, lui, il n’était pas question qu’elle renonce maintenant… mais pas non plus qu’elle se ridiculise. Par souci d’image elle déposa ses affaires à côté de la porte avant d’y toquer. Une seconde passa, puis deux, puis cinq. Aucune réponse. Vexée de ne pas recevoir de réaction immédiate, l’alicorne frappa une seconde fois. Toujours rien. Il ne pouvait pourtant pas être ailleurs, personne ne l’avait vu sortir de la journée. Regardant à droite puis à gauche, elle se décida finalement à forcer magiquement la serrure. Celle-ci ne lui résista pas longtemps, Amethyst avait l’habitude de crocheter celle de sa chambre lorsque son ventre réclamait en pleine nuit le chocolat lui revenant de droit.

La porte s'ouvrit sur une pièce plongée dans l’obscurité. Quelques livres traînaient en bazar dans ce que l’alicorne assuma être le salon. En observant les bougies placées sur la table de lecture elle s'aperçut que celles-ci avaient fondu jusqu’à s’éteindre, faute de mèche. Il était probablement arrivé quelque chose au propriétaire de la maison. Peut-être avait-il fait un malaise. À cette simple pensée Amethyst Star se mit à paniquer. Elle était la dernière personne à être rentrée dans la maison, si son propriétaire avait eu un problème l’enquête mènerait directement à elle. On l’arrêterait et l’emprisonnerait jusqu’à la fin de ses jours. C’était inadmissible !

Paniquée, Amethyst se mit à fouiller chaque pièce de la maison à la recherche du poney évanoui, en vain. Après plusieurs longues minutes elle se permit de souffler : il n’était pas là. Sa seconde pensée fut cependant moins rassurante. S’il n’était pas à l’intérieur de sa maison ça signifiait qu’il était parti, il pouvait donc revenir à tout moment. Elle devait sortir et vite. Prenant ses pattes à son cou, l’alicorne s’enfuit en direction de la porte d’entrée. Si elle croisait le propriétaire elle lui expliquerait que la porte était déjà ouverte lorsqu’elle était arrivée. Il la croirait. N’est-ce pas ?

Perdue dans ses pensées, ses inquiétudes et sa panique, Amethyst ne vit pas le pégase dans lequel elle rentra violemment. Le choc envoya l’alicorne au sol tandis qu’il déstabilisa le poney. Celui-ci, après avoir retrouvé son équilibre, se pencha sur la petite licorne sonnée, visiblement étonné de la croiser.

« Qu’est-ce que tu fais ici, petite ? » demanda-t-il.

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« Je vois… Et tu as pensé que je te confondrais avec une cambrioleuse et tu as préféré t’enfuir », marmonna le pégase, la joue gonflée à cause du coup qu’il s’était pris.

Amethyst Star hocha la tête. Elle s’en voulait encore pour son action. Elle qui détestait qu’on lui rappelle sa taille légèrement en-dessous de la moyenne avait réagi au quart de tour, davantage par habitude que par réelle vexation, lui envoyant un formidable uppercut magique en pleine joue. Après avoir aidé le pégase à se relever, et surtout à amoindrir la douleur, ils s’étaient installés dans deux confortables fauteuils pour discuter.

Le pégase à qui l’alicorne faisait face possédait un pelage vert pomme, une crinière et une queue d’un noir de jais et une Cutie Mark représentant un rouleau de parchemin sur lequel une plume s’appliquait à rédiger un récit incompréhensible.

« Bon… Au moins je sais ce que tu faisais ici. Mais qu’est-ce que tu me voulais au juste ? »

« Hé bien… »

L’alicorne ne savait pas comment répondre à cette question sans paraître hystérique. Elle était fan du travail du pégase assis face à elle et avait peur de devenir d’un instant à l’autre ce que les jeunes poneys appelaient « une fangirl ». Pour toute réponse, elle décida finalement de plonger le nez dans ses affaires pour en sortir un gros roman. La couverture représentait une créature étrange que personne en Equestria n’aurait pu ne serait-ce qu’imaginer. À la vue de cet ouvrage le pégase sourit.

« Je le reconnais, c’est mon livre. Tu es une fan ? »

Nouveau hochement de tête.

« Je suppose que tu voudrais donc un autographe. »

L’alicorne secoua la tête en signe de protestation. Ce n’était pas ceci qu’elle était venue chercher, bien qu’elle en ait sincèrement envie. Par nécessité pour clarifier la situation elle ouvrit la bouche mais, ne sachant pas comment clarifier la situation, se mit à bafouiller.

« Non… Je… »

Elle ne put poursuivre sa phrase que le pégase la coupa déjà, les yeux émerveillés.

« Tu es trop mignonne quand tu bafouilles ! » s’exclama-t-il.

Les joues d’Amethyst virèrent au rouge tomate. Si ses ailes n’avaient pas disparu elles se seraient majestueusement dressées dans un bruyant « Boing ».

« Je ne suis pas mignonne ! » s’exclama-t-elle en retour.

Le pégase eut du mal à garder sa contenance.

« Excuse-moi mais dans cette situation c’est difficile de te croire. »

L’alicorne marmonna quelque chose comme quoi il disait n’importe quoi avant de se reprendre.

« Bref… Pour en revenir au sujet de notre conversation, je suis venue car je cherche moi aussi à écrire un livre. »

-Oh. Tu aimerais que je te donne des conseils ?

-J’aimerais surtout voir comment vous vous y prenez. Je n’arrive même pas à aligner deux mots correctement et vous… Vous écrivez un roman sans aucune expérience ou éducation particulière ! »

Le pégase sourit.

« Tout le monde peut écrire, ma petite. Certains ont juste un talent inné qui leur facilite la tâche ! »

En réponse aux propos du pégase, l’alicorne désigna sa Cutie Mark.

« J’ai moi aussi ce talent, pourtant je n’arrive pas à l’exploiter correctement. Tout ce que j’écris finit dans une poubelle ! »

C’était vrai. Amethyst Star avait cherché, depuis l’obtention de sa Cutie Mark, à réaliser un roman qu’elle jugerait assez bon pour être publié. Le problème restait la qualité. Ce qu’elle écrivait ne parvenait jamais à la satisfaire, il y avait toujours une répétition, une phrase trop longue, des dialogues irréalistes et mécaniques, trop peu naturels. En un mot elle n’écrivait que des déchets dont la place était parmi les autres déchets.

Le pégase se redressa et lui adressa un sourire chaleureux.

« Es-tu sûre que ce que tu écris est si mauvais ? On a tendance à se juger bien plus sévèrement que de raison lorsqu’on écrit. Je suis certain qu’une petite licorne cultivée et mignonne comme toi parviendrait à écrire un chef-d’œuvre sans problème ! »

Amesthyt se serait volontiers enfoncée davantage dans son fauteuil si les lois de la physique le lui avaient permis. Elle prit faiblement la parole, les joues repeintes en rouge écarlate.

« Je ne suis pas…

-Mignonne. J’ai compris. Mais je ne peux pas m’en empêcher, c’est marrant de te voir réagir comme ça ! »

L’alicorne se reprit. Elle avait déjà perdu suffisamment de temps comme ça, il fallait rentrer dans le vif du sujet dès maintenant ou il serait trop tard.

« Bref. J’aimerais rester avec vous quelques jours. »

Le pégase fut légèrement déstabilisé face à cette demande.

« Rester… avec moi ?

-Oui. Je voudrais vous observer, voir comment l’inspiration vous vient, comment vous écrivez et vous corrigez. Je veux découvrir comment écrit un auteur dont j’apprécie le travail !

 -Hé bien… Je suppose que tu peux rester… Tu n’as pas l’air de prendre beaucoup de place après tout. »

Pour toute réponse à cette déclaration Amethyst gonfla ses joues, vexée. Elle fut si mignonne dans ce moment que le pégase crut faire une attaque cardiaque.

« Hey hey hey. J’ai dit que tu pouvais rester, ce n’est pas ce que tu voulais ? »

Elle lui répondit en retour, n’ayant rien perdu de sa vexation.

« Je ne m’attendais pas à ce que vous soyez aussi malpoli ! »

Le pégase se gratta l’arrière du crâne, il ne s’attendait pas à ce que cette licorne puisse se vexer si facilement. Il n’était pas vraiment bon avec les gens mais des excuses lui semblaient appropriées dans cette situation.

« Bon… Je regrette si je t’ai blessé, je ne pensais pas à te faire du mal ! J’aime taquiner les poneys mais jamais à leur détriment. Est-ce que… tu me pardonnes ? »

L’alicorne décida finalement de laisser le pégase tranquille. Après tout elle l’avait suffisamment tourmenté comme ça et il s’était excusé.

« Ce n’est rien. Je n’ai juste… pas l’habitude qu’on me parle de ma taille pour autre chose que me réprimander. »

Le pégase se leva de son siège, s’approcha de l’alicorne et posa un sabot délicat sur la crinière blonde/bleu nuit de la petite licorne qui lui faisait face.

« Ne t’inquiète pas. Tu n’auras jamais le moindre problème avec moi et certainement pas de ce genre-là. »

L’alicorne le contempla, figée. Elle n’avait pas l’habitude qu’un poney se retrouve aussi près d’elle, bafouant son espace personnel pour la réconforter. Il était si près…

« Je… Merci », bafouilla-t-elle. Trop près.

Le pégase sourit et se recula pour lui tendre le sabot.

« Les présentations n’ont pas été faites je crois. Je m’appelle Ground Writer. Et toi ? »

D’abord hésitante, Amethyst finit par saisir le sabot tendu.

« Amethyst Star, enchantée. »

Le pégase perdit soudainement sa mine joyeuse. Il venait de penser à quelque chose, quelque chose d’extrêmement grave.

« Au fait… Je n’ai pas pour habitude d’héberger du monde chez moi alors… On va devoir dormir dans le même lit ! »

« Ah. »

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Cela faisait désormais trois jours qu’Amethyst Star avait emménagé chez Ground Writer. La première nuit avait certainement été la pire, ayant lu un nombre impressionnant de romances elle savait que toutes les histoires d’amour écrites par de mauvais auteurs commençaient ainsi : deux protagonistes de sexe opposés dormant ensemble, dans les sabots de l’autre, leurs corps s’unissant dans… Il fallait vraiment qu’elle arrête de se faire des idées.

Le jour qui avait suivi s’était révélé plus calme. Ground Writer n’était pas un écrivain acharné, un rien pouvait le distraire et cela Amethyst l’avait compris. Elle se contentait donc de rester dans son coin, observant discrètement le pégase à l’œuvre. En le voyant manier sa plume d’un sabot expert l’alicorne s’interrogeait. Comment parvenait-il à être aussi performant, à faire suivre les mots l’un après l’autre sans jamais douter de leur qualité ? Ces questions ne trouvèrent jamais leur réponse lors des deux jours qui suivirent.

Lors du troisième jour, après que Ground Writer eut achevé un gros chapitre de son prochain roman nommé « La Légende de l’harmonie », celui-ci s’approcha de sa petite protégée en silence, sans qu’elle ne le remarque.

Amethyst Star lisait un gros ouvrage mythologique supposé décrire le lieu de naissance des princesses Celestia et Luna ainsi que sa chute. L’alicorne roulait des yeux à chaque chapitre. Ce roman était vraiment irréaliste. Une cité de cristal bâtie au sein même d’une montagne et remplie d’alicornes similaires à elle, franchement qui y croirait ? Son auteur, un poney terrestre dont le nom avait été oublié au fil des siècles, aurait eu sa place dans un asile de fou. Enfin… Ce roman était divertissant, que demander de plus ?

Sans quitter son livre des yeux Amethyst fit voleter une tasse de chocolat chaud, il fallait vraiment qu’elle réduise la dose ou elle finirait par grossir, et l’approcha de sa bouche entrouverte.

C’est ce moment-là que Ground Writer choisit pour bondir sur l’alicorne, poussant son terrible cri de chasse.

« BOUH. »

L’effet fut immédiat, Amethyst Star sursauta et perdit du même coup le contrôle de sa magie. Le chocolat chaud se déversa alors sur le crâne du pauvre pégase qui poussa un immense cri de douleur.

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAH. C’EST CHAUD !!! » hurla-t-il.

Il se précipita jusqu’à la cuisine pour se faire couler de l’eau froide sur la tête. Amethyst en profita pour reprendre son souffle, son cœur battant si fort qu’il aurait pu jaillir de sa poitrine en arrachant tout sur son passage.

« C’est le principe du chocolat chaud, baka ! » lui lança-t-elle.

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Une fois l’incident clos, Ground Writer ayant empêché le chocolat de faire fondre son cerveau et Amethyst Star d’avoir frôlé la crise cardiaque, les deux compagnons se retrouvèrent dans le salon. L’alicorne fut la première à ouvrir la bouche.

« Vous avez failli me tuer ! » s’exclama-t-elle en bougonnant.

Ground Writer sourit face à la plainte de sa licorne préférée.

« C’est réciproque. Pardonné ? »

Joignant le geste à la demande il tendit un sabot en signe de paix. Si Amethyst Star hésita dans un premier temps elle finit tout de même par le saisir.

« Pardonné ! »

Le pégase lâcha un soupir de soulagement devant l’acte de l’alicorne.

« J’avais peur que tu ne m’en veuilles pour ça ! »

Amethyst ricana en apprenant cette crainte. Ground Writer de son côté eut du mal à ne pas pousser un cri tellement sa protégée fut mignonne dans ce moment.

« Je ne suis pas si rancunière. Si c’était le cas je serais partie dès mon premier jour… »

Ses joues se mirent à regonfler au souvenir de la première phrase que lui avait accordé le pégase.

« Je ne suis ni petite ni mignonne pour rappel ! »

Au prix de lourds efforts Ground Writer put approuver ses dires.

« Oui… Tu as raison ! »

Amethyst se décrispa légèrement et reporta toute son attention sur le poney lui faisant face.

« Vous vouliez me parler de quelque chose ou juste me faire peur ?

-Hum… un peu des deux en fait… Mais je voulais surtout parler de toi ! »

Elle rougit jusqu’aux oreilles en entendant ces mots.

« De… De moi ? »

Ground Writer hocha la tête.

« Oui. Ça fait trois jours que tu es ici et tu n’as rien appris !

-Je… Hum… Je lis ce que vous faites. Ce n’est pas suffisant ?

« Lire est une excellente activité. Elle permet d’enrichir ton vocabulaire, t’imprégner de la manière de décrire les histoires et découvrir comment rendre ton récit plus passionnant. Mais ce n’est pas tout, tu dois aussi t’exercer pour mettre tes connaissances à profit. Dans le cas contraire celles-ci te seront tout bonnement inutiles ! »

L’alicorne qui s’était dans un premier temps abreuvée des paroles de son maître écrivain le regarda finalement d’un air dérangé.

« Vous aussi vous avez lu « Comment écrire un roman pour les nuls » de la princesse Twilight, n’est-ce pas ? »

Le pégase se gratta la nuque du sabot, gêné.

« Ah. Toi aussi… Ouais. Je l’ai lu. Mais il n’y a aucune honte à ça, tout débutant doit connaître les bases pour espérer progresser. Il peut les comprendre par lui-même ou écouter les conseils des experts. »

« … Ce que j’ai choisi » marmonna-t-elle.

« Exactement, Ame.

-Si vous n’avez rien d’autre à me dire… Je crois que je ferais mieux de rentrer chez moi ! »

Ground Writer, d’abord ébranlé par cette révélation, l’attrapa par le sabot.

« Hey hey hey. Comment ça « je ferais mieux de rentrer chez moi » ? »

Amethyst soupira.

« Je vous apprécie, Ground Writer. Sincèrement. Seulement… Je suis venue ici pour apprendre à écrire, pas pour passer du bon temps. S’il n’y a rien que vous puissiez faire pour moi… je trouverai un autre auteur ! »

Le pégase prit un air paniqué.

« Ne dis pas ça. Je vais t’apprendre, tu vas voir ! »

Sans aucun signe avant-coureur il prit l’alicorne dans ses sabots, la souleva – sa petite taille aidant énormément – et la positionna devant le bureau où il avait passé la matinée à écrire. Durant tout le processus l’alicorne poussa un cri de surprise mais, cette fois, Ground Writer n’en tint pas compte.

Une fois Amethyst installée et calmée le pégase désigna trois objets dispersés sur le bureau.

« Voici une feuille blanche, une plume d’oie et de l’encre. À ton avis que manque-t-il pour qu’une histoire naisse de ces objets du quotidien, une histoire capable de t’amener jusqu’à chez moi ? »

Amethyst se mit à rougir face à son ignorance. Toute sa vie elle avait pensé que l’écriture n’avait pas besoin de plus. Une feuille, une plume et de l’encre. Trois ingrédients indispensables. Pourtant son ami pégase prétendait qu’il en manquait un et, au vu de ce qu’il avait dit, il s’agissait du plus important.

Pour toute réponse l’alicorne murmura en baissant honteusement la tête.

« Je… Je ne sais pas. »

Ground Writer sourit en lui caressant délicatement la crinière.

« Ce qu’il manque c’est un auteur avec l’imagination pour créer des histoires, le désir de faire rêver ses lecteurs et le courage de leur présenter son texte, qu’il le juge suffisamment bon ou non. Tu comprends, Amethyst ? Toi et moi sommes l’ingrédient le plus important pour écrire une bonne histoire ! »

Amethyst contempla le pégase. Il n’avait pas hésité ou insisté, il ne citait pas un autre ni ne cherchait à la rassurer. Tout ce qu’il venait de dire il y croyait, il pensait vraiment qu’elle était un élément indispensable pour écrire une histoire qui plairait aux poneys qui l’entouraient. Une histoire dont elle pourrait être fière. Il croyait en elle et en ses capacités.

À cette simple pensée l’alicorne se mit à pleurer de joie, ce qui ne manqua pas de déstabiliser Ground Writer.

« Tu… Tu pleures ? »

L’alicorne sécha ses larmes.

« Ce… Ce n’est rien. Ce sont des larmes de joie !»

Elle se retourna alors et enlaça le pégase jusqu'à ce que son pelage vert clair vire au bleu.

« Merci… Merci de croire en moi ! » le remercia-t-elle de tout son cœur.

Après avoir échappé de justesse à une mort par étranglement Ground Writer lui sourit.

« Tu n’as pas à me remercier. Tu es une artiste innée, Amethyst. Tu peux écrire des histoires magnifiques, ça se voit dans ton regard… et sur ton flanc aussi ! »

L’alicorne s’empressa de masquer son flanc d’un sabot tout en prenant la couleur d’une tomate.

« Toujours le mot pour rire ! » marmonna-t-elle.

Le pégase s’esclaffa face à cette réaction qui mêlait de la gêne et un aspect mignon puis, après s’être légèrement calmé, donna à l’alicorne une plume reposant dans un encrier. Amethyst voyait parfaitement où son maître d’écriture voulait en venir, il voulait lui montrer qu’elle en était capable, qu’elle manquait juste de confiance en elle. Sans un mot l’alicorne saisit magiquement la plume et commença à écrire.

Ne désirant pas gêner davantage son amie avec ses plaisanteries de mauvais goût, Ground Writer préféra se retirer silencieusement.

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C’est quelques heures plus tard que le pégase revint pour voir où en était sa précieuse amie. En balayant la pièce du regard il fut étonné de la quantité de feuilles chiffonnées et balancées en boule par terre. Au bureau se tenait assise une licorne écrivant au sabot, sa corne fumante indiquait qu’elle avait beaucoup trop utilisé la magie pour continuer à s’en servir. Ground Writer s’approcha lentement d’elle jusqu’à poser un sabot sur l’épaule de sa protégée.

« Amethyst… Ça va ? »

Pour toute réponse l’alicorne se retourna, les yeux emplis de larmes et se jeta dans ses sabots.

« Je… Je n’y arrive pas ! Mes… Mes parents avaient raison… Je… Je suis leur pire échec ! » bafouilla-t-elle alors que les larmes ruisselaient sur ses joues.

Le pégase l’enlaça paisiblement et lui murmura à l’oreille.

« Tout va bien, ne t’inquiète pas. Sèche tes larmes et dis-moi exactement ce qui ne va pas ! »

Amethyst Star mit plusieurs dizaines de secondes à se calmer avant de finalement indiquer les feuilles de papier reposant au sol.

« J’ai suivi vos conseils, j’ai écrit en sachant que sans moi aucune bonne histoire ne pourrait naître sur du papier. Je réussissais, ce que j’écrivais me plaisait enfin mais… » Son regard s’emplit à  nouveau de larmes. « Mon écriture n’était qu’un problème, je n’arrivais même pas à imaginer une bonne histoire ! »

Ground Writer regarda l’alicorne. Il comprenait d’où venait son problème, il avait lui-même dû y faire face et avait pu le surmonter par une grâce du destin qui avait mis entre ses sabots un véritable joker. Amethyst méritait de connaître la vérité.

« Ne t’inquiète pas, nous nous occuperons de ça demain. Allons plutôt dormir, tu m’as l’air bien fatiguée ! »

L’alicorne se leva et suivit le pégase comme une enfant suivrait un parent. C’est après être arrivée dans la chambre qu’elle tourna son regard vers son ami. Le service qu’elle désirait lui demander était énorme, colossal même. Elle ignorait s’il accepterait et pourtant… Elle voulait lui demander.

« Je… Enfin vous… Est-ce que vous pourriez… dormir avec moi ? » bafouilla-t-elle rouge écarlate.

En retour Ground Writer lui sourit. Il ne s’attendait clairement pas à une telle question mais la réponse était toute trouvée.

« Évidemment, ma petite licorne. »

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Amethyst Star fut réveillée par les rayons du soleil de sa consœur, la princesse Celestia, perlant à travers la fenêtre de sa… de la chambre de Ground Writer.

Poussant une plainte ressemblant davantage au miaulement d’un chat elle porta son regard de l’autre côté du lit, s’attendant à trouver un Ground Writer endormi. La surprise fut totale lorsqu’à la place du pégase elle trouva un emplacement vide. Cependant le renfoncement du matelas semblait encore frais, témoignant qu’il s’était levé récemment.

Amethyst se convainquit qu’elle devait partir à la recherche de son ami pégase. Cependant, avant de commencer son aventure, une grande épreuve l’attendait : retirer la couverture l’enveloppant et sortir du lit.

« Encore cinq minutes… » marmonna-t-elle à sa propre intention.

Ce véritable duel de volonté était certainement le plus important qu’elle n’ait jamais mené. Son esprit affrontait un démon des plus dangereux, la poussant lentement mais surement au péché de la paresse, l’encourageant à rester au lit. Cependant elle se refusait d’abandonner. Elle pouvait le faire. Pour ses amis, sa famille et Ground Writer, elle devait le faire !

« Juste cinq minutes alors », dit-elle.

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Amethyst fut réveillée une seconde fois par le doux sabot d’un pégase la secouant au travers des couvertures dans lesquelles elle s’était emmitouflée.

« Ça fait à peine deux minutes ! » marmonna l’alicorne à travers les draps.

Le sabot cessa alors de la secouer. Elle entendit le bruit d’une fenêtre s’ouvrant puis les battements d’ailes d’un pégase s’éloignant. Elle oublia toutes ces informations la seconde qui suivit. Elle ne quitterait ce précieux nid pour rien au monde. Tout y était parfait. Les coussins étaient comme de vrais nuages, le matelas était moelleux à souhait tout en gardant une part de fermeté bienvenue et la couverture conservait juste la chaleur qu’il fallait. Ce lit était sans aucun doute le meilleur endroit de tout Equestria. Même les gouttes tombantes sur le bout de son museau avaient une fraîcheur réconfortante… Les gouttes ?

Amethyst ne put se dégager à temps. Un véritable déluge s’abattit sur la pauvre alicorne qui fut littéralement noyée avec le lit, prisonnière de ces couvertures qui, quelques instants auparavant, n’avaient été que confort et bien-être pour elle. Bien que l’averse ne dura que quelques secondes Amethyst crut qu’elle ne s’achèverait jamais. C’est finalement à la fin de celle-ci, avec la crinière lui brouillant le champ de vision, que l’alicorne put lever le regard et contempler le fauteur de troubles qui avait osé perturber son sommeil. Le pégase était allongé en hauteur sur un nuage qu’il avait lui-même apporté et placé de manière à commettre cette attaque surprise.

« Ground Writer ! » hurla Amethyst

Le pégase lui sourit en retour.

« Bien réveillée ? »

« Tu as exactement trois secondes pour descendre de là afin que je puisse t’infliger la correction que tu mérites ! »

Ground Writer, plutôt que collaborer, préféra tirer la langue à son amie.

« Ou sinon ? »

L’alicorne ne cessait de virer un peu plus dans le rouge écarlate. Ce n’était, malheureusement, pas parce qu’elle était gênée mais plutôt parce que le meurtre était subitement devenu pour elle une idée plaisante.

« Ou sinon je te rejoins et je te jure que tu le regretteras ! »

Le pégase s’envola alors de son nuage et commença à tourner en cercle dans la chambre en ricanant.

« Essaye toujours de m’attraper ! »

Amethyst comptait bien essayer. Prenant son élan elle comprima ses pattes telles des ressorts et s’élança dans les airs pour finalement retomber au sol au bout de quelques secondes. Sous cette forme elle ne pouvait voler et l’avait visiblement oublié. Elle ne parviendrait pas à attraper ce pégase insupportable et infatigable de cette manière, il fallait changer de tactique.

L’alicorne sortit de la chambre. Ground Writer commençait à se demander si la petite licorne n’avait pas abandonné lorsque celle-ci revint, faisant flotter une grosse pile de feuilles devant elle.

« Amethyst ? Qu’est-ce que tu fais ? » demanda-t-il.

L’alicorne lui répondit avec un sourire narquois.

« Moi ? Oh rien. Je voulais simplement relire les écrits de votre prochain roman, ô grand maître Ground Writer. Ils sont passionnants ! Seulement… »

Elle fit alors léviter un briquet.

« J’ai également amené ce briquet pour me réchauffer un peu et… oh non. »

Le briquet, entouré de son aura magique, s’approcha lentement de la pile de feuilles.

« J’ai perdu le contrôle de ma magie ! J’ai bien peur que rien ne puisse sauver votre dur travail de plusieurs mois ! »

Le pégase se mordait la lèvre inférieure. Il cherchait dans le regard ou les gestes de l’alicorne une quelconque marque d’hésitation ou signe de bluff. Il n’y avait rien de tout cela. Il l’avait énervée et elle allait se venger, d’une manière ou d’une autre.

Après quelques secondes d’hésitation il se jeta finalement sur l’alicorne afin de sauver ses précieux manuscrits, faisant fi du terrible danger qui l’attendait.

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« Ça c’était vraiment méchant ! » marmonna Ground Writer en appliquant de la glace sur la bosse surdimensionnée s’élevant du sommet de son crâne.

« Tu en veux un autre ? » demanda Amethyst en le menaçant d’une poêle.

« Non non… Ça ira ! »

Quelques mèches de la crinière de l’alicorne n’étaient pas totalement sèches et Ground Writer savait parfaitement que tant que le moindre poil de son amie ne serait pas sec sa vie courait un grand danger.

Après avoir durement regardé le pégase pendant plusieurs secondes Amethyst accepta de baisser sa poêle et se dirigea vers la cuisine, attirée par une succulente odeur. Lorsque son regard rencontra l’objet de ses désirs ses glandes salivaires commencèrent à sécréter leur liquide digestif ou, comme beaucoup le diraient, se mit à baver face à ce qu’elle vit. Se dressait devant elle une table où reposaient une assiette remplie de pains au chocolat – et non pas de chocolatines – accompagnée d’une tasse de chocolat chaud fumante, amenant aux narines d’Amethyst le doux parfum de ce divin nectar.

Sans la moindre hésitation l’alicorne s’assit sur une chaise et entreprit d’engloutir un à un tous les pains au chocolat, s’interrompant uniquement pour une délicieuse gorgée de chocolat chaud.

Ground Writer finit par la rejoindre au bout de quelques minutes. Le spectacle auquel il assista alors lui arracha un sourire.

« Et dire que je comptais te demander si le petit déjeuner était à ton goût !

-Bien fûr gue je l’aibe ! » répondit l’alicorne, la bouche pleine de pains au chocolat.

Le pégase vint s’assoir en face de son amie et attendit patiemment que celle-ci eut fini. N’importe quel poney de Canterlot aurait appuyé le manque d’élégance d’Amethyst dans son petit-déjeuner, faisant passer sa gourmandise avant tout l’alicorne en avait oublié ses bonnes manières. Ground Writer en revanche ne pouvait s’empêcher d’être heureux. La petite licorne seule et effrayée qui s’était présentée à lui quelques jours plus tôt semblait avoir complètement disparu, remplacée par une autre bien plus énergique, confiante et heureuse.

« Te sens-tu prête à affronter une nouvelle journée, ma petite ponette ? »

Amethyst s’arrêta. Affronter une nouvelle journée… Après ses innombrables échecs d’hier ? Elle regarda le sol la séparant du bureau. Si Ground Writer ne les avait pas retirés lorsqu’elle dormait paresseusement l’alicorne aurait pu y trouver de nombreuses boulettes de papier, symbole du désespoir qui l’avait épris la nuit précédente.

Après ce léger instant où elle dut lutter pour retrouver un sourire, Amethyst Star répondit au pégase.

« Je pense que oui. Après tout vous arrivez à me donner espoir. Peut-être que vous parviendrez à rendre ce projet impossible, faire de moi une véritable écrivaine, réelle ! »

Ground Writer ne sut pas s’il devait sourire.

« J’ignore si c’est de la modestie ou du dénigrement personnel. Dans le doute je vais faire comme si c’était de la modestie… Finis tes pains au chocolat, lorsque ça sera fait je te montrerai quelque chose. »

L’alicorne ne se fit pas prier pour obéir à son maître d’écriture. Sans un mot elle parvint à engloutir trois de ces délicieuses pâtisseries en moins d’une minute. Une fois son assiette vidée, et un bon gros rot chocolaté évacué, Amethyst suivit son maître. Celui-ci la guida vers son bureau. Il ouvrit un tiroir des plus banals et y révéla un double fond d’où il put extraire un parchemin. L’alicorne eut des étoiles dans les yeux.

« Un… Un double fond secret ? Comme dans les romans Daring Do où les grands aventuriers cachent leurs plus précieux trésors pour éviter qu’ils ne tombent entre de mauvais sabots ? Vous êtes un héros qui protège Equestria de monstres millénaires, de poney immortels et de malédictions antiques ? Dites-moi tout, je veux tout savoir ! »

Amethyst semblait être entrée dans un état second d’excitation. Depuis le peu de temps qu’il la connaissait Ground Writer ne put qu’être surpris, n’ayant jamais vu l’alicorne ainsi. Elle n’était pas sans lui rappeler une certaine ponette rose bien connue de Poneyville.

Afin de la calmer le pégase leva un sabot, réclamant ainsi de manière claire et simple le silence dont il avait besoin pour se faire comprendre. Une fois celui-ci obtenu, et Amethyst suffisamment éloignée pour qu’il puisse de nouveau respirer, il prit la parole.

« Désolé de te décevoir, Amethyst, mais j’ignore d’où provient ce parchemin. Il se trouvait déjà ici lorsque je suis venu m’installer à Poneyville. Le précédent propriétaire, une étrange licorne si l’on en croit les plus anciens membres du village, devait être un passionné de magie étrange. »

Les yeux de l’alicorne commencèrent à briller davantage.

« De la magie étrange ? Vous voulez dire que nous allons vivre de grandes aventures uniques en leur genre ? »

De telles paroles en auraient certainement déstabilisée plus d’un, mais pas Ground Writer. Amethyst avait commencé à rêver, à imaginer des évènements improbables, elle espérait que son ami allait lui montrer des choses incroyables. Ce dernier ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même, après tout c’était de sa faute si l’alicorne avait commencé à rêver.

Il se mit à sourire en constatant la joie de vivre que ce simple morceau de papier pouvait générer en son amie.

« Peut-être. Qui sait ? Maintenant tais-toi s’il te plaît, je dois me concentrer. »

Amethyst s’exécuta. Dans cette pièce où deux poneys se faisaient face on n’entendait pas une mouche voler.

Le pégase durcit son regard, se focalisant uniquement sur le parchemin qu’il entreprit de lire à voix haute.

Amethyst se sentit partir, au sens propre comme figuré. Ses sabots perdant petit à petit contact avec le sol tout comme son esprit le faisait avec la réalité. Elle se sentait planer, comme si ses ailes dont elle s’était privé afin d’approcher Ground Writer étaient revenues. En cet instant elle eut vraiment peur. Elle ne désirait pour rien au monde que sa véritable nature soit révélée, elle aurait pu y perdre son seul ami.

Après un rapide coup d’œil à son dos elle fut soulagée. Ses ailes n’étaient pas revenu. En revanche le sol sous ses sabots avait complètement disparu, laissant place à d’innombrables couleurs. Tout était coloré et sombre à la fois, les couleurs étaient ternes et claires, pleines de joie de vivre et funestes. Leurs assortiments étaient nombreux et variés, à chaque regard jeté l’alicorne pouvait apercevoir de nouvelles variantes. Amethyst fut convaincue  d’apercevoir trois nouvelles couleurs avant de s’évanouir paisiblement.

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Le réveil de l’alicorne fut tout aussi paisible que son évanouissement. Se faisant délicatement secouer, elle entendit la voix de Ground Writer l’appeler au loin.

« Amethyst ? Amethyst ça va ? »

Sa première réaction fut d’abord d’ouvrir les yeux. Son expérience psychédélique avait brouillé sa vision mais elle parvenait toujours à deviner, grâce à la couleur de sa crinière, que Ground Writer se tenait devant elle.

Son ami l’aida alors à se relever. Lorsqu’il l’attrapa par le sabot elle sentit quelque chose d’étrange la saisir, elle n’aurait su décrire quoi mais ce n’était certainement pas le sabot d’un autre poney. Peut-être une serre de griffon, après tout elle n’en avait jamais rencontré ailleurs que dans ses romans.

En constatant son état Ground Writer prit la parole afin de la rassurer.

« Ça n’as pas l’air d’aller, Amethyst. Si ça peut te rassurer sache que mon premier voyage n’avait pas non plus été facile ! »

L’alicorne ne comprenait pas tout, sa tête tournait encore légèrement et ses capacités de réflexion n’étaient pas au meilleur de leur forme à cause de l’étrange goût de vomi qui commençait à envahir son gosier. Après cependant quelques secondes supplémentaires de concentration elle put retrouver un état stable, même sa vue commençait à s’éclaircir.

C’est alors qu’elle crut faire une véritable attaque cardiaque.

Son ami pégase n’en était plus un, il était… il était… Amethyst ne savait même pas ce qu’il était, elle ne pouvait que le dévisager pour se faire une description sommaire de sa nouvelle anatomie. Un museau rétréci, d’étranges serres sans griffes en guise de sabots, des pattes allongées. Mais tout ceci n’était rien comparé à sa posture : il se tenait sur ses deux pattes arrière, lui donnant un aspect bien plus grand que ce qu’il était.

Une fois son analyse complétée la peur d’Amethyst se changea en une joie immense. Cette description était exactement la même que celle réalisée dans le roman de Ground Writer. Pour se convaincre de sa situation elle étira les sabots devant et constata qu’elle possédait elle aussi ces étranges serres que le livre du pégase nommait « mains ». L’alicorne poussa un cri d’excitation, elle vivait à ce moment les mêmes aventures qu’un héros de roman – ou qu’une héroïne de fanfiction, tout dépendrait de la qualité de son aventure.

« Je… Je suis devenue… » L’excitation faisait vibrer sa voix et se lisait dans son regard. « Une humaine ? »

Ground Writer, le pégase humain, hocha la tête.

« Personne ne pourrait faire la différence entre toi et une véritable humaine donc je pense que oui. Maintenant prends ma main et lève-toi, les humains ne… »

« Ne marchent pas comme des poneys », l’interrompit Amethyst. « Ils se déplacent sur leur deux pattes arrière et utilisent leurs mains pour manipuler les objets les entourant avec tout autant de précision que la magie. Chapitre 3. »

Alors que l’alicorne se trouvait toujours au sol Ground Writer se baissa pour lui donner un léger coup de coude.

« J’ignorais que tu étais une véritable fangirl, petite cachotière ! »

À ces mots Amethyst se mit à rougir.

« Je ne le suis pas vraiment. C’est juste que j’ai… bien apprécié votre œuvre ! »

L’alicorne finit par s’agripper à une main que lui avait tendu le pégase et s’aida de ce nouvel appui que lui offrait son ami pour se redresser. Une fois ceci fait elle observa son environnement. Une simple ruelle, similaire à celles qu’on pouvait trouver à Canterlot, les abritait des regards indiscrets. Quelques déchets se massaient contre les murs, débordant des poubelles où ils auraient dû reposer, donnant ainsi un aspect quasi délabré à cette ruelle où les murs étaient pourtant en très bon état.

Amethyst s’approcha à pas hésitants d’une flaque d’eau où elle put contempler sa nouvelle apparence. Elle put y voir une jeune humaine, tournant aux alentours de 20 ans, aux cheveux blonds mêlés à des mèches bleu nuit à l’apparence très soyeuses. Cependant sa taille ne semblait pas avoir changé : elle restait toujours aussi petite différente par rapport à Ground Writer. Son visage avait également changé pour s’adapter à la morphologie humaine mais se révélait, elle ne pouvait nier la vérité cette fois, plutôt mignon. La seule chose, outre sa taille, qui la déçut dans sa nouvelle apparence fut le haut de son torse. Ici était supposé se trouver, d’après le roman de Ground Writer, deux immenses ballons que les humains nommaient « poitrine ». Or il n’y avait rien à cet endroit, son torse restait désespérément vide de cet attribut unique aux humains.

« Ground Writer… » marmonna-t-elle. « Je… Où est ma poitrine ? Elle devrait se trouver juste là, je le sais car vous en parliez dans votre livre. Alors où est-elle ? »

Le pégase s’approcha de son amie et posa délicatement une main sur son épaule. Il allait devoir lui expliquer la cruauté de l’univers ainsi que l’injustice biologique. Il s’avait que l’alicorne en souffrirait mais il ne pouvait cacher cette sombre vérité.

« Tu sais Amethyst… Toutes les humaines n’ont pas la même poitrine et certaines… n’en ont pas du tout. Je crains que ça soit ton cas. Je suis sincèrement désolé de te l’annoncer mais tu es… » Le dernier mot peinait à sortir. Ground Writer ignorait l’effet de cette révélation sur son amie mais elle devait le savoir, elle devait connaître la vérité ! « Plate ! »

La jeune alicorne regarda le pégase qui lui faisait face, le dévisageant, visiblement curieuse.

« C’est si grave d’être plate ? C’est une mauvaise nouvelle ? »

« Oui… Enfin non mais… Je m’attendais à ce que tu le prennes mal ! »

« Je devrais ? »

Une question inattendue. Ground Writer était persuadé que sa jeune amie serait dévastée à l’idée d’être « plate ». Il s’en voulait presque en constatant qu’il était bien plus triste qu’elle en ce qui concernait la taille de sa poitrine.

« Non. Tu es très bien comme tu es, inutile de vouloir changer. »

« Oh. Très bien. Sinon j’aurais une question à vous poser. »

« Tutoie-moi. C’est comme ça que les humains font en règle générale. »

« Très bien si c’est ce que vous… Enfin t… tu veux. »

La pauvre alicorne avait énormément de mal à tutoyer le pégase, ses années d’éducation et d’interactions avec la haute société de Canterlot ne lui facilitaient pas la tâche. Elle se surprit alors à souhaiter que les leçons qu’elle avait apprises auprès de sa famille, les valeurs qu’on lui avait enseignées, tout ceci disparaisse quand elle était avec Ground Writer, le seul poney avec qui elle avait été heureuse depuis des années.

En l’attrapant par la main le pégase emmena Amethyst hors de cette ruelle et loin de ses réflexions. Lorsqu’ils déboulèrent dans la rue une douce odeur pénétra dans les narines de l’alicorne et vint torturer son estomac qui avait pourtant été rempli peu de temps avant. L’odeur émanait d’une petite boutique d’où s’échappait l’odeur faisant rêver l’alicorne.

Ground Writer, remarquant le léger filet de bave coulant au coin de la bouche de son amie, ne put s’empêcher de lui demander.

« Tu veux qu’on prenne une pizza ? »

Amethyst lui demanda de répéter afin de s’assurer qu’elle avait bien entendu. Pizza, quel mot étrange. Pourtant elle n’hésita pas et hocha la tête, son estomac primant sur son esprit critique littéraire.

Le pégase l’amena devant un tableau d’ardoise posé sur la terrasse de la pizzeria et le lui indiqua.

« Il y a une pizza qui te ferait plaisir ? »

La jeune alicorne se pencha légèrement – mais pas trop, elle était déjà suffisamment petite comme ça – et commença à lire les noms inscrits sur le tableau.

« Trois fromages. Royal. Margherita. Pizza aux pep… Pop… Peporonis ? »

Ground Writer se retint d’éclater de rire. Sa jeune amie n’avait visiblement jamais mangé de pizzas aux pepperonis. Pourquoi ne pas changer ça dès maintenant ?

« Vas pour une pizza aux… peporonis ! » s’exclama-t-il d’un sourire narquois en pénétrant dans la pizzeria.

Il y commanda la pizza convenue et partit s’assoir à une table, accompagné de sa chère amie. Ils discutèrent durant de longues minutes de leurs goûts littéraires ainsi que de leur vision de ce qui faisait un bon roman. Amethyst ne s’en rendit pas compte mais elle donnait un avis extrêmement complet sur chacun de ces points, allant parfois encore plus loin que le pégase.

Finalement la pizza finit par arriver. Ground Writer en coupa deux parts dont une qu’il tendit à son amie. Celle-ci observa longuement cette nouvelle nourriture avant de se décider à l’engloutir d’un seul coup. Si durant les premières secondes le goût lui fut agréable, bien qu’un peu épicé, l’alicorne finit par rougir. Trop épicé.

« Un problème, Amethyst ? »

L’alicorne se leva d’un coup. Beaucoup trop épicé.

« Je dois y aller ! »

Elle se précipita alors en direction des toilettes en hurlant.

« CA BRÛLE !!! »

Ground Writer, bien qu’il sache qu’elle ne pouvait pas l’entendre, prit tout de même la peine de lui répondre, un verre d’eau à la main.

« C’est le principe des pepperonis, baka ! »

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Suite à la mauvaise blague de Ground Writer, le pégase proposa pour se faire pardonner, et aussi survivre à cette journée, d’emmener l’alicorne voir un film. Celle-ci, après avoir passé sa colère en frappant son ami de ses petits poings, avait finalement accepté.

Le couple… d’amis… s’était finalement rendu à la salle de cinéma la plus proche. Ils y regardèrent alors les différents films qui seraient diffusés dans la journée. S’étant mis d’accord, ils évitèrent tout film romantique, aucun des deux ne voulant que leur sortie se transforme en mauvaise fanfiction. Finalement ils optèrent pour un film d’action classique. Ground Writer s’était d’abord montré réticent à cette idée, pensant que sa petite licorne ne supporterait pas le sang et la violence des films d’action humains. Contre toute attente elle supporta largement les images choquantes du film et parvint même à les apprécier.

À la fin du film l’alicorne et le pégase sortirent tous deux de la salle, partageant leurs ressentis.

« Alors Amethyst. Qu’as-tu pensé du combat final ? »

« Je l’ai trouvé excitant et bien mené tout en restant lisible. Même moi qui ne connaît rien au fonctionnement de ce corps… » Elle se désigna elle-même. « J’ai réussi à le suivre et à le comprendre. »

Ground Writer la regarda, étonné.

« Vraiment ? C’est vrai qu’il était bon mais je le trouvais moins palpitant que celui qui l’a précédé. Celui-là n’abusait pas des explosions et se concentrait davantage sur le combat acharné que les deux protagonistes menaient ! »

Amethyst eut envie de gifler le pégase. Visiblement celui-ci n’avait rien compris au dernier affrontement.

« C’est parce qu’il nous montre quelque chose de très important : à travers toute cette aventure ces ennemis se sont tous deux un peu plus enfoncés dans leurs convictions personnelles au point de les embrasser et de fusionner avec. Il ne s’agissait plus d’un combat entre un pon… Un homme contre un autre mais bien d’une confrontation entre deux philosophies. C’est pour ça que l’on se concentre si peu sur eux durant la scène pour tomber dans le spectaculaire ! »

Ground Writer en eut la mâchoire pendante. En quelques minutes à peine l’alicorne était parvenue à donner un tout nouveau sens à une scène qu’il pensait avoir parfaitement saisie.

« Bien joué, Amethyst. Tu feras une grande écrivaine ! » déclara le pégase en ébouriffant son amie.

L’alicorne, bien que flattée, poussa un cri de frayeur en voyant sa précieuse crinière se faire décoiffer si violemment par une telle brute.

« NYAAAAAAAAAA ! »

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Suite à une scène d’une rare violence entre le couple de protagonistes et un recoiffage minutieux de la douce chevelure de l’alicorne par les mains impures et perverses du pégase tous deux se remirent en route, se promenant au hasard, Amethyst découvrant les étrangetés de ce monde. Les lumières des ampoules la faisaient rêver, telles des étoiles enfermées dans une bouteille. Les stylos, avec lesquels ces humains assis à un café écrivaient, lui faisaient imaginer des créatures donnant leurs larmes pour permettre aux autres de rêver. Ce monde était merveilleux, il lui suffisait de promener son regard pour que les idées naissent, germent et se développent dans le jardin de son esprit.

Tellement absorbée par sa rêverie et ses réflexions elle ne remarqua même pas que Ground Writer s’était arrêté. Elle ne le comprit que lorsque son bras, parce qu’ils se promenaient main dans la main, fut sur le point de se déboiter suite à la force de traction qu’elle exerçait.

Mécontente d’avoir été ainsi stoppée dans son élan artistique l’alicorne jeta un regard assassin au pégase qui, pour une fois, n’en tint pas compte et l'entraîna dans une ruelle où ils se cachèrent.

« Qu’est-ce que ça voulait dire ? » demanda l’alicorne.

« Regarde au bout de la rue mais prends garde à ne pas te faire voir », lui répondit simplement le pégase.

Amethyst n’avait jamais vu Ground Writer aussi concentré, la mine aussi inquiète. Elle découvrait en cet instant un comportement qu’elle n’aurait jamais soupçonné voir un jour chez le pégase : il était sérieux. Exceptionnellement, elle accepta de laisser son égo de côté pour faire ce qu’il lui disait sans poser de question.

L’alicorne pencha la tête et regarda à l’autre bout de la rue. Ce qu’elle y vit la saisit de stupeur. C’était elle. Même taille, même chevelure, même comportement. Tout y était. Elle semblait discuter avec deux autres jeunes adultes, un à la chevelure d’un blanc pur, parcouru par des mèches gris clair, et l’autre aux cheveux volumineux rouge écarlate. Tous trois semblaient discuter en riant. L’autre Amethyst pouvait paraître gênée mais l’alicorne savait que les bougonnements qu’elle produisait n’étaient qu’une façade. Elle appréciait leur compagnie. Elle n’était pas en présence de n’importe qui, elle était avec ses amis.

Qu’était-il arrivé à l’Amethyst de ce monde pour qu’elle se fasse des amis, un cadeau précieux que l’alicorne n’avait jamais su trouver ?

Ground Writer, voyant l’interrogation et la tristesse naître dans les yeux de son amie, l’enveloppa délicatement dans ses bras.

« Ça ne va pas ? » lui demanda-t-il inquiet.

Amethyst se retourna vers lui et commença à pleurer.

« C’est… C’est moi là-bas… Pourtant… Elle n’est pas seule… Elle est entourée… d’inconnus qu’elle apprécie, des gens qui l’aime… Qu’est-ce que… Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Pourquoi je n’ai pas d’amis ?

-Et qu’est-ce que je suis pour toi, Amethyst ? »

L’alicorne se figea pendant une seconde. Qu’est-ce que Ground Writer était pour elle ? Durant ces derniers jours elle avait appris à le connaître et à l’apprécier, malgré tous ses défauts. Elle avait commencé à s’attacher au pégase jusqu’à davantage s’amuser que se vexer de ses plaisanteries. Le pégase avait été tour à tour un mentor, un conseiller, un être qui lui apportait le réconfort lorsqu’elle en avait vraiment besoin et même un… Il avait raison. Ils étaient amis… Mais rien de plus !

Amethyst leva son regard vers lui, elle y était obligée si elle voulait le regarder dans les yeux à cause de la différence de taille, et lui répondit.

« Un ami. »

Le pégase sourit face à cette bonne nouvelle.

« Tu vois ? Tu n’as pas fait ce chemin pour rien, tu auras trouvé quelque chose dont tu avais vraiment besoin ! »

Ground Writer laissa l’alicorne l’enlacer pendant encore un moment avant de finalement briser l’étreinte.

« Il est temps de rentrer », dit-il doucement.

Sur ces mots le pégase sortit le parchemin de sa poche et le déroula. Amethyst Star appréhendait ce retour. Une fois revenue à Equestria elle devrait rentrer chez elle, retrouver ses parents, Canterlot et toute la haute société qui allait avec. Elle s’y refusait. Ce monde était tellement incroyable, bien que ses habitants semblaient ne pas le comprendre. Un double d’elle-même vivait ici et était même parvenu à se faire des amis. Pourquoi n’aurait-elle pas droit à cette chance elle aussi ?

Elle s’apprêtait à se jeter sur Ground Writer avec pour objectif de lui arracher le parchemin et le réduire en charpie lorsque celui-ci, comme s’il avait lu dans ses pensées, la ramena à la raison.

« Si tu veux on pourra revenir ici un de ces jours ! »

Il avait raison. Ça n’était pas parce qu’elle partait qu’elle ne pourrait jamais revenir. Ce monde était magnifique mais parfois, lorsque le temps est venu, il faut retourner à la réalité.

Amethyst hocha la tête, s’en voulant secrètement d’avoir, pendant un instant, pensé à piéger Ground Writer dans ce monde avec elle… Même si, à bien y réfléchir, l’idée ne lui semblait plus si affreuse.

Le pégase commença à lire le parchemin et l’alicorne se sentit de nouveau partir, aspirée par son propre monde, appelée par ceux qui l’y attendaient. Peut-être un jour reviendrait-elle dans ce monde fantastique, mais pour l’heure elle devait abandonner ce rêve éveillé et retrouver la réalité.

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Amethyst ouvrit les yeux. Ses mèches blondes/bleu nuit furent la première chose que son regard rencontra, suivies peu après par ses sabots les écartant. En regardant autour d’elle, elle remarqua qu’elle se trouvait de nouveau dans la maison de Ground Writer, précisément dans la pièce d’où elle était partie. Elle se trouvait allongée sur un canapé, celui-ci étant bien moins confortable et propre que les divans qui meublaient sa maison familiale à Canterlot, mais imprégné de l’odeur de Ground Writer, ce qui compensait tous ses autres défauts.

Ground Writer… Amethyst l’avait complètement oublié ! En regardant autour d’elle, elle comprit qu’il n’était pas là. Où le pégase avait-il pu disparaître ? Il… Il était bien revenu, n’est-ce pas ? Il ne s’était pas retrouvé piégé entre les dimensions ou Celestia sait quoi ?

Aucune réponse rassurante ne venait à l’esprit de l’alicorne. Ce poney qui lui avait tant montré et apporté ne pouvait pas disparaître maintenant qu’elle n’avait plus besoin de lui, elle n’était pas dans un conte de fées. Pour la première fois de sa courte vie elle se surprit à l’espérer.

L’alicorne se redressa du divan, après avoir pris le temps de profiter de la douce odeur du pégase, et partit à sa recherche dans l’entièreté de la maison. Elle finit par le retrouver affairé à son bureau, probablement occupé à écrire une future histoire. Amethyst aurait pu tousser pour lui faire remarquer sa présence ou, plus simplement, l’appeler par son nom. Seulement… Une idée lui vint en tête. Une idée stupide, inutile et immature. Il n’y avait pas à dire Ground Writer avait vraiment eu une mauvaise influence sur elle, ce qui ne l’empêchait pas d’adorer cette influence.

Lentement et silencieusement l’alicorne se déplaça jusqu’au pégase, se fondant dans les ombres, approchant lentement de sa cible. C’était bon, elle venait compacter ses pattes avant, les avait verrouillées comme des ressorts. Elle se donna alors l’ultime impulsion, sautant sur le pégase. Sa trajectoire avait été méticuleusement préparée, elle devait l’agripper à la tête et ne plus le lâcher. Pour toutes les mauvaises blagues qu’elle avait dû subir sa vengeance serait délicieuse.

Dame chance ne l’entendit pas de cette oreille. Se montrant insolente, comme à son habitude, ce fut à ce moment précis qu’un parchemin roula du bureau et tomba au sol. Ground Writer, dans sa grande inconscience du danger qui le guettait, se baissa juste à temps pour éviter l’alicorne qui, en l’absence de quoi que ce soit qui aurait pu l’arrêter, vint s’écraser sur le bureau en bois massif.

« Mon pauvre dos… » marmonna Amethyst.

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La vie avec la licorne n’avait pas été de tout repos depuis leur retour du monde des humains. Ground Writer avait dû se montrer extrêmement prudent. Amethyst, désireuse de se venger pour toutes les mauvaises blagues qu’elle avait subies, ne cessa de mettre en place des traquenards destinés à piéger le pégase. Aucun ne marcha mais tous furent très divertissants.

Enfin… Toutes les bonnes choses ont une fin n’est-ce pas ? Vint le jour fatidique. Le temps accordé à l’alicorne fut écoulé et celle-ci dut s’en retourner à Canterlot. Ce fut sur le quai de la gare de Poneyville que nos deux protagonistes se firent leurs adieux.

« Alors… » commença Ground Writer. « C’est fini ? Tu retournes chez toi Ame ? »

L’alicorne eut envie de le frapper. Les bagages avaient été préparés à l’avance, le billet de train acheté deux jours plus tôt et le pégase doutait de son départ ? Les étalons alors…

« En effet. Mes parents m’attendent.

-C’est franchement dommage. Je veux dire… On a passé de super moments ensemble, pas vrai ? »

-Oui. Seulement… C’est terminé. La vie doit reprendre son cours et les choses retournent à leur état normal ! »

Le pégase retint une larme. Il ne s’attendait pas en posant son regard sur Amethyst pour la première fois qu’il finirait par s’attacher autant à elle.

« Tu… Tu reviendras, n’est-ce pas ? »

L’alicorne ne put s’empêcher de sourire.

« Évidemment, gros bêta. Cette semaine à tes côtés fut tellement incroyable. Les instants que tu m’as fait vivre furent les plus beaux de ma vie et jamais je ne les oublierai ! En parlant de ça… »

Amethyst ouvrit ses bagages grâce à la magie et en sortit un livre bien épais. Elle le tendit à Ground Writer qui le prit sans hésitation et l’ouvrit. Le pégase, s’attendant à y trouver des photos souvenirs, fut surpris par sa découverte. Des mots, des milliers de mots. Des pages remplies par ceux-ci. En y jetant de brefs regards il comprit finalement ce dont il s’agissait : c’était le prototype d’un roman. Le premier roman d’Amethyst.

Je l’ai écrit depuis notre retour du monde des humains », lui expliqua-t-elle. « Je pensais que ça pourrait te plaire ! »

« Si ça me plaît Amethyst ? Mais tu es loin de la réalité, c’est génial ! L’histoire est prenante dès ses débuts, les personnages sont drôles et bien exploités… » Il ferma le livre et regarda la couverture vierge. « Tout ce qui lui manque désormais c’est un titre !

-Oh… Hé bien j’avais pensé à un nom mais… Je ne suis sincèrement pas convaincue !

-Dis toujours. Qu’est-ce que tu risques de toute façon ?

-Les moqueries du seul pégase qui compte pour moi ? » pensa l’alicorne.

Malgré son hésitation elle finit par ouvrir la bouche et parler d’une voix hésitante.

« Pe… Pepo’s Bizarre Adventure.

-Pepo’s Bizarre Adventure ? Pourquoi avoir pris le mot « Pepo » comme partie intégrante de ton titre ? »

La confiance d’Amethyst ne cessait de s’effriter de seconde en seconde.

« Hé bien c’est ce monde que j’ai trouvé l’inspiration pour commencer l’écriture de cette histoire et le premier aliment que j’y ai goûté était la pizza aux Peporronis… » Ground Writer ne put s’empêcher de sourire devant cette mauvaise prononciation des plus mignonnes. « Alors j’ai pensé qu’y rendre hommage serait une bonne idée… Juste comme ça. »

L’alicorne n’avait jamais été complimentée de sa vie sur quoi que ce soit. Son entourage n’était jamais satisfait de ses efforts, lui en demandant toujours plus. Les paroles du pégase étaient redoutées autant qu’espérées.

« Ce nom m’a l’air vraiment bien. Je ne vois pas pourquoi tu hésitais à le sortir, Amethyst. »

S’ils n’étaient pas en public l’alicorne aurait pleuré de joie. Son livre, son premier roman, était apprécié jusqu’à son titre par Ground Writer.

« Je… L’angoisse de ne pas être à la hauteur de tes attentes, je suppose. »

Le sifflet du train se fit alors entendre dans toute la gare, celui-ci s’apprêtait à partir. Les deux amis n’avaient plus beaucoup de temps pour se dire au revoir. D’un regard d’accord ils se rapprochèrent l’un l’autre, bien décidé à se faire une bise d’au revoir. Seulement la malchance, ou la chance, en avait décidé autrement. Lorsqu’ils furent suffisamment proches Ground Writer trébucha et rata sa bise, à la place ses lèvres atterrirent délicatement sur celles d’Amethyst.

Tous deux se regardèrent, les yeux ronds et les joues en feu. Pourtant… Ça n’était pas désagréable, ni pour l’un ni pour l’autre.

Après plusieurs secondes, qui leur semblèrent trop courtes, ils se séparèrent délicatement l’un de l’autre. Amethyst fut la première à reprendre la parole, évitant cependant le regard de Ground Writer.

« C’était accidentel pas vrai ?

-Ouais ouais… » s’empressa-t-il de répondre. « Jamais je ne ferai ce genre de choses sans ton consentement !

-Sans mon consentement… ça veut dire que tu… »

Amethyst ne put finir sa phrase, les portes se fermaient déjà. Elle dut partir en vitesse si elle ne voulait pas rater son train, laissant Ground Writer seul sur le quai, regardant la jument s’en aller.

Sur le chemin l’alicorne regarda Poneyville disparaître. Elle ne pensait alors qu’à une chose : son prochain voyage vers ce village magique.

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C’est ainsi que s’achève cette histoire. Peut-être auriez-vous souhaité en savoir plus sur notre jeune couple et son avenir. Pour ma part je pense que cette histoire suivit son cours, partie pour trouver ce qu’elle voulait Amethyst trouva ce dont elle avait besoin.

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