Discord icon

Une rencontre bruyante

08/07/954

« Cher Monsieur Marewin, je voudrais vous remercier car grâce à votre journal, mon père a accepté que je l’accompagne à son travail durant l’été. Et j’espère que vous me pardonnerez si j’utilise votre journal pour y consigner tout ce que je vais apprendre aux cotés de mon père dans les jours qui viennent. Je dois avouer que la lecture de votre journal a été instructive pour moi et je souhaiterais poursuivre votre œuvre… »

– Sunline, que fais-tu ? demanda Nightraze en tournant la tête de la fenêtre du train qui les conduisait à destination

– J’écris une lettre de remerciement à C. Marewin, répondit le petit poulain. Car c’est grâce à lui si on est réunis tous les deux.

– Je trouve que c’est une excellente idée. Mais tu risques d’être malade, tu pourras continuer quand nous serons arrivés.

Le petit poney rangea le journal dans son sac et se mit à regarder le paysage qui se défilait sous ses yeux. Le train filait sur les côtes d’Equestria où la mer était visible à perte de vue.

– Au fait, tu crois qu’on va découvrir un de ces spécimens mythiques comme le Kraken ou Moba Dack ? demanda Sunline avec une grande curiosité dans la voix.

– Honnêtement, je ne sais pas, répondit Nightraze tandis qu’il vérifiait l’objectif de son appareil photo. Il faut dire que celui qui m’a demandé de venir n’a pas été très bavard dans sa lettre. Mais si tel est le cas, j’ai mon appareil photo pour l’immortaliser.

– N’empêche, ça serait chouette d’en voir un. Et tu imagines avoir un kraken comme marque de beauté ? ajouta Sunline en regardant son flanc encore vierge, imaginant ledit monstre gravé dessus.

– Quelle que soit ta marque de beauté, je suis certain qu’elle me rendra fier de toi, annonça son père en ébouriffant la crinière de son fils.

Ils ne virent pas le temps s'écouler car le train s’arrêta et le contrôleur passa dans les wagons pour annoncer le nom de leur arrêt.

– Falaises de la Jument Séléniaque, scanda le poney.

– C’est notre arrêt, Sunline, informa Nightraze tandis qu’il faisait léviter son sac et celui de son fils avec sa corne. Il faut maintenant trouver notre guide pour retrouver ce Mr Soundground qui m’a contacté.

La famille Serizawa sortit du train et se fraya un chemin jusqu’à la gare où un poney terrestre au manteau roux et crinière blond platine portant un panneau avec un « Serizawa » marqué dessus attendait à l’entrée du bâtiment.

– Dr Nightraze Serizawa ? demanda le poney en dévisageant Nightraze et Sunline de ses yeux vert émeraude.

– Oui c’est bien moi et voici mon fils, Sunlight, répondit poliment le cryptozoologue. Et vous êtes… ?

– Timbly, l’assistant de Mr Soundground et il est impatient de vous rencontrer, veuillez me suivre, je vous prie. Répondit cordialement leur guide.

 

***

 

Du haut de ses 50m, les falaises de la Jument Séléniaque d'un gris perle offraient une vue réellement incroyable entre les va-et-vient des vagues et les reflets du soleil sur l'océan, Sunline se serai cru au milieu d'un tableau d'une beauté irréelle. Et le son de la mer était très agréable aux oreilles du poulain qui l'appréciait telle une berceuse. Cependant, il fut surpris de voir, non loin du bord de la falaise, un pégase qui semblait s’affairer sur un drôle d’appareil ressemblant à deux tourne-disques.

– Monsieur Soundground, appela Timbly. Le Dr Serizawa est arrivé.

Le poney cessa ses activités dès qu’il entendit le nom de Serizawa et partit à la rencontre de son invité. Il avait des cheveux gris pâle pour une robe bleu turquoise ayant pour marque de beauté un micro.

– Dr Serizawa, c’est un réel plaisir de vous rencontrer, commença Mr Soundground en tendant son sabot droit.

– Ravi de vous rencontrer également, répondit Nightraze en prenant son sabot dans le sien, ravi de voir que Sunline fit de même. Vous m’avez contacté il y a quelques semaines concernant un « étrange phénomène » que vous avez observé. Pouvez-vous m’expliquer plus en détail ?

– Oh oui naturellement, répondit Soundground en invitant tout le monde à approcher de son installation. Dites moi Dr Serizawa, que savez-vous des chauves-souris ?

– Hé bien, ce sont des mammifères volants nocturnes qui ont la particularité de se repérer par le son... Pourquoi ? répondit Nightraze aussi objectivement que possible bien que surpris par la question du pégase.

– Parce que mon installation ici présente reproduit à la perfection le système de localisation de la chauve-souris, reprit Soundground en présentant son invention.

Sur une immense table se trouvaient deux tourne-disques collés l’un avec l’autre. Tandis que le premier avait été privé de l’extrémité par laquelle la musique devrait sortir, le second avait conservé son état d’origine, à la différence qu’une drôle de machine à laquelle était raccordé un immense rouleau de papier à laquelle une pointe trempée d’encre était suspendue. Sans oublier les nombreux cartons remplis de disque d'écoute cachés sous la table.

– Le procédé est le suivant, expliqua Soundground. Le premier tourne-disque sert à émettre un son similaire à celui d’une chauve-souris dans la corne acoustique qui est en ce moment même plongée sous l’eau. Le second, quant à lui, réceptionne et enregistre la réponse que le signal capte en rencontrant un obstacle. Puis, suivant la réponse, cette petite pointe d’encre écrit sur le papier la taille et la distance de l’objet en question.

– Fascinant, répondit Nightraze avec un intérêt tout particulier pour la prouesse technologique que Mr Soundground venait de lui exposer. Mais je ne vois pas vraiment ce qui vous a poussé à me contacter.

– J’y arrive, répondit Soundground qui passa de l’excitation à un ton bien plus grave en fouillant parmi les disques et les feuilles d’enregistrement. Le jour où je vous ai envoyé cette lettre, j’ai fait un test ici-même de mon invention. Et elle a capté une réponse de quelque chose de vraiment inhabituel… Ah les voilà.

Soundground se rapprocha de son invention et inséra le disque. Personne n’entendit rien pendant la première minute qui suivit… Jusqu’à ce que des bruits de grincements, de grognements gutturaux et ce qui ressemblait à des battements de cœur se fassent entendre. Cela ne ressemblait à aucun son d’être vivant que Sunline avait encore entendu.

– Je dois admettre que ce n’est pas vraiment courant, dit Sunline. Et vous avez d’autres données ?

– Si j’en crois ma machine, il se trouvait à 30km de la côte et ferait dans les 80m de...

– 80m ?! même les baleine ne font que 30m ! s’étouffa Nightraze ? Mais… Comment… ?

Le petit poulain commença à se poser des questions sur l’identité de la fameuse créature qu’il venait d’entendre. Mais il ne fallut pas longtemps pour que son père pose les bonnes questions.

– Et depuis, vous avez cessé vos activités ? demanda Nightraze.

– Oui, car cela me faisait peur. J’ai voulu recommencer, mais je manquais de courage. Je vous ai contacté car j’espérais que vous pourriez me dire que tout allait bien. Mais à voir votre étonnement, je suppose que ce n’est pas le cas.

– Non, mais pensez-vous qu’il serait possible de percer à jour notre mystérieuse créature ?

– Je vois où vous voulez en venir… Et je pense qu’il vaut mieux savoir ce qui nous attend plutôt que d’hypothétiser d’avantage.

Soundground se dirigea vers sa machine. Il remplaça le disque du second tourne-disque et s’assura que la réserve de papier était faite, puis activa le dispositif.

– Il ne reste plus qu’à attendre et rester vigilent.

 

***

 

Plusieurs heures avaient passé depuis que Mr Soundground avait rallumé sa machine. Tandis que les adultes se concertaient entre eux, Sunline avait pu finir sa lettre pour C. Marewin avant de s’asseoir au bord des falaises pour scruter l’horizon à la recherche d’un quelconque indice sur la présence de la mystérieuse bête. Bien que pour le moment, ce soit le calme plat.

– Alors, du nouveau ? demanda Timbly en se rapprochant de Sunline.

– Pas pour le moment, répondit timidement le poulain. Mais est-ce qu’on est sûr qu’il viendra ?

– Qui sait ? Et personnellement, j’espère qu’il ne viendra pas, commenta Timbly avec une pointe d’amertume.

– Et pourquoi pas ? Vous imaginez quelle découverte ce serait de pouvoir trouver une nouvelle forme de vie ? demanda Sunline avec excitation.

– Ce petit poney est plus clairvoyant que toi, Timbly, ajouta Soundground en prenant place à côté de son assistant. Une créature erre quelque part dans cet océan et nous devons l’identifier, comme les chercheurs que nous sommes.

– Mais et si nous nous trompions et qu’au lieu de faire une découverte bénéfique, nous allions droit à la catastrophe ?

– C’est un problème dont on se souciera lorsqu’il arrivera, répondit Soundground du tac au tac.

Soudain, ils se turent quand ils entendirent des bruits de battements de cœur arriver droit sur eux. Cependant, les bruits accompagnant ces battements ressemblaient davantage à des gargouillis et des dents qui claquaient.

– Quelque chose approche, fit remarquer Sunline en pointant son sabot vers l’horizon.

A près de 10 kilomètres de leur position, une masse sombre de forme allongée s’approcha des falaises… Et à grande vitesse. Et les volumes d’eau qu’elle remuait en avançant étaient aussi impressionnants qu’effrayants. La surface grise de la masse était lisse et ne brillait pas au soleil comme l’auraient fait les écailles des poissons.

– Bon sang, mais qu’est-ce que c’est que cette chose ? demanda Tembly.

Personne ne put lui répondre, car l’étrange chose avait augmenté sa vitesse et était désormais à moins de 500m de la corne acoustique immergée.

– Eteignez la machine, supplia Nightraze tout en mitraillant l’animal de photos.

– Il est un peu tard pour cela, commenta le phonologue en regardant l’individu marin arriver vers eux.

L’étrange créature plongea à dix mètres de la falaise. Tout le monde parut soulagé… Jusqu’à ce que le fil au bord de la falaise se tende pour emporter toute l’installation acoustique. Ils entendirent la machine tomber dans l’eau. Mr Soundground semblait dépité par la perte de son précieux engin.

– Je suis désolé pour votre machine, s’excusa Nightraze.

– Pourrez-vous en construire une nouvelle ? demanda Sunline.

– Je ne pense pas, si c’est pour la voir disparaître à nouveau, je n’y tiens pas, répondit Soundground en se tournant vers le reste du groupe.

Seulement quelques instants après avoir prononcé ces paroles, ils entendirent des bruits venant de la mer. Tous commencèrent à se rapprocher… Mais tout ce qu’ils virent était une énorme bête qui sautait depuis la mer sur la terre à 30m en contrebas. La créature ressemblait à s’y méprendre à un crocodile, à la différence que celui-ci faisait dans les 30m de long et avait huit pattes. Sa peau verte était si lisse qu’elle aurait pu passer pour de l’acier peint, sa queue de reptile semblait avoir été remplacée par celle d’un castor, des nageoires avaient poussé entre chacun de ses doigts. Mais le plus troublant restait les deux énormes défenses de sanglier qui se trouvaient sur ses joues. Le « crocodile » tourna ses cinq yeux vers les quatre poneys, avec une certaine incompréhension.

– Si on ne bouge pas, il ne nous considèrera pas pour une menace, commença Nightraze en se mettant devant Sunlight pour le protéger.

– Pour le coup, c’est plutôt lui la menace, ajouta Timbly en tremblant de la tête au sabot. Et il n’a pas l’air commode.

Le crocodile commença à faire un pas en avant… Puis un autre… Le petit groupe se mit à reculer, mais la taille de l’animal lui faisait gagner plus de terrain. Sunline pouvait entendre son cœur battre dans sa poitrine à une vitesse qu’il ne pensait pas possible lui-même. Les poneys continuèrent leur marche à reculons autant qu’il leur était possible de le faire. Le crocodile ne montra aucune émotion, ni peur, ni colère… juste un peu de curiosité et de méfiance à l’égard des petits êtres qui se trouvaient en face de lui. Sans comprendre comment, Timbly s’emmêla les sabots et tenta de se rattraper, mais il s’agrippa à l’appareil photo de Nightraze, enclenchant un flash qui déplut croco-castor. L’animal vagit et chargea sur les poneys.

– Courez, dispersez-vous, ordonna Nightraze en poussant Sunline vers les terres tandis que Nightraze se dirigeait vers la pointe de la falaise.

L’animal hybride se mit en chasse de Nightraze. Sunline voulait aider son père, mais la peur le paralysait. Il tenta d’utiliser sa corne pour tenter de distraire la bête… Mais aucun de ses sorts ne fonctionna. Pire, sa corne refusait de s’exécuter. Son père se tenait proche de la falaise, encore un pas et il faisait le grand saut. Sunline s’en voulait de ne pas pouvoir l'aider. Le pauvre poulain avait les larmes aux yeux devant la situation dans laquelle se trouvait son père

Sunline regardait Nightraze dont le regard alternait entre son assaillant et son fils. Le croco-castor avait cessé de marcher pour tenter une technique d’intimidation en frappant sa queue de castor sur le sol, secouant son environnement proche. Les secondes passèrent comme des heures… Le pauvre étalon ne voyait pas comment s’en sortir. Et Sunline le voyait sur son visage.

"Pitié, venez nous aider", pria intérieurement Sunline en espérant qu'un miracle apparaisse pour sauver son père. 

Note de l'auteur

Navré pour ma longue absence. Je promets de revenir plus souvent sur le site pour vous offrir la suite des aventures de Sunline.

Puissiez-vous apprécier ce chapitre.

Licence Creative Commons Ces œuvres sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.