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Chapitre V - La volonté du doyen

Elle voulait en avoir le cœur net. Il fallait qu'elle en ait le cœur net. Elle devait effacer cette incertitude de son esprit. Ce qu'elle avait vu. Ce qu'elle avait cru voir... pourrait-ce être possible ? Non. Ça ne pouvait pas être vrai. Ce n'est qu'un vieux conte de croquemitaine. Un conte pour effrayer les poulains. Ça ne pouvait pas être vrai. À moins que... non. Il fallait en avoir le cœur net.

Luster Dawn n'était pas du genre à croire aux fantômes, aux zombies ou aux autres contes de la Nightmare Night. Elle trouvait même ce genre d'histoire un peu stupide, dans sa maturité nouvelle, alors qu'elle évoluait au travers de sa puberté. Et pourtant, elle s'était retrouvée à emprunter un tas de bouquins à la bibliothèque sur le domaine des créatures surnaturelles de la nuit, ces même livres de conte qu'elle avait toujours dénigrés, afin d'y fourrer son museau.

La bibliothécaire, et même sa professeure, la princesse Twilight, étaient surprises de la voir emprunter ce genre de livre par pile afin de les étudier chez elle. Arrivée à l'internat dans lequel elle eut l'habitude de séjourner depuis son entrée à l'école des jeunes licornes de Celestia, elle plancha immédiatement sur un travail inédit et inattendu. Elle s'assit à son bureau et fit tourner les pages à vitesse grand V en espérant trouver rapidement l'objet de son focus depuis qu'elle avait rencontré cet étalon noir. Ce même étalon avec qui la princesse Twilight semblait s'entretenir.

Elle avait cru voir des canines effilées quand il entrouvrait sa bouche. Et puis était-ce juste son imagination ou est-ce qu'il s'était réellement léché les lèvres alors qu'il la fixait ? Elle trouva finalement le chapitre qu'elle recherchait : les vamponies.

Des poneys aux longues dents qui se nourriraient de sang, transformant ensuite leurs victimes en d'autres vamponies. En temps normal, Luster Dawn hausserait un sourcil face à une telle superstition. Mais venir à supposer que cet étalon en compagnie de sa professeure serait un vampony la fit trembler. Et cette fois, ce n'était pas de la peur par jeu, mais une peur véritable. La princesse ne s'en était pas rendue compte s'il était réellement un vampony ? Et si elle était en danger ? Elle n'avait pas osé lui en parler plus tôt, par crainte que la princesse ne la prît pas au sérieux. Mais... et si ces vieilles légendes étaient réelles ?

"Les vamponies... " dit une voix virile juste derrière elle, et qui lisait les mêmes lignes. "Alors comme ça, tu t'intéresses à ce genre de chose ?"

De surprise, la jeune licorne se retourna tout d'un coup et vit le grand étalon noir, le même qu'elle soupçonnait d'être un vieux monstre de légende, à seulement quelques centimètres d'elle, paraissant renifler sa nuque et son crin. La peur s'empara d'elle telle un violente vague, et tomba accidentellement de sa chaise alors qu'elle égosilla son effroi. L'avait-il suivie ? Elle était sa proie choisie dès leur rencontre ?

"Quelque chose me dit que tu ne t'y intéresses pas juste par hasard", dit l'alicorne en souriant, avec un regard froid de prédateur.

Luster fit appel à son courage et employa sa magie sous l'œil sarcastique de Selifós. Elle se téléporta en dehors de sa chambre mais aussitôt que ce fut fait, elle fut téléportée de nouveau ; mais cette fois, elle n'en était pas à l'origine. Elle revint dans sa chambre, au même emplacement qu'elle occupait avant sa tentative de prendre la poudre d'escampette. Son sort de téléportation avait été contrecarré.

L'étalon observait avec amusement l'élève de Twilight essayer à nouveau de se téléporter, et qui échoua de nouveau. Elle se précipita donc sur la porte comme le ferait n'importe quel terrestre ou pégase. Mais sa crainte se fit plus profonde encore quand elle vit qu'un champ de force l'empêcha d'accéder à la sortie. Elle se mit donc à crier sa détresse, afin qu'on lui vienne à son secours.

"T'es isolée dans un sort de confinement", la renseigna Selifós. "Tu ne peux en t'échapper sous aucune manière que ce soit. Et on ne t'entendra pas non plus."

Luster cessa de hurler sa détresse. Elle prit le plus de retrait possible par rapport au vampony qui s'approchait de plus en plus d'elle. "P... par pitié ! Ne me mordez pas !" supplia-t-elle épouvantée, avec des larmes de désespoir. "Je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas sucer le sang des autres poneys ! Ne me transformez pas ! Pitié !"

Selifós attrapa la petite jument complètement terrorisée en la coinçant entre ses ailes. Il adossa son cou contre son premier sabot, tandis qu'il posa le deuxième sur sa bouche pour l'intimer de se calmer. Tétanisée, Luster ne trouvait plus la force et la concentration nécessaire pour se défendre contre cet étalon qui la dominait de toute sa taille et de toute sa magie.

"Shhhh... ", fit Selifós avec douceur pour l'apaiser. "Je n'ai pas l'intention de te tuer. Et te transformer en nosferatu ne m'intéresse point." Puis cela devint moins doux. "Comme tu as déjà compris ma nature, j'irai à l'essentiel : j'ai faim, et je t'ai choisie pour me nourrir."

Il dénuda la gorge de sa proie du crin qui la couvrait. Cette dernière fit briller sa corne encore une fois, et espérant cette fois là assommer son agresseur avec un dictionnaire. Mais sa tentative fut interrompue par une forte brûlure au niveau de son appendice magique. En levant les yeux, il semblait qu'une espèce de petit nuage magique de foudre tenaillait sa corne pour la neutraliser. Elle se débattit avec ses pattes mais encore une fois, en vain. Cet étalon qui la maîtrisait fut trop fort pour elle.

Il la tourna pour mettre son dos contre son ventre, puis il la plaqua contre lui, en l'enveloppant dans ses ailes. Tout en la gardant bien serrée contre elle de manière à ce qu'elle ne puisse se débattre, il enlaça son ventre de sa première patte. Et de l'autre, il frottait gentiment le cou de la ponette tout en le gardant éclairci des cheveux dorés de Luster.

"Détends-toi", alors que l'étalon lui lécha langoureusement le cou. "Je ne vais prendre qu'une partie de ton sang. Et tu ne ressentiras rien. Tu verras. Laisse-toi faire."

Il huma à plein poumon l'odeur de sang pur qui s'échappait de la gorge de sa victime. Cette dernière n'avait plus d'autre choix que de se soustraire au moindre de ses désirs et se laissait faire, toujours sanglotant avec cet effroi qui lui comprimait l'estomac.

Le vampony salivait abondamment, alors qu'il continuait de sentir le mielleux arôme du sang virginal ; à l'écouter courir sous la peau de Luster, pulsé frénétiquement par son cœur envenimé de terreur. Il colla sa bouche, lécha sans s'arrêter, faisant parfois même des brefs suçons, comme pour savourer le sang de manière distante, afin d'aiguiser encore plus son appétit ainsi que l'anticipation du plaisir qu'il aura en la mordant.

Le cou de Luster était complètement imbibé de la salive du vampony, qui convoitait son essence vitale avec lenteur, comme pour faire durer le plaisir. Son pelage suintait de la bave de l'étalon qui venait perler jusque sur son cou, pour finir sur son encolure.

Bizarrement, sa peur retomba. Son stress s'affaissa. Et ses forces aussi semblaient l'abandonner. Ses paupières se fermaient progressivement, jusqu'à s'interrompre au milieu du processus, donnant ainsi des yeux à demi-clos. Luster parut ainsi évanouie, en plus de son air hagard. Mais son cœur, lui, continuait de battre à un rythme effrayé. Et entendre le sang circuler à une telle vitesse fit exalter l'oreille du vampony.

Pressentant que la jument n'était plus apte à lui résister, Selifós transperça sa peau juvénile de ses canines acérées. Luster, bien qu'apparemment inconsciente, ne l'était absolument pas. Elle ressentit le crocs du vampony empaler sa gorge et, à sa plus grande surprise, il avait raison. Elle n'eut pas mal. Les dents ne lui avaient absolument rien infligé de douloureux, bien qu'elles s'étaient profondément enfoncées dans sa gorge.

Du sang de vierge, murmurait Nightmare Light, alors que son jumeau dégageait ses canine de la plaie fraiche. J'en ai complètement oublié le goût... si... délicieux.

Le sang qui atterrit sur son palais lui donna un plaisir gustatif presque orgasmique. Après l'instant de jouissance, il colla de nouveau sa bouche à la plaie et, telle un sangsue, lui pompa le sang qui remplit aussitôt sa gorge. Il lui retenait la tête, la pressant même contre la sienne afin de s'assurer que pas une seule goutte de sang ne se perde.

Selifós ne suçait pas réellement le sang de Luster Dawn. Il se contentait la plupart du temps, non pas de le pomper, mais juste de lécher la morsure, afin de ralentir au mieux son alimentation et ainsi, savourer son sang le plus longtemps possible.

Et quel calvaire pour la pauvre jeune jument prise au piège. Endormie, anesthésiée par la morsure, le temps paraissait s'allonger. Les secondes se changèrent en minutes. Et les minutes en heures. Depuis quand cette créature des ténèbres se nourrissait de son essence ? Elle l'ignorait entièrement. Elle perdit même la notion des sens. Sa vue se floua. Sa langue se dessécha. Son souffle lui parvint, sans éveiller son esprit engourdis. Le sang qui s'échappait d'elle. Son sang qui la quittait sous cette sensation de pompe qu'exerçait la bouche du vampony. Voilà la seule chose qu'elle pouvait ressentir. Voilà la seule chose à laquelle elle pensait. Elle était juste destinée à le nourrir de son propre sang. Vivre pour le nourrir. Vivre pour lui servir.

Une fois que Selifós fut enfin repu, il décolla sa bouche des deux petites plaies rondes ; d'où le sang pur et frais se mit à ruisseler sur la gorge de la jument. Il expira avec satisfaction. Il n'avait jamais aussi bien mangé depuis des milliers d'années. Car oui, il n'y avait pas de repas plus royal pour un Skiá que le sang d'une vierge. Bien qu'il soit rassasié, son appétit ne le quitta pas. Car l'odeur... le goût... c'était trop aguichant... trop racoleur même pour se refuser un peu de gourmandise.

Il pénétra de nouveau la chair de Luster Dawn de ses crocs pour approfondir encore d'avantage la morsure et cette fois-ci, ce ne fut pas un ruisseau qui coula dans la bouche de Selifós, mais un effluve. Une cascade de délice et de succulence.

Après une bien longue nouvelle minute, l'alicorne se décida enfin à être raisonnable. Il retira de nouveau ses crocs rougis de la chair de sa victime. Puis il nettoya ses lèvres couvertes d'hémoglobine du bout de sa langue. Il remit le crin de Luster en place afin de dissimuler les deux trous rougeoyants qui marquaient son cou.

"Luster Dawn ? Est-ce que tu peux m'entendre ?" lui dit Selifós à l'oreille.

Elle fit un bruit positif du fond de ses cordes vocales, prouvant ainsi à Selifós qu'elle était toujours consciente.

"C'était absolument délicieux, et je t'en remercie", enchaîna l'alicorne qui s'en léchait encore les lèvres. "Mais j'ai encore une petite faveur à te demander."

 

 

Onze heures du soir sonna dans les horloges du palais de Canterlot. Si une partie de la cour était déjà repartie dans leurs quartiers pour sommer jusqu'au matin, la deuxième partie restait toujours active et remplissait les halls du brouhaha de leur discussion de grandes personnes. Et pour ce qui était de la princesse Twilight, elle avait actuellement autre chose en tête.

Elle avait écrit à Spike, Starlight, chacune de ses cinq amies, ainsi qu'à Celestia et Luna, pour les informer de la rencontre inattendue qu'elle eut eue avec cet alicorne noir qu'elle n'avait plus revu suite à leur longue discussion dans le salon privé. La détermination et l'avertissement de Selifós à prendre la magie de Luna l'avaient mis en garde.

Afin d'assurer ses arrières, alors qu'elle partait faire sa sieste jusqu'à trois heure du matin pour pouvoir débuter sa garde des rêves ainsi que la chasse aux cauchemars, elle déploya un sort de protection tout autour de ses quartier. Ce sort avait pour but de la réveiller au cas où un intru profiterait de son sommeil pour s'infiltrer chez elle.

Elle avait également demandé à Flash Magnus, qui avait remplacé Shining Armor au titre de capitaine de la garde royale, de faire surveiller cet alicorne noir au cas où il fomenterait un mauvais coup. Elle avait bien vu que Selifós semblait trop intransigeant et qu'il n'allait sûrement pas voir Luna en premier. Sauf que Flash lui eut avertie plus tard que Selifós était retrouvable nulle part. Il avait simplement disparu et personne n'avait idée de où il pouvait être. Twilight en fut si inquiète qu'elle commença à regretter de l'avoir laissé libre de tout mouvement au lieu de l'emprisonner temporairement. Son amitié et sa patience finiront par la tuer.

Elle régla son réveil à deux heures pour être sûre de se lever au bon moment, puis ferma les yeux. Mais son sommeil tardait à venir car la pensée qu'elle était seule face à ce potentiel ennemi n'avait en rien retiré sa panique des jours précédents. Ses amies n'étaient pas à Canterlot, occupées ailleurs avec leurs propre responsabilités. Et Spike, bien qu'habitant à la capitale à ses côtés, se trouvait la plupart du temps à l'extérieur de la ville, et même au dehors des frontières d'Equestria afin de conclure des affaires diplomatiques avec les pays voisins. Bref, elle était toute seule.

La princesse de l'amitié ne parvenait pas à dormir, toujours à ruminer derrière sa bouche ce qu'elle aurait dû dire à Selifós pour ne pas se retrouver avec cette angoisse au ventre. Puis elle eut un signe. Un signe magique.

Quelqu'un venait de s'infiltrer dans ses quartiers, comme elle l'avait présagé. Son sort de détection l'informa que ce poney non invité faisait différents mouvements dans son lieu privé, allant de salle en salle, comme s'il explorait l'endroit à la recherche de quelque chose. Twilight se leva de son lit et ouvrit prudemment la porte de sa chambre. Le sort lui rapportait que la présence étrangère se situait dans son salon. Elle se dépêcha alors car c'était dans cette pièce que se trouvait l'amulette contenant la magie de Luna et Celestia. L'amulette était sécurisée dans un coffre magique. Dont le seul moyen de l'ouvrir s'agissait d'entrer un code à quatre chiffres dont seule Twilight avait la connaissance. Donc elle ne s'inquiéta pas plus que ça. Mais elle tenait quand même à vérifier que tout se passe bien et à prendre cet alicorne noir sur le fait.

Mais en ouvrant la porte, ce n'était pas Selifós qu'elle trouva, mais Luster Dawn. Elle s'approcha de son élève avec alerte.

"Luster ?!" fit Twilight, complètement subjuguée. "Mais qu'est-ce que tu fais là ? Et à cette heure-ci ?"

Luster Dawn ne lui répondait pas. Elle se contentait de fixer son mentor d'un regard vide, avec une expression neutre sur le visage. Ses yeux glauques perturbaient la princesse, donnant le sentiment qu'elle n'avait plus d'âme. Donnant le sentiment qu'elle était envoûtée par quelque chose. Comme possédée.

"Où est l'amulette ?" dit machinalement la jeune jument, d'un ton monotone.

"C'est Selifós, n'est-ce pas ?" dit Twilight, inquiète. "Qu'est-ce qu'il t'a fait ?"

L'élément de la Magie reconnut que c'était très malin de la part de Selifós d'ensorceler quelqu'un pour prendre les risques à sa place. Pourtant, elle avait beau utilisé sa magie pour scanner sa pupille, il n'y avait l'empreinte d'aucun sort sur elle. Qu'est-ce qu'il lui arrivait exactement ?

"Où est l'amulette ?" répéta Luster avec la même absence d'émotion.

"Luster, reprends-toi", pressa la princesse en secouant gentiment sa protégée qui ne réagissait pas. "Dis-moi ce qu'il t'a fait ?"

"Cette magie n'est pas à toi, sale garce !" lui répliqua sèchement Luster Dawn. "Où est l'amulette ?"

D'abord choquée par l'insulte sortant de la bouche de son élève pourtant attachée à son mentor, elle en vint à la conclusion évidente : elle était manipulée. Mais dans ce cas, comment se faisait-il qu'elle ne détectait aucun sort sur elle ? Comment pouvait-elle annuler l'emprise que Selifós exerçait sur elle si ce n'était pas un sort ? Alors que la princesse balaya Luster du regard, elle vit des traces de sang séché sur son cou, semblant originaires de quelque chose cachée sous son crin.

Elle souleva les cheveux de la jeune licorne qui ne réagissait toujours pas au tâtonnement. Et ce que Twilight vit sous son crin la choqua, et une panique subite l'emporta. Au niveau de la jugulaire de Luster, il y avait une plaie à l'apparence étrange : deux orifices rouges de sang, l'un juste à côté de l'autre.

"Mais... " murmura Twilight, pas encore sûre de comprendre. "Mais qu'est-ce que ça veut dire ?"

"Où est l'amulette ?"

Une brume étrange et plus que discrète prit forme dans l'ombre de Luster Dawn, que Twilight ne remarqua pas, totalement focalisée sur la morsure, encore à se poser des questions. Cette nuée noire se faufila dans l'ombre de la princesse, alors en contact avec celle de son élève, puis passa derrière l'alicorne lavande. Cette masse d'éther se mua en une espèce de nuage bleu nuit dont la taille augmentait à une vitesse effrayante, jusqu'à dominer la taille même de la grande alicorne.

Cette brume mystique se métamorphosa à nouveau. Et Selifós apparut. Il envoya de toutes ses forces son sabot dans la longue corne de la jument lavande. La puissance du coup fut telle que Twilight valdingua et percuta le mur le plus proche. La douleur dans sa corne fut telle qu'elle s'engourdit ; et utiliser sa magie pour riposter à l'agression lui aurait causé une horrible migraine.

Alors que l'alicorne princière tenta de se relever et de rouvrir ses yeux encore sous le choc, Selifós, lui refusant n'importe quel instant de répit, fonça sur elle et la frappa une nouvelle fois, et maintenant au niveau du poitrail. La brutalité du coup lui en donna le souffle coupé. Elle crut même entendre sa cage thoracique se craquer dans ses entrailles. Sa gorge brûlait sous la corrosion des sucs remontés depuis son estomac. Et elle crachota du sang, alors que sous la violence elle s'était accidentellement mordu l''intérieur de ses joues.

Selifós jeta un sort d'entrave sur elle, immobilisant ainsi ses pattes, mais aussi sa corne, pour empêcher toutes contre-attaques magiques. Puis il la plaqua au mur à l'aide d'un sort de lévitation. Cette fois, le Skiá n'avait plus ce calme et cette patience d'auparavant. Désormais, il était bien décidé à en découdre une bonne fois pour toute.

"Je répète encore une fois la question, Twilight", lui dit Selifós avec sévérité. "Où est l'amulette ?"

"Qu... " toussa Twilight, les muscles encore crispés par la douleur. "Qu'est-ce que tu as fait à Luster Dawn ?"

"Pas grand chose. Où est l'amulette ?" gronda l'alicorne noir.

"Je... je ne te dirai rien", toussait encore Twilight.

"En temps normal, je t'aurais torturée", essaya Selifós avec plus de consilience. "Mais comme tu prétends être l'amie de l'ancienne princesse Luna, je m'abstiendrai à user d'autant de cruauté."

"Pourquoi en arriver là, Selifós ?" la princesse, voulant calmer le conflit. "T'aurais p– " L'étalon asséna la tête de l'alicorne violette contre le mur.

"Si j'en suis arrivé là, c'est parce que tu ne m'en as pas laissé le choix. Je t'avais pourtant prévenu que je récupérerai sa magie lunaire ; que tu le veuilles ou non. Et hélas pour nous deux, t'as fait le mauvais choix. Je ne suis pas responsable de ce qui t'arrive en ce moment, princesse. Moi-même je n'aurais pas aimé achever notre rencontre ainsi."

"Et Luster alors ?" se courrouça intérieurement Twilight. "Mon élève n'a rien avoir dans tout ça. Pourquoi l'avoir impliquée dans cette affaire ?"

"Je reconnais qu'elle n'a pas grand chose à voir avec notre problème. Disons que j'avais faim et que l'avoir sous le sabot m'avait donné une idée de plan pour récupérer la magie de ma famille que tu usurpes depuis déjà bien trop longtemps."

"Parce que... parce que tu avais faim ?"

Twilight eut peur de comprendre au départ mais elle s'aperçut vite qu'elle n'avait pas le choix, sinon accepter ce fait après avoir vu la morsure dans le cou de Luster : Selifós est un vampony. Les vamponies existent réellement. Et les Skiá étaient probablement tous des vamponies. Ce qui la fit poser une question plus glaçante encore. Si elle en suivait la logique... si Luna et Selifós partageaient la même magie lunaire, le même sang, la même parenté... est-ce que ça voudrait dire que... que Luna serait elle aussi une vampony ? Sans le savoir ? Non. Non, ça ne pouvait pas être vrai. Luna n'a jamais mordu personne. Sa pensée continuait de s'affoler alors que Selifós semblait perdre encore plus de sa patience, dont la princesse avait déjà abusée plus tôt dans la journée.

"Maintenant, dis-moi où est cette amulette !" tonna-t-il à sa figure.

Twilight ne voulut rien dire. Elle aurait bien aimé s'échapper ou riposter, mais cet alicorne était beaucoup plus fort qu'elle. Elle soupira avec défaite.

"Tu... tu vois la petite commode brune là-bas ?" dit-elle en pointant l'objet du regard, la gorge compressée. "Dans le tiroir tout en bas... tu y trouveras un coffret. L'a... l'amulette est à l'intérieur."

Selifós suivit le regard de Twilight qui se dérivaient effectivement sur un petit meuble.

"Luster Dawn", ordonna Selifós. "Apporte-moi ce coffre."

La licorne s'y soumit comme un robot qui recevrait un ordre. Elle récupéra le coffre dans sa magie et revint au côté de son maître pour le lui présenter. Ce dernier constata que le coffre possédait un verrou à quatre chiffres.

"Ne pense même pas à essayer de le forcer", nota Twilight. "Un sortilège le protège. Le seul moyen de l'ouvrir, c'est de rentrer le code."

"Et quel est le code, s'il-te-plaît ?"

Twilight hésita quelques secondes. Elle ne devait pas le lui donner. Elle devait protéger la magie de Luna, même si Selifós disait qu'en tant que doyen des Skiá, il était de son devoir de protéger cette même magie. En fait, ils avaient le même objectif, mais pas le même point de vue.

"..."

"Dis-toi bien que ce que j'ai fait à ton élève, je peux le faire à toi aussi", menaça Selifós. "Donc que tu le veuilles ou non, tu feras ce que je te dis de faire. Alors je te conseille de cracher le morceau tout de suite."

Twilight avait de l'empathie pour Luster Dawn. Elle n'aurait vraiment pas aimé être à sa place. Elle ne savait pas encore clairement pourquoi sa pupille obéissait à l'alicorne sombre au sabot et à l'œil. Selifós n'avait apparemment lancé aucun sort d'asservissement sur elle. Mais elle supposa vite que ça avait quelque chose à voir avec la morsure de tout à l'heure et que les morsures de vampony fonctionnaient différemment des sorts.

Twilight vit qu'elle n'avait vraiment pas le choix. Alors, ne voulant pas expérimenter ce que Luster avait vécu, elle se ploya. "Zéro, un, sept et trois."

"Te voilà enfin raisonnable", sourit Selifós de satisfaction, alors qu'il tourna à nouveau sa tête vers la petite licorne. "Insère le code et donne-moi l'amulette, Luster."

Elle s'y exécuta. Il y eut un petit bruit de déclic et le coffre s'ouvrit. Selifós prit l'amulette dans la magie de Luster et retira aussitôt le couvercle de l'artefact afin de jeter un œil au mécanisme. Après avoir repéré l'essence bleue de la magie de Luna dans l'outil, il la manipula de manière à ce que cette même essence soit absorbée par sa corne. Puis il referma l'amulette et la remit dans le coffret.

"En tant que doyen des Skiá et par les droits qu'ils me sont conférés... ", dit solennellement Selifós à la manière d'un juge. "je te confisque la magie lunaire que tu as volée. Elle sera rendue à sa propriétaire légitime."

Twilight était moralement fatiguée en écoutant encore l'arrogance qui sortait de la bouche de cet étalon. "Je t'en prie... ", souffla-t-elle, harassée par son comportement.

"Ne te plains pas", gloussa Selifós avec un sourire sévère. "T'as encore de la chance que ce soit moi, et non Fengár Skiá, qui ait surgi du passé."

"Fen... Fengár Skiá ?"

"Il s'agissait de mon père, et du tout premier doyen de ma famille", lui raconta l'alicorne noir. "Il était quelqu'un de dur et de très strict sur la discipline et le respect des lois de notre maison. S'il était encore en vie, s'il savait que toi, une vulgaire alicorne artificielle, avait spolié notre magie, il t'aurait fait décapiter immédiatement pour cet outrage."

À ces mots, Twilight avala goulument sa salive. Cette fois, elle n'osait plus trop faire la fière.

"T'as de la chance que je sois plus flexible que lui", rit le Skiá.

Alicorne artificielle. Bien que ça se rapprochait au mieux de ce qu'elle était, Twilight n'aimait pas ce terme. Elle aurait préféré se faire nommer « élue » au vu des raisons pour lesquelles elle avait obtenu ses ailes, ou un autre truc dans le genre. Mais elle avait encore quelque chose pour sa plaidoirie.

"Je ne l'ai pas spoliée", dit lentement la princesse humiliée d'un air abattu. "C'était un don de mon amie. Pour que je puisse remplir ses devoirs à sa place."

Selifós considéra ce qu'elle dit avec beaucoup de sérieux, cessant sa moquerie. "Et bien... j'ai hâte de la rencontrer et de lui en parler. Je lui exposerai mon point de vue." Puis il dit avec défi. "Je vais lui montrer ma vision des choses. Et nous verrons bien à qui de nous deux elle donnera raison", sourit-il.

Twilight fronça des sourcils, sans trouver quoique ce soit à dire. Selifós s'approcha de Luster Dawn et lui posa le sabot sur son front. "Endors-toi", lui dit-il calmement. Et la ponette s'effondra au sol, plongée dans un sommeil profond.

"Co... comment tu as fait ça ?" dit Twilight étonnée par ce pouvoir qu'elle n'avait jamais vu.

L'étalon s'avança vers elle en gloussant à nouveau. "Tu ne sais rien du vrai pouvoir des Skiá, toi, qui as la prétention de pouvoir la contrôler." Il posa son sabot sur le front de Twilight. "Endors-toi."

La princesse à présent endormie, et l'altercation à présent achevée, Selifós songea à partir et à arranger ce désordre. Il ferma le coffre dans lequel il avait replacé l'amulette et le remit là où il était. Quant à la princesse de l'amitié et son élève, il les transporta dans sa magie jusqu'à la chambre à coucher de Twilight et là, il les mit ensemble sous la couverture, enlacées l'une à l'autre, comme deux amantes dans un lit. Et il employa une dernière fois sa magie pour qu'elles deux partagent un rêve mouillé où elles prenaient bien leur sabot ensemble.

Selifós ? dit Light en haussant un sourcil. Tu peux me dire à quoi tu joues, là ?

On a bien le droit de rigoler un peu, non ? Sourit l'intéressé en retenant un rire.

Selifós. Espèce de crétin, dit le Nightmare en se couvrant le visage pour dissimuler son sourire franc.

Son jumeau riait.

Light, la ferme.

Note de l'auteur

Pour être tout à fait honnête avec vous, ce chapitre est un peu inutile, étant donné qu'il ne raconte rien de spécial. Non. Vraiment. Vous pourriez tout à fait sauter directement du chapitre IV au chapitre VI, cela ne vous empêchera pas de comprendre ce qui aurait pu se produire dans celui-là. En fait, si ce chapitre existe, c'est parce que je l'avais trouvé particulièrement fun à écrire. Et comme je trouvais que c'était du gaspillage que de ne pas le publier, ben...

M'enfin... c'est vous qui voyez.

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